« Lancez le fichier numéro trois », ordonna calmement le procureur à son greffier.

L’écran s’anima.

L’image montrait l’îlot de cuisine en contre-plongée. On voyait Mariana au sol, prostrée, tordue de douleur, suppliant pour la vie de ses enfants. Puis, le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvrait.

La voix de Teresa retentit dans la salle, avec une clarté si absolue qu’elle fit frissonner les deux inspecteurs de police :

« C’est fini ? »

À l’écran, on voyait Lorena, paniquée, répondant : « Non. Le compte a été bloqué. »

Puis Teresa, d’un ton d’une indifférence clinique : « Et elle ? »

« Elle est encore consciente. »

Les minutes suivantes furent projetées dans un silence de plomb. Chaque personne présente dans le bureau entendit Teresa ordonner à sa fille de laisser Mariana se vider de son sang sur le carrelage.

« Nous attendons. Nous fermons la porte à clé… Nous laissons la nature suivre son cours. Dans quelques heures, l’hémorragie aura fait son œuvre… Sebastián héritera de l’ensemble de ses biens… et en tant que mère dévouée, je l’aiderai à gérer son deuil… et son patrimoine. »

Puis venait le moment où Mariana frappait Teresa avec la bouteille, et enfin, l’ordre glaçant, hurlé par la vieille femme :

« Prends ce couteau, imbécile ! C’est ta vie ou la sienne ! Tue-la ! »

Lorsque la vidéo s’arrêta, un silence sépulcral régnait dans la pièce. Seul le bruit de la respiration erratique de Sebastián troublait l’air. L’homme regardait l’écran, les yeux exorbités, la peau livide, les mâchoires serrées au point de trembler.

Il tourna lentement la tête vers la femme assise à côté de lui. La femme qui lui avait donné la vie. La femme qui prétendait protéger la lignée Castillo.

« Maman… ? » souffla-t-il, d’une voix si basse qu’elle semblait venir d’outre-tombe. « Tu… tu voulais laisser mourir mes enfants ? Tu voulais assassiner ma femme pour de l’argent ? »

Teresa ne baissa pas les yeux. Coincée, démasquée, le masque de la mère aimante se brisa en mille morceaux pour révéler la laideur brute de son âme. Son visage se contracta dans une grimace de haine pure.

« Tes enfants ? » cracha-t-elle avec un venin stupéfiant, abandonnant toute retenue. « Cette femme t’a éloigné de nous depuis le premier jour ! Elle contrôlait tout ! Ton argent, tes investissements, ta maison ! Tu n’as jamais levé le petit doigt pour ta sœur ! Lorena coulait, et toi tu amassais des millions pour des mioches qui ne sont même pas encore nés ! Tu as oublié d’où tu viens, Sebastián ! Tout ce que tu possèdes m’appartient ! Sans moi, tu ne serais rien ! »

Sebastián se leva si violemment que son fauteuil bascula en arrière et s’écrasa sur le parquet.

« Ne me parle plus jamais », dit-il, la voix tremblante d’un dégoût absolu. « Tu n’es plus ma mère. Tu n’es plus rien pour moi. Pourris en prison jusqu’à ton dernier souffle. »

Il se tourna vers le procureur, les larmes aux yeux, mais le regard ancré dans une détermination nouvelle. « Monsieur le procureur, je demande à être constitué partie civile aux côtés de mon épouse. Je souhaite que les peines maximales soient requises contre ces deux personnes. »

Me Garza ramassa ses dossiers sans ajouter un mot, comprenant immédiatement que tout accord était devenu impossible et que sa cliente venait de signer son arrêt de mort judiciaire en direct.

« Madame Castillo », déclara froidement le procureur Morales en faisant signe aux deux policiers de s’approcher, « en vertu des articles 125 et 130 du Code pénal de l’État de Querétaro, vous êtes placée en état d’arrestation sous les chefs d’accusation de tentative d’homicide avec préméditation, complicité d’extorsion de fonds, faux et usage de faux, et omission de porter secours ayant entraîné des blessures graves sur personne vulnérable. Menottez-la. »

Teresa tenta de se débattre lorsque les anneaux d’acier se refermèrent sur ses poignets, mais les inspecteurs ne montrèrent aucun ménagement. Alors qu’elle était poussée vers la sortie, elle croisa le regard de Mariana sur le moniteur.

Mariana ne souriait pas. Elle ne triomphait pas. Elle la regardait simplement avec la froideur impartiale d’une auditrice qui venait de clôturer un dossier irréfutable.

Six mois plus tard.

Le soleil de la fin d’après-midi baignait le patio ombragé d’une nouvelle maison, située sur les hauteurs verdoyantes de San Miguel de Allende. Querétaro et la résidence de Juriquilla appartenaient désormais au passé ; Mariana et Sebastián avaient vendu la propriété sans jamais y remettre les pieds, refusant que leurs enfants grandissent à l’endroit même où la mort avait failli triompher.

Sous la pergola recouverte de bougainvilliers pourpres, deux berceaux jumeaux en bois clair étaient installés côte à côte.

Mariana, assise dans un fauteuil à bascule, tenait sa fille Sofia contre sa poitrine. La petite fille, avec ses joues rebondies et ses mèches de cheveux bruns soyeux, dormait paisiblement, rassasiée. Dans le berceau voisin, Mateo agitait vigoureusement ses petits poings potelés en poussant des gazouillements joyeux. Les mois d’angoisse en soins intensifs de néonatalogie s’étaient estompés pour laisser place à deux bébés vigoureux, en parfaite santé, dont les rires emplissaient désormais la maison.

Sebastián s’approcha, portant deux tasses de café frais. Il déposa l’une d’elles sur la petite table en fer forgé et s’agenouilla près du berceau de son fils, lui effleurant doucement la joue du bout des doigts.

Il y avait encore dans le regard de Sebastián une cicatrice invisible, cette tristesse résiduelle propre à ceux qui ont vu le masque de leur propre famille tomber pour révéler l’abjection. Mais cette douleur avait fait place à une maturité nouvelle, à un dévouement absolu pour le foyer qu’il avait fondé.

« Ricardo vient de m’envoyer la notification officielle du tribunal », dit-il doucement pour ne pas réveiller Sofia.

Mariana leva les yeux vers lui. « Et ? »