Ces mots me touchèrent plus que je ne voulais le montrer.
Je me levai et vins m’asseoir à côté de lui.
Je posai ma main sur son épaule.
— Tu n’as jamais cessé d’être mon fils. Mais il va falloir réapprendre à être digne de la confiance que nous avions autrefois.
Il hocha la tête.
Pour la première fois depuis longtemps, nous nous embrassâmes.
Ce n’était pas une réconciliation complète.
C’était simplement un commencement.
CHAPITRE 13 — LE PETIT GARÇON ET LA VIEILLE VOITURE
Quelques jours plus tard, Caleb vint passer l’après-midi avec moi.
Je l’emmenai au garage où l’Impala était en réparation.
Il s’approcha doucement de la voiture.
— Mamie, est-ce qu’elle va redevenir comme avant ?
Je souris.
— Pas exactement. Mais elle sera de nouveau en état de rouler.
Il observa le pare-brise neuf qui venait d’être installé.
— Elle est belle.
Je caressai le capot.
— Ton grand-père aurait adoré voir ça.
Caleb s’assit sur le siège passager.
Je m’installai au volant.
Le mécanicien avait laissé le moteur tourner quelques instants pour vérifier les réparations.
Je tournai la clé.
Le vieux moteur se mit à ronronner.
Et soudain, j’entendis presque la voix de Henry.
« Tu vois, Verdell ? Je t’avais dit qu’elle nous survivrait. »
Je souris malgré mes larmes.
Caleb posa sa main sur mon bras.
— Mamie ?
— Oui ?
— Papa dit qu’il veut changer.
Je regardai mon petit-fils.
— C’est bien.
— Est-ce que tu crois qu’il va réussir ?
Je pris quelques secondes pour réfléchir.
— Je crois que les gens peuvent changer, mon grand. Mais ils doivent le prouver par leurs actes.
Il hocha la tête.
Puis il posa une autre question.
— Est-ce que je peux apprendre à conduire cette voiture quand je serai grand ?
Je ris.
— Si tu travailles dur, si tu apprends à respecter les règles et si tu prends soin de tes affaires, peut-être.
Il sourit.
Je regardai devant moi.
Pendant une seconde, j’eus l’impression que le temps s’était arrêté.
Le soleil éclairait le capot.
Le moteur tournait.
Et mon petit-fils était à mes côtés.
Je compris alors que ce que j’avais voulu protéger depuis le début n’était pas simplement une voiture.
C’était une histoire.
Une histoire que je voulais transmettre.
CHAPITRE 14 — LE DERNIER MENSONGE D’AUBREY
Je pensais que le pire était derrière nous.
Puis, un matin, Daniel m’appela.
— Verdell, il faut que tu viennes au cabinet.
Sa voix était sérieuse.
Je m’y rendis dans l’heure.
Il m’expliqua qu’un nouvel élément venait d’être découvert.
Une société immobilière avait confirmé avoir reçu plusieurs documents concernant ma maison. Mais l’un de ces documents contenait également une estimation de sa valeur accompagnée d’une demande de transfert de fonds.
Je fronçai les sourcils.
— Quel transfert ?
Daniel posa une feuille devant moi.
Le document mentionnait une somme de quarante-cinq mille dollars qui aurait dû être versée à titre d’acompte lors de la vente.
Mais la vente n’avait jamais été autorisée.
— Qui a reçu cet argent ? demandai-je.
— Personne ne l’a reçu. La transaction a été bloquée avant son exécution.
Je poussai un soupir.
Puis Daniel me montra une copie d’un échange de messages obtenu dans le cadre des vérifications.
Un message attribué à Aubrey disait :
« Si Verdell refuse encore, nous devrons lui faire croire que la vente est déjà engagée. Elle finira par signer pour éviter les problèmes. »
Un autre disait :
« Ignatius ne doit pas tout savoir avant que les choses soient réglées. »
Je restai silencieuse.
Je connaissais désormais la différence entre les paroles prononcées sous le coup de la colère et les actes préparés à l’avance.
Ce n’était plus une simple dispute.
Ce n’était plus une mauvaise décision prise dans la panique.
C’était une succession de démarches qui devaient être examinées sérieusement.
Daniel m’expliqua que les personnes concernées allaient être contactées et que je devais continuer à coopérer.
Je lui demandai :
— Et si elle prétend que j’ai accepté verbalement ?
Il répondit :
— Nous avons ton refus écrit, les documents de propriété, les témoignages et les éléments recueillis. Tu n’as aucune raison de signer quoi que ce soit aujourd’hui.
Je rentrai chez moi.
Sur le chemin, mon téléphone sonna.
C’était Aubrey.
Je faillis ne pas répondre.
Mais je finis par décrocher.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Elle parlait très vite.
— Verdell, il faut que tu arrêtes tout ça.
— Arrêter quoi ?
— Les démarches. Les avocats. Les accusations.
Je fermai les yeux.
— Je n’ai inventé aucun document, Aubrey.
— Tu es en train de détruire ma vie !
— Non. Je suis en train de protéger la mienne.
Elle se mit à pleurer.
— Je n’ai jamais voulu que cela aille aussi loin.
Je répondis doucement :
— Alors tu aurais dû t’arrêter avant de lever cette chaise.
Elle se tut.
Puis elle murmura :
— Tu pourrais au moins penser à Caleb.
Je sentis une profonde tristesse m’envahir.
— C’est justement parce que je pense à Caleb que je ne peux pas continuer à faire semblant.
Elle raccrocha.
Je restai quelques secondes avec le téléphone contre mon oreille.
Je savais que je ne pourrais jamais effacer ce qui s’était passé.
Mais je pouvais empêcher que cela recommence.
CHAPITRE 15 — LA VÉRITÉ DEVANT TOUT LE MONDE
Deux mois après ma fête de retraite, Harlan organisa un déjeuner pour les anciens collègues.
Je n’avais pas envie d’y aller.
J’avais peur que les conversations se tournent encore vers l’incident.
Mais Nadine insista.
— Verdell, tu as travaillé quarante ans avec ces personnes. Tu ne vas pas les laisser devenir les souvenirs d’une seule mauvaise soirée.
Elle avait raison.
Je mis une robe simple et pris ma voiture.
L’Impala était presque entièrement restaurée.
Le pare-brise neuf brillait sous la lumière du soleil.
Lorsque j’arrivai, plusieurs collègues vinrent m’embrasser.
Harlan me serra dans ses bras.
— Content de te revoir.
Je souris.
— Moi aussi.
Le déjeuner se déroula tranquillement.