— Non.
— Alors quoi ?
— Des cellules cutanées.
Thomas ne comprit pas immédiatement.
Élodie poursuivit :
— Nous avons demandé une analyse ADN.
Thomas resta silencieux.
— Et ?
— Nous avons une correspondance partielle.
Thomas fixa l’inspectrice.
— Avec qui ?
Elle ne répondit pas tout de suite.
— Avec Lucas.
Thomas pâlit.
— Quoi ?
— L’ADN retrouvé sur l’alliance est compatible avec celui de votre fils.
Thomas se leva.
— C’est impossible.
— Ce n’est pas impossible.
— Lucas n’a jamais touché cette bague.
— Nous ne savons pas quand les cellules ont été déposées.
Thomas regarda la photographie.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
Élodie répondit :
— Que Claire a probablement donné cette bague à Lucas, ou qu’il l’a touchée dans les heures précédant sa disparition.
Thomas secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que Claire ne quittait jamais cette bague.
L’inspectrice le regarda attentivement.
— Pourtant, elle l’a retirée.
Thomas ne répondit pas.
Élodie ouvrit ensuite une seconde chemise.
— Nous avons aussi examiné l’enregistrement du téléphone.
— Vous avez pu l’améliorer ?
— Oui.
Elle posa un ordinateur portable sur la table.
— Il y a plusieurs voix.
Thomas se raidit.
— Vous avez identifié l’homme ?
— Nous avons une idée.
Thomas attendit.
Élodie lança l’enregistrement.
La voix de Claire apparut.
Faible.
Tremblante.
Puis la voix masculine.
Calme.
Froide.
« Elle ne devait jamais parler. »
Thomas ferma les yeux.
Élodie arrêta l’audio.
— Cette voix vous dit quelque chose ?
Thomas resta silencieux.
— Monsieur ?
Il finit par répondre :
— Oui.
— Qui est-ce ?
Thomas fixa la table.
Puis il prononça un nom.
— Marc.
Élodie fronça les sourcils.
— Marc qui ?
— Marc Delattre.
Le visage de l’inspectrice changea légèrement.
— Votre frère ?
Thomas acquiesça.
Marc était son frère cadet.
Ils avaient grandi dans cette même maison.
Ils avaient partagé la même chambre pendant leur enfance.
Ils s’étaient disputés.
Ils s’étaient réconciliés.
Puis, avec les années, leurs vies avaient pris des directions différentes.
Marc avait quitté la ville.
Il travaillait dans l’immobilier.
Il était revenu régulièrement.
Il connaissait la maison.
Il connaissait les habitudes de Claire.
Il connaissait Lucas.
Et surtout…
il avait été l’un des derniers hommes à avoir vu Claire avant sa disparition.
Thomas murmura :
— Il est venu ici trois jours avant qu’elle disparaisse.
Élodie releva immédiatement la tête.
— Pourquoi ?
— Il m’a dit qu’il avait besoin de me parler.
— De quoi ?
Thomas hésita.
— D’argent.
— Vous lui en avez donné ?
— Non.
— Pourquoi ?
Thomas soupira.
— Parce qu’il m’avait déjà demandé de l’aider plusieurs fois.
Élodie ouvrit son carnet.
— Vous pensez qu’il avait un motif ?
Thomas regarda l’escalier.
— Je ne sais pas.
Puis il ajouta :
— Mais il connaissait le mur.
L’inspectrice se figea.
— Quel mur ?
Thomas ne répondit pas.
Il savait désormais qu’il n’avait plus le choix.
Il devait raconter la vérité.
PARTIE 4 — CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ HUIT MOIS PLUS TÔT
La maison avait été construite par le grand-père de Thomas.
Une vieille bâtisse rénovée plusieurs fois.
Lorsque Thomas était enfant, il y avait une petite pièce derrière la chambre actuelle de Lucas.
Une pièce étroite.
Sans fenêtre.
Un ancien espace de stockage.
Son grand-père l’utilisait pour ranger des outils.
Après sa mort, la pièce avait été condamnée.
Thomas avait toujours cru que cela n’avait aucune importance.
Mais huit mois avant la disparition de Claire, il avait découvert quelque chose.
Une fuite d’eau.
Le mur de la chambre de Lucas avait commencé à présenter des traces d’humidité.
Thomas avait décidé de l’ouvrir.
Il avait retiré une partie du papier peint.
Puis plusieurs briques.
Derrière, il avait découvert un ancien passage.
Un espace suffisamment grand pour qu’une personne puisse s’y tenir.
Il n’y avait rien.
Seulement de vieux cartons.
Des tuyaux.
Et un conduit qui menait vers le sous-sol.
Thomas avait refermé le mur.
Mais il n’avait pas parlé de cette découverte à Claire.
C’était la première chose qu’il regrettait.
La seconde…
était beaucoup plus grave.
Car quelques semaines plus tard, Thomas avait trouvé quelque chose dans ce passage.
Un petit sac.
À l’intérieur :
des documents.
Des photographies.
Et un ancien téléphone.
Il avait reconnu immédiatement le téléphone.
Celui que la police venait de retrouver sous le plancher.
Thomas avait caché le sac.
Il n’avait rien dit.
Pourquoi ?
Parce que parmi les documents se trouvait une enveloppe portant son propre nom.
Il l’avait ouverte.
Et à l’intérieur…
une photographie de Claire.
Avec un homme.
Un homme que Thomas ne connaissait pas.
Au dos de la photographie, une phrase était écrite :
« Elle sait maintenant qui est le père. »
Thomas avait paniqué.
Il avait détruit la photographie.
Du moins, il pensait l’avoir détruite.
Mais il avait conservé le reste.
Et quelques jours plus tard…
Claire avait disparu.
Élodie l’écoutait sans parler.
— Pourquoi n’avez-vous jamais signalé ce téléphone ?
Thomas baissa les yeux.
— Parce que j’avais peur.
— De quoi ?
— De ce qu’il pouvait contenir.
— Vous soupçonniez votre frère ?
— Pas à ce moment-là.
— Alors qui ?
Thomas répondit :
— Moi.
Élodie fronça les sourcils.
— Vous vous soupçonniez vous-même ?
Thomas ferma les yeux.
— Je ne me souvenais pas de tout ce qui s’était passé cette nuit-là.
Un silence lourd tomba dans la pièce.
— Quelle nuit ?
Thomas répondit :
— La nuit où Claire a disparu.
PARTIE 5 — LES TROIS HEURES MANQUANTES
Thomas avait toujours raconté la même version.
Claire était partie.
Il s’était réveillé à six heures du matin.
Elle n’était plus là.
Son téléphone avait disparu.
Sa voiture était restée dans l’allée.
La porte d’entrée était verrouillée.
Aucune trace de lutte.
Aucun message.
Aucun indice.
Mais il y avait quelque chose qu’il n’avait jamais dit.
Cette nuit-là, Thomas avait bu.
Pas beaucoup.
Mais suffisamment pour avoir des souvenirs fragmentés.