J’avais toujours pensé que cette habitude était simplement une forme de prudence.

Ce soir-là, elle allait peut-être me sauver.

Je sortis mon dossier immobilier.

L’acte de propriété était là.

Mes relevés bancaires également.

Mais une enveloppe manquait.

C’était une enveloppe contenant une copie d’un document que mon avocat m’avait remis après la mort de Henry.

Un document concernant la gestion de certains biens familiaux.

Je fouillai les tiroirs.

Rien.

— Nadine !

Elle monta immédiatement.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Cette enveloppe a disparu.

Elle observa mon bureau.

— Tu es certaine de l’avoir laissée ici ?

— Absolument.

Je me souvenais très bien l’avoir consultée quelques mois plus tôt.

C’était le document qui précisait les conditions de notre succession et les dispositions prises par Henry avant sa mort.

Je pris mon téléphone et appelai mon avocat.

Il était presque vingt-trois heures, mais je connaissais son numéro depuis plus de vingt ans.

Il décrocha après plusieurs sonneries.

— Verdell ? Tout va bien ?

— Non, Daniel. J’ai besoin de te voir demain matin.

Ma voix tremblait.

— Que s’est-il passé ?

Je lui racontai la destruction de la voiture, l’enregistrement de Nadine et la conversation concernant ma maison.

Il resta silencieux un moment.

Puis il posa une question qui me glaça davantage que toutes les paroles d’Aubrey.

— Verdell, as-tu signé récemment un document autorisant quelqu’un à agir en ton nom ?

Je m’assis.

— Non.

— Es-tu absolument certaine ?

— Oui.

Il inspira profondément.

— Alors, nous devons vérifier quelque chose. Il y a trois semaines, mon cabinet a reçu un appel concernant ton dossier. Une personne se présentant comme ton fils demandait des informations sur tes biens et sur la possibilité d’organiser une transaction immobilière.

Je fermai les yeux.

— Ignatius ?

— C’est ce qu’on nous a dit. Mais je n’ai transmis aucun document.

Je serrai le téléphone.

— Daniel, je crois qu’il y a quelque chose que je ne sais pas encore.

Sa réponse fut immédiate.

— Je pense aussi.

CHAPITRE 4 — LE DOSSIER QUI POUVAIT TOUT CHANGER

Le lendemain matin, je retrouvai Daniel dans son cabinet.

Il avait préparé plusieurs dossiers.

Il m’expliqua que Henry et moi avions établi un plan successoral relativement simple. La maison nous appartenait à parts égales, puis, après son décès, ma part était devenue pleinement indépendante selon les dispositions de notre régime matrimonial et de notre succession.

Aucun membre de ma famille ne pouvait vendre cette maison à ma place.

Aucun.

Il me montra ensuite une copie de la procuration que j’avais signée plusieurs années auparavant.

Elle était limitée à certaines démarches administratives et avait pris fin selon les conditions prévues dans le document.

— Cela signifie que personne ne peut utiliser cette ancienne procuration pour vendre ta propriété, expliqua-t-il.

Je poussai un soupir de soulagement.

Mais Daniel n’avait pas terminé.

Il posa devant moi une photocopie d’un document reçu par courrier électronique.

— Nous avons également été contactés au sujet de cette demande.

Je pris les feuilles.

Il s’agissait d’une demande de renseignements immobiliers, accompagnée de plusieurs informations personnelles.

Mon nom.

Mon adresse.

La référence cadastrale de ma maison.

Et, en bas de page, une signature ressemblant à la mienne.

Je la regardai longtemps.

— Ce n’est pas ma signature.

Daniel acquiesça.

— C’est ce que je pensais.

— Qui a envoyé cela ?

— L’adresse électronique utilisée appartient à une société de conseil immobilier. Mais la personne qui a demandé les renseignements a indiqué être un membre de ta famille.

Je parcourus les pages.

Une autre information attira mon attention.

Le nom de l’acheteur potentiel.

Il s’agissait d’une société immobilière dont je n’avais jamais entendu parler.

Daniel m’expliqua que cette société avait récemment acheté plusieurs propriétés dans le quartier.

— Je veux que tu comprennes une chose, Verdell. Pour l’instant, nous avons des éléments qui justifient une vérification approfondie. Nous ne pouvons pas conclure à une fraude sans examiner l’origine de chaque document.

— Je comprends.

— Et surtout, ne signe rien. Ne remets aucun document original. Ne donne accès à aucun compte.

Je hochai la tête.

Je pensais à Aubrey.

Je pensais à Ignatius.

Je pensais à toutes ces fois où ils m’avaient demandé de faire confiance.

Daniel referma le dossier.

— Une autre question : as-tu parlé de ton héritage à ton fils ?

Je secouai la tête.

— Non. Henry et moi avions toujours voulu garder certaines choses privées.

Il se pencha légèrement vers moi.

— Alors, je crois qu’il serait important que tu relises les dernières dispositions prises par ton mari.

Je levai les yeux.

— Pourquoi ?

Daniel hésita.

— Parce qu’il avait ajouté une clause particulière.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Quelle clause ?

Il ouvrit un autre dossier.

— Henry avait prévu une somme destinée à ton petit-fils, mais sous certaines conditions. Il voulait notamment éviter que cet argent soit utilisé par des tiers avant que le garçon soit suffisamment âgé.

Je restai immobile.

Notre petit-fils, Caleb, avait onze ans.

Henry l’adorait.

Il lui avait appris à pêcher, à planter des tomates et à réparer de petites choses dans le garage.

— Combien ? demandai-je.

Daniel me regarda.

— Environ deux cent quarante mille dollars, selon la valeur actuelle des actifs concernés.

Je portai la main à ma bouche.

Deux cent quarante mille dollars.

Je n’avais jamais parlé de cette somme à Ignatius.

Henry avait placé cet argent dans une structure destinée à protéger l’avenir de son petit-fils.

Et Daniel ajouta une phrase qui allait donner un nouveau sens à tout ce que j’avais entendu la veille.

— Il semble que quelqu’un ait récemment essayé d’obtenir des informations sur ce fonds également.

CHAPITRE 5 — MON PETIT-FILS ÉTAIT AU CENTRE DE TOUT

Je quittai le cabinet de Daniel avec une seule pensée.

Caleb.

Je ne pouvais pas croire que mon petit-fils ait pu être mêlé, même indirectement, à cette histoire.

Je savais qu’Ignatius aimait son fils.