Au loin, le jeune livreur avait remonté sa mobylette. Il chargeait son dernier carton avec énergie, sous l’œil encourageant de la marchande de fruits qui lui glissait une pêche juteuse dans la main pour la route. Le meunier riait avec le boulanger, une poignée de main chaleureuse scellant une matinée qui avait commencé sous le signe de la peur et qui s’achevait dans la liberté retrouvée.

Au sommet du clocher de la mairie, sous le grand cadran blanc qui égrenait les heures immuables de la vie des hommes, le drapeau tricolore flottait doucement dans le vent chaud de l’après-midi. Ses trois couleurs, purifiées pour un temps des souillures de la corruption locale, resplendissaient sous la lumière claire d’un jour nouveau.

Je refermai la vitre de la voiture, m’enfonçai dans mon siège et saisis le dossier suivant posé sur le tableau de bord.

Une nouvelle plainte anonyme venait d’atterrir sur mon bureau.
Une autre ville, un autre département, un autre uniforme qui oubliait la valeur de son serment.

La berline s’engagea sur l’autoroute en direction du nord, se fondant dans le flot continu des véhicules ordinaires, anonyme parmi les anonymes. Dans l’ombre des institutions, là où la justice ne dort jamais tout à fait, ma journée ne faisait que commencer.