Il regarda autour de lui. Les invités commençaient à murmurer.

Henry Whitmore, le père de Nicole, posa lentement son verre.

« Brandon, je crois que tu devrais expliquer ce qui se passe. »

Nicole se tourna immédiatement vers lui.

« Papa, ne te mêle pas de ça. »

Henry ne bougea pas.

« Je viens d’entendre qu’une personne aurait utilisé la signature de ta belle-mère sur des documents immobiliers. Bien sûr que je vais m’en mêler. »

Pour la première fois depuis le début de la soirée, Nicole ne trouva aucune réponse.

Caroline, sa mère, avait les mains jointes devant elle. Elle regardait sa fille avec une expression que je n’avais jamais vue auparavant.

Richard reprit la parole.

« Je tiens à préciser que je n’ai déposé aucune demande de vente officielle. J’avais demandé une rencontre avec la propriétaire pour vérifier son identité et obtenir son consentement. Mais les informations qui m’ont été transmises m’ont laissé penser que cette démarche était déjà approuvée. »

Il sortit une autre feuille.

« Il y a également eu une demande concernant une éventuelle procuration. »

Je sentis mon cœur battre plus vite.

« Une procuration ? »

Il acquiesça.

« On m’a demandé si une personne de la famille pouvait être autorisée à gérer certaines démarches immobilières à votre place. »

Je tournai lentement la tête vers Brandon.

« Tu voulais obtenir le droit de gérer ma maison ? »

Il se passa les deux mains sur le visage.

« Maman, nous avons fait ça pour faciliter les choses. »

« Faciliter les choses pour qui ? »

Cette fois, il ne répondit pas.

Nicole se leva.

« Je refuse de rester ici à me faire accuser devant tout le monde. Brandon et moi avons essayé de t’aider. Tu ne comprends pas les sacrifices que nous faisons. Nous avons deux enfants, un travail, des dépenses et des responsabilités. »

Je la regardai avec une fatigue que je n’avais jamais ressentie auparavant.

« Et moi, Nicole ? Quelles sont mes responsabilités ? Continuer à payer pour tout le monde ? Continuer à cuisiner ? Continuer à me taire lorsque tu m’insultes dans ma propre maison ? »

Elle eut un petit rire méprisant.

« Tu as toujours aimé jouer les victimes. »

C’est à cet instant qu’Emma se leva.

Ma petite-fille avait treize ans. Elle était assise près de son frère depuis le début du repas, et je l’avais vue lutter contre ses larmes.

« Maman, arrête. »

Nicole se retourna.

« Emma, assieds-toi immédiatement. »

« Non. »

La pièce devint silencieuse.

Emma tremblait, mais elle poursuivit :

« Mamie n’a rien fait. C’est elle qui a préparé tout le dîner. Et tu lui as jeté la sauce dessus. »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles ! »

« Si, je sais ! Je t’ai entendue parler de la maison avec papa. »

Brandon se tourna brusquement vers sa fille.

« Emma, ça suffit. »

Mais elle secoua la tête.

« Vous avez dit que mamie partirait après Thanksgiving. Vous avez dit que les déménageurs viendraient pendant qu’elle serait chez tante Linda. »

Je cessai de respirer.

Je regardai ma petite-fille.

« Les déménageurs ? »

Emma se mit à pleurer.

« J’ai entendu maman dire qu’elle allait mettre tes affaires dans des cartons. Elle disait qu’il ne fallait pas que tu découvres le projet avant que tout soit prêt. »

Je posai lentement mes mains sur la table.

Ils ne s’étaient donc pas contentés de discuter de la vente de ma maison.

Ils avaient également prévu de me faire partir.

Sans me demander mon avis.

Sans même me prévenir.

Et ils avaient choisi le moment où je serais le plus vulnérable pour le faire.

CHAPITRE 3 — CE QUE MON PETIT-FILS AVAIT ENTENDU DANS LE GARAGE

« Emma, va dans ta chambre ! » cria Nicole.

La jeune fille sursauta.

Caleb, son frère de neuf ans, attrapa immédiatement sa main.

« Ne crie pas sur elle, maman », murmura-t-il.

Nicole se tourna vers lui, furieuse.

« Vous êtes en train de rendre cette situation impossible ! »

Je regardai mes deux petits-enfants.

Ils n’auraient jamais dû être témoins de cette scène. Ils n’auraient jamais dû avoir à choisir entre leur mère et leur grand-mère.

Je me levai doucement.

« Personne ne va gronder ces enfants. Ils n’ont rien fait de mal. »

Brandon s’approcha de moi.

« Maman, s’il te plaît, ne transforme pas ça en catastrophe. Nous pouvons parler tranquillement demain. »

Je le regardai.

« Demain ? Tu veux encore me demander d’attendre demain ? »

Il baissa les yeux.

« Nous sommes en famille. »

« Justement, Brandon. C’est pour cela que je n’arrive pas à comprendre ce que tu es en train de faire. »

Je pris le document qui portait ma fausse signature.

« Je veux savoir exactement ce que vous avez préparé. »

Richard intervint.

« Madame Miller, je vous conseille de ne signer aucun document et de ne donner aucune autorisation supplémentaire tant que vous n’aurez pas fait examiner cette affaire par un professionnel indépendant. »

Je le remerciai.

Puis Henry Whitmore se leva.

Il avait environ soixante-dix ans, les cheveux blancs parfaitement coiffés et cette assurance tranquille des hommes qui avaient passé leur vie à diriger des entreprises.

Il regarda Brandon.

« Je veux que tu répondes à une question. Est-ce que Nicole et toi avez demandé à Richard de vendre cette maison sans le consentement de sa propriétaire ? »

Brandon hésita.

« Nous pensions qu’elle accepterait. »

« Ce n’est pas la question. »

« Nous voulions simplement préparer le terrain. »

Henry ferma les yeux un instant.

« Ce n’est pas une réponse acceptable. »

Nicole se mit à rire nerveusement.

« Papa, tu ne connais pas toute l’histoire. »

« Alors raconte-la. »

Elle se tourna vers moi.