Lucas était devenu silencieux depuis plusieurs jours.
Thomas lui demanda :
— Tu te souviens de cette nuit ?
Lucas hocha la tête.
— Oui.
— Est-ce que maman était dans la maison ?
— Oui.
— Et quand tu entendais quelqu’un pleurer sous le plancher ?
Lucas regarda son père.
— Ce n’était pas maman.
Thomas sentit un frisson.
— Alors qui était-ce ?
Lucas hésita.
— Une autre femme.
Thomas resta immobile.
— Quelle femme ?
— Je ne sais pas.
— Tu l’as vue ?
Lucas acquiesça.
— Une fois.
Thomas sentit son cœur battre plus vite.
— Où ?
Lucas désigna le mur.
— Derrière.
— Quand ?
— Avant que maman parte.
Thomas se leva.
— Tu es sûr ?
Lucas hocha la tête.
— Elle avait peur.
— Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
Lucas réfléchit.
Puis répondit :
— Elle m’a dit de ne pas croire l’homme à la montre noire.
Thomas sentit son sang se glacer.
Marc avait été l’homme à la montre noire.
Mais cette femme…
qui était-elle ?
Thomas retourna dans la maison.
Il inspecta le passage.
Les policiers avaient déjà fouillé chaque centimètre.
Mais il savait maintenant qu’ils avaient peut-être cherché au mauvais endroit.
Il descendit au sous-sol.
Il trouva une ancienne trappe.
Derrière la trappe, un petit espace.
À l’intérieur…
une photographie.
Thomas la prit.
Sur la photographie se trouvaient quatre personnes.
Claire.
Julien.
Marc.
Et une femme inconnue.
Au dos :
« Elle était là le soir où Julien est mort. »
Thomas appela Élodie.
Elle arriva une heure plus tard.
Ils examinèrent la photographie.
Puis ils trouvèrent un nom.
Sophie Delattre.
La sœur de Marc.
Elle avait disparu de la région plusieurs années auparavant.
Mais elle n’était pas morte.
Elle vivait sous un autre nom.
Et surtout…
elle avait été la personne qui avait enregistré la conversation de Marc.
La voix féminine entendue au début.
C’était elle.
PARTIE 17 — LA FEMME DERRIÈRE LE MUR
Sophie fut retrouvée dans une petite ville à plusieurs centaines de kilomètres.
Elle accepta de parler.
Elle raconta toute l’histoire.
Marc avait tué Julien.
Elle l’avait découvert.
Elle avait voulu le dénoncer.
Mais Marc l’avait menacée.
Elle s’était enfuie.
Quelques années plus tard, elle était revenue discrètement.
Elle avait rencontré Claire.
Claire lui avait parlé de ses soupçons.
Sophie lui avait donné les preuves qu’elle possédait.
C’est ainsi que Claire avait découvert toute la vérité.
Mais Sophie avait aussi découvert quelque chose d’autre.
Marc avait utilisé une vieille partie de la maison pour surveiller Claire.
Il avait installé un passage secret.
Il pouvait entendre ce qui se disait dans la chambre de Lucas.
C’était lui qui avait placé le téléphone sous le plancher.
C’était lui qui avait diffusé l’enregistrement.
C’était lui qui avait voulu faire croire à Thomas que Claire était morte.
Mais une chose restait inexplicable.
Pourquoi les pleurs ?
Sophie répondit :
— Ce n’était pas un fantôme.
Thomas la regarda.
— Alors quoi ?
— Un système d’écoute.
Marc avait installé un vieux dispositif audio dans les murs.
Il enregistrait les conversations.
Lorsque le téléphone avait été activé, un ancien haut-parleur caché avait retransmis des sons enregistrés.
Les pleurs de Claire.
Son souffle.
Sa voix.
Tout avait été préparé.
Thomas comprit enfin.
Les murs n’étaient jamais hantés.
Ils étaient utilisés pour cacher des secrets.
PARTIE 18 — LA DERNIÈRE ENREGISTREMENT
Sophie remit une clé USB à la police.
— Il y a quelque chose que vous devez écouter.
L’enregistrement datait de la nuit de la disparition.
On entendait Claire.
Puis Marc.
Puis Thomas.
Thomas entendit sa propre voix.
« Je ne te laisserai pas lui faire du mal. »
Puis Marc :
« Tu ne comprends pas. Si elle parle, tout le monde saura. »
Claire pleurait.
« Thomas, crois-moi. Lucas est ton fils dans tout ce qui compte. »
Thomas ferma les yeux.
Puis sa propre voix :
« Je te crois. »
Un bruit violent.
Une porte.
Puis Claire cria.
L’enregistrement s’arrêta.
Thomas resta silencieux.
Mais quelque chose l’intriguait.
— Il manque quelque chose.
Élodie demanda :
— Quoi ?
— Les dernières minutes.
Sophie secoua la tête.
— Il y a une seconde partie.
Elle lança le fichier.
Cette fois…
on entendit Thomas respirer.
Puis Claire.
Très faiblement.
« Si quelque chose m’arrive… dis à Lucas que je l’ai toujours aimé. »
Thomas fondit en larmes.
Puis sa voix :
« Tu lui diras toi-même. »
Claire répondit :
« Promets-moi. »
Thomas :
« Je te le promets. »
Puis un bruit.
Un véhicule.
Un moteur.
Et Marc qui criait :
« Vous ne sortirez jamais d’ici. »
L’enregistrement s’arrêta.
Thomas comprit.
Il n’avait pas abandonné Claire.
Il avait essayé de la sauver.
Il avait simplement oublié.
PARTIE 19 — LE MUR
Quelques semaines plus tard, la maison fut entièrement rénovée.
Thomas aurait pu la vendre.
Il ne le fit pas.
Il voulait que Lucas grandisse dans un endroit où les secrets ne gouverneraient plus sa vie.
Le mur de la chambre fut complètement détruit.
Derrière les anciennes briques, les policiers trouvèrent encore plusieurs objets.
Des photographies.
Des lettres.
Des enregistrements.
Et une dernière enveloppe.
Elle portait le nom de Lucas.
Thomas hésita avant de l’ouvrir.
À l’intérieur se trouvait une lettre de Claire.
Elle avait été écrite avant sa disparition.
Elle disait :
« Mon petit garçon,
si tu lis un jour cette lettre, c’est peut-être que tu es assez grand pour comprendre que les adultes font parfois des erreurs.
Certaines erreurs sont irréparables.
D’autres peuvent être pardonnées.
Mais une chose ne changera jamais.
Tu as été aimé.
Avant même de naître.
Et tu le seras jusqu’à la fin de ma vie. »
Thomas s’arrêta.
Puis il lut la dernière phrase.
« Ton père biologique est Julien.
Mais l’homme qui t’a élevé est Thomas.
Et aucune vérité scientifique ne pourra changer ce que vous êtes l’un pour l’autre. »
Thomas replia la lettre.
Il la donna à Lucas lorsqu’il fut plus âgé.
Pas ce jour-là.