Je ne veux pas que notre argent devienne une raison pour laquelle il oubliera les valeurs que nous avons essayé de lui transmettre.

La maison est à toi. Tu dois y rester aussi longtemps que tu le souhaites. Tu dois pouvoir y rire, y pleurer, y recevoir tes amis et y vivre sans demander la permission à personne.

Concernant Caleb, je veux qu’il ait la possibilité de choisir son avenir. Pas que quelqu’un choisisse à sa place.

Je sais que tu voudras toujours aider notre fils. C’est dans ta nature. Mais je veux que tu te souviennes d’une chose : aider quelqu’un ne signifie pas lui permettre de te détruire.

Prends soin de toi, mon amour.

Et quand tu entendras une vieille chanson à la radio, chante-la même si tu oublies les paroles.

Je serai toujours avec toi.

Henry. »

Je ne pus pas continuer.

Je pressai la lettre contre ma poitrine et pleurai comme je n’avais pas pleuré depuis ses funérailles.

Daniel me laissa quelques minutes.

Puis il ajouta doucement :

— Il avait également demandé que les biens destinés à Caleb soient protégés par une gestion indépendante jusqu’à ce que les conditions prévues soient remplies.

Je levai les yeux.

— Alors personne ne peut prendre cet argent ?

— Personne ne peut simplement le retirer pour payer ses dettes personnelles. Les règles de gestion sont très précises.

Je respirai profondément.

Pour la première fois depuis la fête, je me sentis un peu moins seule.

Henry avait pensé à tout.

Il ne pouvait pas empêcher les gens de devenir différents de ce qu’ils avaient été.

Mais il avait essayé de protéger ceux qu’il aimait.

CHAPITRE 9 — AUBREY FRAPPE UNE DERNIÈRE FOIS

Je pensais que les choses allaient enfin se calmer.

Je me trompais.

Un mardi matin, une voiture s’arrêta devant ma maison.

Aubrey en sortit.

Elle portait un manteau beige et tenait une grande enveloppe.

Je ne voulais pas la laisser entrer, mais elle insista.

— Il faut que nous parlions.

Je restai sur le seuil.

— Nous avons déjà parlé.

— Cette fois, c’est différent.

Je finis par lui ouvrir, en gardant la porte du salon ouverte.

Elle posa l’enveloppe sur la table.

— Nous avons reçu une mise en demeure de nos créanciers.

Je ne répondis pas.

— Si nous ne trouvons pas l’argent rapidement, nous allons perdre notre maison.

Je la regardai.

— Je suis désolée pour vous.

Elle sembla surprise par ma réponse.

— C’est tout ?

— Que veux-tu que je dise ?

Elle s’assit sans y être invitée.

— Ignatius est au bord du désespoir. Caleb risque de devoir changer d’école. Tu pourrais éviter tout cela.

Je restai debout.

— En vendant ma maison ?

— Oui.

— Et en prenant l’argent destiné à mon petit-fils ?

Elle fronça les sourcils.

— Cet argent appartient à la famille.

Je secouai la tête.

— Non. Il appartient à Caleb selon les dispositions prises par son grand-père.

Elle serra les mâchoires.

— Tu as toujours préféré ton mari à ton propre fils.

Ces mots me firent presque rire.

— Je ne savais pas qu’il fallait choisir entre les deux.

Elle se leva brusquement.

— Tu sais quoi ? Tu as détruit cette famille avec ton entêtement.

Je la regardai droit dans les yeux.

— Aubrey, c’est toi qui as détruit mon pare-brise.

Elle détourna le regard.

— Tu m’as frappée !

— Oui. Et je l’ai reconnu. Je regrette d’avoir perdu mon sang-froid. Mais tu ne peux pas utiliser mon erreur pour effacer ce que tu as fait.

Elle saisit son sac.

— Tu vas le regretter.

Je ne bougeai pas.

— Peut-être. Mais je ne signerai rien.

Elle partit en claquant la porte.

Je restai seule dans le salon.

Puis je téléphonai à Daniel pour lui raconter cette visite.

Il me conseilla de conserver une trace écrite de chaque contact et de ne pas accepter de rencontre seule si je me sentais sous pression.

Je suivis son conseil.

Le soir même, je rédigeai un compte rendu précis de la visite.

Je ne voulais plus laisser les souvenirs devenir des versions différentes de la vérité.

CHAPITRE 10 — LE JOUR OÙ LES MASQUES SONT TOMBÉS

Trois semaines plus tard, une réunion fut organisée dans le cabinet de Daniel.

Il y avait Ignatius, Aubrey, leurs représentants juridiques, Daniel et moi.

Nadine m’accompagna.

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre.

Daniel avait obtenu plusieurs documents complémentaires grâce aux démarches entreprises auprès des organismes concernés.

Il les posa sur la table.

Le premier document concernait une demande de renseignements sur ma propriété.

Le deuxième contenait une signature qui ne correspondait pas à la mienne.

Le troisième faisait référence au fonds de Caleb.

Aubrey croisa les bras.

— Je ne vois pas pourquoi nous sommes obligés de participer à cette réunion.

Daniel répondit calmement :

— Parce que plusieurs démarches ont été entreprises en utilisant des informations appartenant à Madame Verdell, et qu’il est nécessaire de clarifier leur origine.

Il présenta ensuite un échange de courriels.

L’un d’eux provenait d’une adresse utilisée par Aubrey.

On y lisait :

« Il faut obtenir une signature rapidement. La propriétaire doit comprendre qu’elle ne peut plus gérer seule les biens. »

Un autre message indiquait :

« Si la vente est réalisée avant la fin du mois, nous pourrons régler une partie des dettes et éviter une procédure plus grave. »

Je sentis mon cœur se serrer.

Aubrey ne bougeait plus.

Daniel posa enfin une dernière feuille.

— Et voici une demande d’informations concernant le fonds de Caleb.

Ignatius se tourna vers sa femme.

— Tu m’avais dit que tu n’avais rien fait avec cet argent.

Elle ne répondit pas.

— Aubrey, regarde-moi.

Elle leva les yeux.

— Je faisais ça pour nous !

— Tu m’as dit que tu voulais simplement vendre la maison de ma mère.

— Parce que c’était nécessaire !

— Tu as utilisé le nom de mon fils !

Elle se leva.