Je la regardai.

Et soudain, je compris que son problème n’avait jamais été seulement l’argent.

Elle avait peur de perdre le confort qu’elle s’était construit en utilisant les ressources des autres.

Elle voulait conserver le style de vie auquel elle s’était habituée, même si cela signifiait sacrifier ma sécurité.

Je pris le document et le reposai sur la table.

« Je ne signerai pas cet accord. »

Elle me fixa.

« Tu n’as pas le choix. »

« Si. »

« Tu vas voir ce qui va arriver. »

Elizabeth m’avait conseillé de ne pas répondre aux menaces et de laisser les échanges juridiques suivre leur cours.

Je me levai.

« Cette conversation est terminée. »

Mais avant que Nicole ne puisse partir, son téléphone sonna.

Elle regarda l’écran.

Son visage changea.

Elle décrocha et s’éloigna de quelques pas.

« Quoi ? »

Un silence.

Puis :

« Non, ce n’est pas possible. »

Elle écouta encore.

« Mais je vous ai dit que le dossier serait réglé ! »

Je la regardai.

Elle se retourna vers nous, pâle comme un linge.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Brandon.

Elle raccrocha.

« Rien. »

Mais Henry avait déjà compris.

« Nicole, qui t’a appelée ? »

Elle serra son téléphone.

« Ce ne sont pas vos affaires. »

Brandon se leva.

« C’était la banque ? »

Elle ne répondit pas.

Il s’approcha.

« Nicole, c’était la banque ? »

Elle finit par murmurer :

« Ils ont découvert les documents. Ils ont suspendu la demande. »

Brandon ferma les yeux.

« Tu m’avais dit que tout était réglé. »

« Je pensais que ce serait réglé ! »

« Tu m’avais dit que personne ne vérifierait ! »

Henry se redressa brusquement.

« Qu’est-ce que tu viens de dire ? »

Nicole se figea.

Il répéta :

« Tu as dit que personne ne vérifierait ? »

Elle recula.

Je regardai Brandon.

« Est-ce que tu savais qu’elle avait transmis ces documents ? »

Il ne répondit pas.

« Brandon ! »

Il finit par murmurer :

« Je savais qu’elle avait préparé le dossier. Mais je ne savais pas qu’elle avait utilisé une signature qui n’était pas la tienne. »

Nicole éclata de rire.

« Oh, arrête ! Tu étais parfaitement au courant ! Tu m’as demandé de trouver une solution ! »

Le visage de Brandon se décomposa.

« Je t’ai demandé de nous aider à rembourser les dettes. Pas de falsifier les documents de ma mère. »

« Tu voulais l’argent autant que moi ! »

Henry se leva.

« Cela suffit. »

Sa voix était si ferme que tout le monde se tut.

« Nicole, je ne vais plus couvrir tes mensonges. Je t’ai aidée pendant des années. J’ai payé tes dettes, financé tes projets et défendu tes décisions devant toute la famille. Mais je ne participerai jamais à une affaire qui consiste à prendre la maison d’une femme âgée en utilisant son identité. »

Nicole le regarda avec incrédulité.

« Tu es mon père ! »

« Justement. J’aurais dû t’apprendre depuis longtemps que les actes ont des conséquences. »

Elle se mit à pleurer.

Mais cette fois, personne ne se précipita pour la consoler.

CHAPITRE 9 — LE JOUR OÙ J’AI RÉCUPÉRÉ MES CLÉS

Les semaines suivantes furent difficiles.

Elizabeth continua de travailler sur le dossier.

Les documents suspects furent transmis aux personnes compétentes afin que leur authenticité et leur utilisation soient examinées.

La demande de financement fut définitivement abandonnée.

Aucune vente de ma maison ne fut réalisée.

Je fis remplacer les serrures, modifier les codes d’accès et sécuriser mes documents personnels.

Brandon et Nicole organisèrent leur départ.

Ils trouvèrent finalement un appartement plus petit à une vingtaine de minutes de chez moi.

Leur déménagement eut lieu un samedi matin.

Je regardai les cartons quitter les chambres.

Il y avait des vêtements, des jouets, des appareils électroniques et toutes ces petites choses qui avaient progressivement envahi ma maison.

Emma vint me voir avant de partir.

Elle avait les yeux rouges.

« Mamie, est-ce que je pourrai encore venir te voir ? »

Je la pris dans mes bras.

« Bien sûr, mon amour. Cette maison sera toujours ouverte pour toi, dans le respect de chacun. »

Caleb me donna un dessin.

Il avait représenté notre maison avec un grand soleil au-dessus du toit.

Sous le dessin, il avait écrit :

« Chez mamie, c’est chez mamie. »

Je l’embrassai sur le front.

« Je vais le garder pour toujours. »

Brandon fut le dernier à quitter la maison.

Il resta debout dans l’entrée, tenant ses clés dans la main.

« Maman… »

Je le regardai.

« Oui ? »

Il me tendit les clés.

« Je crois que tu devrais les récupérer. »

Je les pris.

Il semblait sur le point de pleurer.

« Je suis désolé pour tout. »

Je ne répondis pas immédiatement.

Puis je lui dis :

« J’espère que tu comprendras un jour ce que tu as failli perdre. »

Il hocha la tête.

« Moi aussi. »

Il sortit.

La porte se referma doucement.

Je restai seule au milieu du salon.

Pendant plusieurs minutes, je n’entendis rien d’autre que le tic-tac de l’horloge.

Puis je remarquai le silence.

Un silence différent de celui qui avait suivi la mort de Thomas.

Cette fois, ce n’était pas le silence de la solitude.

C’était celui de la paix retrouvée.

Je montai à l’étage et ouvris les fenêtres.

L’air frais entra dans la maison.

Je retournai dans la chambre et pris la vieille photographie de Thomas posée sur la commode.

Il souriait, un bras autour de mes épaules.

« Nous avons réussi à la garder », murmurai-je.

Je reposai le cadre.

Puis je me rendis dans la cuisine et préparai du café.

Pour la première fois depuis six ans, je n’avais personne à servir avant de pouvoir m’asseoir.

Et je découvris quelque chose d’étrange.