— Cet argent ne vient pas de Marco, trancha Luc avec un regard empreint d’une tendresse paternelle qu’il n’avait jamais montrée à personne dans l’atelier. C’était le prix fixé pour démarrer la Harley. Tu l’as inspectée, tu as trouvé la panne, tu as désamorcé le piège, et tu as sauvé ma famille. Dans ce métier, chaque heure de travail honnête et chaque coup de génie méritent salaire. Considère ça comme ta prime d’apprentissage… et ton apport pour devenir mon associé à parts égales dès demain matin.

Théo resta muet, la gorge nouée par une émotion violente qu’il tenta de dissimuler en baissant la tête, contemplant la liasse de billets dans sa paume noire de graisse et d’huile.

— Dès demain, patron ? balbutia-t-il enfin, la voix brisée.

— Dès demain, confirma Luc en montant à l’arrière de la voiture de police. Et prépare tes outils : on a une Harley-Davidson à démonter pièce par pièce pour lui redonner le son qu’elle mérite.

La portière claqua, et le convoi s’ébranla dans un scintillement d’éclats bleus, laissant le jeune mécanicien seul au milieu de la nuit marseillaise, le cœur battant, prêt à allumer enfin le moteur d’une vie nouvelle.