Je poussai la porte en bois sans bruit.

Sur un large matelas posé à même le sol, recouvert d’épaisses couvertures en laine rouge, mes trois filles étaient blotties les unes contre les autres. Le feu crépitait doucement dans le poêle en fonte. Nora dormait profondément, son petit visage apaisé tourné vers la lueur des braises. Sophie avait son bras passé autour de sa sœur cadette.

Et Olivia, assise en tailleur au bout du lit, veillait.

Quand la porte s’ouvrit et que mes yeux rencontrèrent les siens, elle ne sursauta pas. Elle n’eut pas ce mouvement de recul terrifié qui m’avait déchiré le cœur dans la cuisine du manoir.

Elle écarta lentement la couverture et se leva. Elle traversa la pièce sur la pointe des pieds, vint s’arrêter devant moi et leva ses petits bras vers mes épaules.

Je m’effondrai à genoux sur le plancher brut et la serrai contre ma poitrine, enfouissant mon visage dans ses cheveux doux qui sentaient la mer et la liberté retrouvée.

« C’est fini, Papa ? » murmura-t-elle à mon oreille.

Je sentis les larmes monter, des larmes d’homme, des larmes de père, libérées du carcan de fer qui m’avait étouffé pendant tant d’années.

« Oui, mon amour, » lui répondis-je dans un souffle, tandis que Sophie et Nora commençaient à s’agiter dans leur sommeil, leurs visages s’éclairant d’un calme nouveau. « C’est fini. Dominic Romano est mort ce soir. Maintenant, nous rentrons enfin à la maison. »

Et là, dans le silence bienfaisant des forêts du Nord, alors que l’aube pointait timidement à l’horizon, Nora, sans même ouvrir les yeux, se mit à fredonner dans son demi-sommeil les dernières notes de la chanson que le monde n’aurait plus jamais le pouvoir de leur arracher.