— Vous êtes sûre de vouloir assister au conseil ?

— C’est mon entreprise.

— Ils peuvent demander votre suspension temporaire.

— Je sais.

— Et si vous refusez ?

Dana regarda les chiffres défiler.

— Alors je ressemble à quelqu’un qui a quelque chose à cacher.

La salle du conseil était pleine.

Douze administrateurs.

Avocats.

Auditeurs.

Dana prit place.

Le président du conseil, Harold Bennett, ouvrit la réunion.

— Dana, personne ici ne tire de conclusion.

Dana posa son téléphone sur la table.

— Alors ne perdez pas de temps à me rassurer.

Quelques regards se croisèrent.

Harold poursuivit.

Les documents envoyés anonymement semblaient montrer que plusieurs transferts avaient été autorisés depuis les identifiants de Dana.

Les signatures correspondaient.

Les validations numériques aussi.

— Je n’ai autorisé aucun de ces transferts, dit Dana.

Un administrateur demanda :

— Pouvez-vous le prouver ?

Dana le regarda.

— Pas encore.

Ce « pas encore » changea l’atmosphère.

À la fin de la réunion, Dana accepta volontairement de déléguer certaines prérogatives pendant l’enquête.

Lorsqu’elle sortit, Marcus était furieux.

— Vous venez de leur donner ce qu’ils voulaient.

— Non.

Dana continua de marcher.

— Je viens de leur retirer leur excuse.

Pendant ce temps, Claire affrontait une autre réalité.

Ses cartes bancaires avaient été bloquées.

Adrian avait fait suspendre plusieurs comptes.

Pour la première fois depuis vingt ans, Claire entra dans un supermarché et dut regarder le prix de ce qu’elle achetait.

Sophie l’observait.

— Ça va ?

Claire regarda son panier.

Du pain.

Du lait.

Des pâtes.

Des fruits.

— Oui.

Puis elle se mit à rire.

Sophie fronça les sourcils.

— Pourquoi tu ris ?

— Parce que je viens de comprendre quelque chose.

— Quoi ?

Claire regarda une bouteille d’huile d’olive.

— J’ai passé ma vie à croire que connaître le prix des choses était humiliant.

Elle prit la bouteille la moins chère.

— En réalité, c’est ne pas connaître leur valeur qui l’est.

Sophie sourit légèrement.

Cette même nuit, Nathan trouva enfin la faille.

Les signatures numériques avaient été générées depuis le siège.

Mais les validations provenaient d’un appareil enregistré sous l’identité de Dana.

Un ancien téléphone professionnel.

Dana se souvenait de l’appareil.

Elle l’avait perdu deux ans auparavant pendant un voyage à Genève.

Victor Hale était avec elle.

— Voilà comment il a fait, dit Marcus.

Mais cela ne suffisait pas.

Il fallait relier Victor à Adrian.

Claire pouvait le faire.

Elle possédait encore un document qu’Adrian ignorait.

Un carnet physique.

Adrian notait certaines transactions à la main parce qu’il ne faisait pas confiance aux systèmes numériques.

Le carnet se trouvait dans un coffre de son bureau secondaire.

— Tu es certaine ? demanda Dana.

— Oui.

— Les autorités peuvent s’en charger.

Claire secoua la tête.

— Adrian a probablement déjà vidé le bureau.

Puis elle réfléchit.

— Sauf s’il pense que personne ne connaît le deuxième coffre.

Dana observa son ancienne amie.

— Et qui connaît le deuxième coffre ?

Claire eut un faible sourire.

— Sa femme invisible.

Pour la première fois, Dana sourit aussi.

Mais la situation changea quelques heures plus tard.

Marcus entra brusquement dans son bureau.

— Dana.

Elle releva la tête.

— Adrian vient de contacter le conseil.

— Pourquoi ?

— Il propose de témoigner.

Dana se figea.

— Contre qui ?

Marcus posa une tablette devant elle.

La réponse était affichée à l’écran.

Contre Dana Mercer.

En échange d’une immunité partielle, Adrian prétendait pouvoir prouver que Dana avait organisé elle-même le système de détournement.

Dana regarda longtemps l’écran.

Puis son téléphone vibra.

Un message d’un numéro inconnu.

Une photographie.

Sophie quittant son école.

Prise de loin.

Sous l’image, une phrase.

« Arrête l’enquête. »

Dana leva les yeux vers Marcus.

Cette fois, ce n’était plus seulement son entreprise qui était menacée.

PARTIE 7 — LE PRIX DE LA PEUR
Claire regarda la photographie de Sophie pendant presque une minute sans parler.

Puis elle se leva.

— Je vais voir Adrian.

Dana se plaça devant la porte.

— Non.

— C’est ma fille.

— Justement.

— Tu ne comprends pas.

— Je comprends très bien.

Claire la fixa.

Dana poursuit :

— Toute ta vie, tu as réagi à la peur en donnant du pouvoir aux gens qui te faisaient peur. Si tu vas voir Adrian maintenant, tu recommences.

Claire ouvrit la bouche.

 

Puis la referma.

Les autorités furent immédiatement informées.

Sophie fut placée dans un lieu sécurisé.

L’enquête sur Adrian s’accéléra.

Mais Dana savait que la photographie avait un deuxième objectif : diviser Claire et elle.

Cela faillit fonctionner.

Cette nuit-là, Claire resta assise dans la cuisine de l’appartement sécurisé.

Dana arriva avec deux cafés.

— Tu bois toujours sans sucre ? demanda-t-elle.

Claire la regarda, surprise.

— Tu t’en souviens ?

— Je me souviens de beaucoup de choses.

Claire prit le café.

— Moi aussi.

Un silence.

Puis Claire murmura :

— Tu me détestes ?

Dana réfléchit réellement avant de répondre.

— Pendant longtemps, oui.

Claire baissa les yeux.

— Et maintenant ?

— Maintenant, je pense que je détestais surtout la personne que j’étais quand j’étais avec toi.

Claire fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce que j’avais honte d’être pauvre.

Dana regarda ses mains.

— Tu n’as pas créé cette honte. Mais tu l’as nourrie.

Claire encaissa les mots.

— Je suis désolée.

Cette fois, il n’y avait aucun théâtre dans sa voix.

Dana ne répondit pas « ce n’est rien ».

Parce que ce n’était pas rien.

— Je ne peux pas effacer vingt ans avec une excuse, Claire.

— Je sais.

— Mais tu peux décider de ce que tu fais des vingt prochaines années.

Claire pleura silencieusement.

Le lendemain, Nathan reçut une information inattendue.

Un employé de Northstar Development souhaitait parler.

Son nom était Lucas Grant.

Comptable.

Il avait découvert les transferts six mois plus tôt.

Adrian l’avait menacé de licenciement et de poursuites s’il parlait.

Lucas possédait des copies.

Des dizaines de copies.