« Costa ! » criai-je depuis l’ombre du porche. « Dis à Vasseur que l’étoile brille toujours, et qu’elle va vous consumer jusqu’à la racine ! »

Costa esquissa un mouvement rapide pour sortir son pistolet de sa ceinture. Mais avant qu’il n’ait pu lever le bras, le grondement lourd d’un moteur diesel résonna de l’autre côté de la rue. Un grand van bleu nuit surgit à pleine vitesse, bloquant l’avant de la berline dans un crissement de tôle froissée magistral.

Les portières coulissantes du van s’ouvrirent dans un fracas métallique. Quatre hommes en tenue d’intervention noire, cagoulés, armés de fusils d’assaut HK G36, sautèrent sur le bitume en déployant un cordon de sécurité instantané.

« Gendarmerie nationale ! Ne bougez plus ! Lâchez votre arme ! À terre ! »

Costa, pris de panique, tenta de faire un pas en arrière vers son véhicule, mais le laser rouge d’une visée tactique se posa directement au centre de son front. Il jeta son arme sur les pavés et leva les mains en tremblant de rage, le visage tordu par la surprise.

Un homme en civil, grand, sec, la cinquantaine austère, sortit du siège passager du van et s’avança rapidement vers notre cachette.

« Durand ? » cria-t-il au-dessus du bruit de la pluie battante. « Polaris ! Avancez avec les témoins, couvrez-vous ! »

Je saisis fermement le bras de Sarah et soulevai Corentin de l’autre pour les précipiter dans l’habitacle sécurisé du fourgon. À l’intérieur, les gilets pare-balles lourds et les radios émettant des ordres codés donnaient une impression de forteresse roulante. Nous étions enfin hors de portée immédiate des griffes de Vasseur.

Mais alors que les portes se refermaient dans un claquement étanche, je me tournai vers le commandant de gendarmerie qui venait de prendre place à côté de nous.

« Il faut faire vite », dis-je, le souffle court, en lui tendant la clé USB. « Vasseur ne sait pas encore que vous m’avez récupéré. Il détient Maxime. Il l’a enlevé il y a deux mois. S’il comprend que la nasse se referme sur lui, il va le liquider pour faire disparaître le corps du délit. »

Le commandant brancha immédiatement le support de stockage sur une tablette durcie fixée au tableau de bord. Un logiciel de décryptage se mit à faire défiler des milliers de lignes de code vert fluorescent. Sarah se pencha par-dessus mon épaule, désignant un dossier spécifique intitulé Docks-Silo-B.

« C’est là », dit-elle d’une voix brisée par l’angoisse. « Maxime m’avait dit un jour : s’ils m’attrapent, ils m’emmèneront là où personne ne crie assez fort pour être entendu. Les anciens silos à grains désaffectés du port autonome. Vasseur y détient des parts sous un nom d’emprunt via une société civile immobilière basée au Luxembourg. »

Le gradé leva les yeux vers moi, son regard se durcissant d’une résolution impitoyable.

« On ne retourne pas au tribunal », ordonna-t-il à son chauffeur. « Déclenchez l’alerte rouge d’intervention d’urgence. Direction le port autonome, secteur ouest. Et que le parquet général délivre immédiatement les mandats d’arrêt contre Raymond Vasseur et l’ensemble de son état-major pour association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration et trahison d’État. »

Le convoi s’ébranla, sirènes hurlantes, fendant la circulation dense du début d’après-midi. À travers les vitres blindées, les façades austères de notre ville provinciale défilaient à une vitesse vertigineuse. Pendant six ans, cette cité avait paru paisible sous son vernis de respectabilité bourgeoise. En réalité, sous ses pavés, sous ses couloirs de marbre, une guerre intestine dévorait les hommes d’honneur pour nourrir l’ambition insatiable de monstres en uniforme.

Corentin s’était blotti contre moi. Il avait glissé sa petite main glacée dans la mienne. Au creux de nos deux paumes scellées, l’alliance de Maxime continuait de diffuser sa chaleur d’argent. Je sentais les reliefs de l’étoile polaire s’imprimer dans ma peau. Je savais que mon frère s’était battu chaque seconde de ces six années de misère pour que cet enfant puisse grandir sans avoir à baisser les yeux devant des criminels. C’était maintenant à moi d’achever ce qu’il avait commencé.

Le paysage urbain laissa place aux friches industrielles grises qui bordaient le fleuve. De gigantesques carcasses de métal rouillé, des grues immobiles dressées vers le ciel comme des potences oubliées, et ces alignements de silos en béton brut, vestiges d’un âge commercial révolu. La pluie tombait ici avec une violence accrue, giflant les tôles ondulées dans un vacarme assourdissant.

Trois autres véhicules de la gendarmerie nous rejoignirent aux abords de la zone portuaire, coupant leurs avertisseurs sonores pour maintenir l’effet de surprise. Les opérateurs d’intervention ajustèrent leurs casques et leurs masques balistiques dans un calme glaçant.

« Durand, vous restez dans le véhicule avec la femme et le petit », déclara le commandant en chargeant son arme de poing. « Ce n’est plus votre mission. Vous êtes témoin principal désormais. »

« C’est mon frère », répliquai-je en le fixant droit dans les yeux, la mâchoire serrée à s’en briser les dents. « Je ne reste pas assis pendant que vous enfoncez cette porte. Je connais sa manière de penser, ses signes de repli. Si Vasseur a disposé des pièges ou des hommes en faction, je verrai ce que vos opérateurs ne verront pas. »

Le gradé hésita une fraction de seconde, sondant la détermination absolue qui émanait de mon regard. Il finit par hocher la tête d’un geste sec.

« Restez derrière l’élément de tête. Si vous sortez de la ligne, je vous fais menotter par mes gars. C’est clair ? »

« Parfaitement clair. »

Je me tournai vers Sarah. Je posai mes mains sur les épaules de Corentin.

« Vous ne bougez pas d’ici. Les portes sont verrouillées de l’intérieur. Rien ne peut percer ce blindage. Quand je reviendrai, ce sera avec lui. Je vous en donne ma parole d’homme et d’officier. »

Le petit garçon hocha la tête, ses grands yeux brûlant d’une foi inébranlable.