Elle me proposa également de faire vérifier les accès et les documents liés à la maison.
Je signai les autorisations nécessaires pour qu’elle puisse effectuer les démarches en mon nom.
Puis elle me posa une question.
« Souhaitez-vous que votre fils continue à vivre chez vous pendant que la situation est examinée ? »
Je restai silencieuse.
C’était la question que je redoutais depuis le début.
Brandon était mon fils.
Mais cette maison était mon refuge.
Je n’avais plus la force de vivre dans un endroit où je devais constamment surveiller mes paroles, mes gestes et mes décisions.
« Je veux qu’il parte, mais je ne veux pas lui faire perdre tout contact avec ses enfants. »
Elizabeth hocha la tête.
« Nous pouvons examiner les modalités les plus appropriées, notamment les délais et les éventuelles obligations liées à leur situation familiale. L’important est que vous ne preniez pas une décision sous la pression. »
En rentrant, je trouvai Nicole dans le salon.
Elle était assise sur le canapé, son téléphone à la main.
Elle leva les yeux.
« Alors ? Tu as terminé ta petite tournée des avocats ? »
Je posai mon sac.
« Je veux que tu écoutes attentivement ce que je vais te dire. »
Elle ricana.
« Je t’écoute. »
« Toutes les démarches concernant ma maison doivent désormais passer par mon avocate. Tu ne dois plus contacter d’agent immobilier, de banque ou de créancier en prétendant parler en mon nom. »
Son visage se durcit.
« Tu n’as pas le droit de me donner des ordres. »
« Je suis propriétaire de cette maison. »
Elle se leva.
« Tu crois que ça te donne le droit de nous mettre à la rue ? »
Je la regardai.
« Je ne t’ai pas mise à la rue. Je vous ai accueillis chez moi. Pendant six ans, je vous ai donné un toit. Mais aujourd’hui, je veux retrouver ma tranquillité. »
Elle éclata de rire.
« Tu ne peux pas faire ça à Brandon ! »
« Je ne fais rien à Brandon. Je lui demande de respecter mes droits. »
Elle s’approcha.
« Tu veux détruire notre mariage. »
Je secouai la tête.
« Votre mariage ne dépend pas de moi. »
Elle prit son sac.
« Tu vas le regretter. »
Je ne répondis pas.
Elle sortit en claquant la porte.
Ce soir-là, Brandon rentra tard.
Il s’assit en face de moi dans la cuisine.
« Nicole m’a dit ce que tu avais décidé. »
« Oui. »
« Tu veux vraiment que nous partions ? »
Je pris une profonde inspiration.
« Brandon, lorsque vous êtes venus vivre ici, nous avions parlé de six mois. Six années ont passé. Je ne t’ai jamais demandé de loyer. Je n’ai jamais exigé que tu me rembourses les factures. Je vous ai laissé utiliser les chambres, le garage et le jardin. J’ai même accepté de ne plus recevoir certaines personnes parce que Nicole ne les appréciait pas. »
Il baissa les yeux.
« Je sais. »
« Non, je ne crois pas que tu saches. Si tu l’avais vraiment compris, tu ne serais pas resté silencieux lorsque ta femme m’a humiliée devant vingt-trois personnes. »
Il se mit à pleurer.
« Je n’aurais jamais dû la laisser faire. »
« Non. »
Je marquai une pause.
« Tu aurais dû te lever. »
Il hocha la tête.
« Je sais. »
« Et tu aurais dû me dire la vérité lorsque tu as commencé à avoir des problèmes financiers. »
Il ne répondit pas.
« Je veux que vous organisiez votre départ dans les conditions fixées avec mon avocate. Je veux que les enfants puissent continuer à me voir. Et je veux que tu comprennes que cette décision ne signifie pas que je cesse de t’aimer. Elle signifie que je cesse de me laisser maltraiter. »
Brandon resta longtemps silencieux.
Puis il murmura :
« Je comprends. »
Pour la première fois depuis des années, je le crus.
CHAPITRE 8 — LE DERNIER MENSONGE
Je pensais que les choses allaient enfin se calmer.
Mais je sous-estimais encore Nicole.
Une semaine après Thanksgiving, elle revint à la maison avec ses parents.
Henry semblait épuisé. Caroline avait les yeux rouges.
Brandon les accompagnait, tenant un dossier contre sa poitrine.
Je les fis entrer.
Nicole ne prit même pas la peine de me saluer.
« Nous devons parler. »
Je désignai le salon.
« Asseyez-vous. »
Elle posa un document sur la table basse.
« Voici un accord. Brandon et moi allons partir, mais tu dois nous verser une somme pour les années pendant lesquelles nous avons participé à l’entretien de cette maison. »
Je regardai le document.
Il réclamait plusieurs dizaines de milliers de dollars.
Je restai sans voix.
« Vous me demandez de vous payer pour avoir vécu gratuitement chez moi ? »
Nicole croisa les bras.
« Nous avons contribué à l’entretien. Nous avons réparé certaines choses. Nous avons amélioré la maison. »
« Quelles améliorations ? »
« Le jardin, la peinture du salon, les nouveaux luminaires… »
Je secouai la tête.
« La peinture a été payée avec mon argent. Les luminaires aussi. Et le jardin a été entretenu par un jardinier que je payais chaque mois. »
Elle se tourna vers Brandon.
« Tu vois ? Elle recommence. Elle veut tout garder. »
Brandon ne répondit pas.
Henry prit le document.
« Nicole, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. »
Elle lui arracha presque les feuilles des mains.
« Papa, tu es de quel côté ? »
« Je suis du côté de la vérité. »
Elle éclata de colère.
« Bien sûr ! Tout le monde est contre moi ! »
Caroline se mit à pleurer.
« Nicole, s’il te plaît. Arrête. »
Mais sa fille semblait ne plus entendre personne.
« Vous ne comprenez pas ! Je ne peux pas retourner vivre dans un appartement comme avant ! Je ne vais pas recommencer à zéro ! »