Sur la terrasse ombragée par une treille de glycines en fleurs, Emma était assise dans un large fauteuil d’osier.

Les greffes de peau et les soins prodigués par les plus éminents spécialistes de chirurgie réparatrice avaient adouci les cicatrices de son cou et de sa mâchoire, ne laissant derrière elles qu’une ombre discrète, presque invisible sous la caresse de ses cheveux lâchés. Mais la transformation la plus spectaculaire n’était pas physique : c’était la paix profonde, absolue, qui émanait désormais de son regard vert émeraude.

Clara sortit de la bastide en portant un plateau d’argent sur lequel reposaient deux tasses de porcelaine fine et une théière fumante. Elle s’installa en face de sa fille, savourant la tiédeur de l’air printanier.

« Le procureur général a appelé ce matin », dit doucement Clara en servant le thé. « La cour d’appel a rejeté le dernier recours d’Arthur. Sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité est désormais définitive, sans possibilité de libération conditionnelle avant trente ans. Le nom de Vance a été rayé de tous les registres de la holding. »

Emma regarda la vapeur danser au-dessus de sa tasse. Elle ne tressaillit pas en entendant ce nom. Le monstre n’était plus qu’une ombre sans consistance, reléguée au fond d’un cachot où la lumière du soleil ne parvenait jamais.

« Je ne ressens aucune haine pour lui », murmura Emma en tournant les yeux vers sa fille qui jouait au loin avec le chien. « La haine prend trop de place, et pendant vingt-quatre ans, j’ai déjà laissé la peur consumer chaque seconde de ma vie. Tout ce qui compte aujourd’hui, c’est que Lily puisse courir sans se retourner pour vérifier si une voiture noire la suit. »

Clara posa sa main chaude sur celle de sa fille, serrant doucement ses doigts fins. « Tu es chez toi, Emma. Vous êtes chez vous, pour toujours. »

Lily arriva en trombe sur la terrasse, sautillant sur les dalles de pierre chaude, les joues roses et le souffle court d’avoir trop couru.

« Regarde ce que le maître ébéniste a rapporté de la ville, Grand-mère ! » s’exclama la petite en tendant précautionneusement un objet avec ses deux mains.

C’était la boîte à musique en bois de rose.

Mais elle ne portait plus les marques de la suie ni la fracture béante de son coin supérieur. L’artisan avait restauré le bois noble avec une patience infinie, utilisant de l’or liquide selon la méthode traditionnelle du kintsugi pour sceller les fissures d’autrefois, transformant chaque blessure du passé en une ligne de lumière pure. Le fermoir en laiton étincelait sous le soleil de midi comme s’il venait d’être forgé.

Emma prit l’objet avec une émotion silencieuse. Elle caressa le vernis doux sous ses doigts, puis souleva le clapet.

À l’intérieur, sous la gravure originale que Clara avait fait inscrire un quart de siècle plus tôt, une nouvelle ligne d’or avait été ajoutée dans le cuivre :

Pour Emma, dont la lumière n’a jamais faibli. Pour Lily, qui nous a guidées hors de la nuit. À l’éternité des nôtres.

Lily grimpa sur les genoux de sa mère et posa sa petite main sur la clé d’acier. Ensemble, la mère et la fille tournèrent le mécanisme d’un demi-tour.

Puis elles lâchèrent prise.

La mélodie s’éleva, d’une pureté cristalline, portée par la brise légère qui faisait frémir les feuilles d’olivier. Cette fois, nulle pluie ne venait en étouffer l’éclat. Nul moteur menaçant ne rôdait au coin de la rue. La berceuse ne chantait plus l’exil, la terreur ou le deuil impossible.

Elle chantait le retour des vivants.