Parce que le royaume avait fini par apprendre quelque chose que vingt années de silence avaient presque fait disparaître :
un miracle peut forcer une porte à s’ouvrir.
Mais il ne devrait jamais être nécessaire pour que quelqu’un obtienne une audience.
Une ombre peut montrer où regarder.
Mais elle ne devrait jamais remplacer des preuves.
Un lien royal peut expliquer pourquoi une identité fut cachée.
Mais il ne transforme personne en souverain naturel.
Et une personne peut avoir été profondément victime d’une injustice…
sans devenir parfaite.
Sur le socle où Séraphine avait autrefois été pétrifiée, on grava finalement quatre phrases :
« ELLE FUT RÉDUITE AU SILENCE PENDANT VINGT ANS APRÈS AVOIR DEMANDÉ QUE LES RISQUES IMPOSÉS À UNE PROVINCE SOIENT EXAMINÉS INDÉPENDAMMENT. »
« SON OMBRE DÉSIGNA L’HOMME QUI AVAIT SCELLÉ SON TÉMOIGNAGE. ELLE NE RENDIT PAS LE VERDICT. »
« SON SANG EXPLIQUA POURQUOI SON IDENTITÉ AVAIT ÉTÉ CACHÉE. IL NE LUI DONNA PAS LE DROIT DE GOUVERNER LES AUTRES. »
Et la dernière phrase, écrite par Séraphine elle-même :
« ELLE AVAIT LE DROIT D’ÊTRE ENTENDUE AVANT QUE SON OMBRE N’AIT BESOIN DE PARLER POUR ELLE. »
Aurelia la relut.
— C’est ça, ta fin ?
Séraphine regarda le ciel.
— Non.
— Alors quoi ?
En contrebas, une cloche sonna.
Un nouveau recours venait d’être enregistré au Haut Serment.
Un dossier ordinaire.
Pas de princesse.
Pas de roi.
Pas de magie.
Seulement un fonctionnaire accusé d’avoir falsifié des relevés dans une vallée éloignée.
Sept magistrats allaient l’entendre le lendemain.
Séraphine sourit.
— Ça.
Aurelia regarda la lumière des fenêtres du tribunal.
— Un dossier administratif ?
— Oui.
— Après les ailes, l’ombre et l’auréole ?
— Exactement.
Aurelia secoua la tête.
— Tu es incapable de finir une histoire correctement.
Séraphine sourit.
— Au contraire.
C’est la meilleure fin possible.
Parce que cette fois…
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personne n’a besoin de rester vingt ans en pierre avant que quelqu’un accepte enfin d’écouter.
FIN.