Il se souvenait de Claire qui criait.

Il se souvenait de Marc.

Il se souvenait du mur.

Puis…

plus rien.

Entre vingt-trois heures quarante et une heure cinquante.

Deux heures et dix minutes.

Deux heures qu’il avait toujours été incapable de reconstruire.

Élodie demanda :

— Pourquoi avez-vous pensé que vous pouviez être responsable ?

Thomas répondit :

— Parce que je me suis réveillé avec du sang sur ma chemise.

L’inspectrice resta immobile.

— Quel sang ?

— Je ne sais pas.

— Pourquoi ne pas avoir appelé la police immédiatement ?

— Parce que je pensais que Claire était morte.

— Et vous avez fait quoi ?

Thomas regarda le sol.

— J’ai nettoyé.

Élodie le fixa longuement.

— Vous avez nettoyé du sang ?

Thomas acquiesça.

— Et vous n’avez jamais rien dit ?

— J’étais terrifié.

— Où était le sang ?

Thomas leva les yeux vers le mur.

— Là.

Élodie comprit.

— Dans le mur ?

Thomas hocha la tête.

— Oui.

Un silence.

Puis l’inspectrice demanda :

— Et c’est vous qui l’avez refermé ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Thomas répondit d’une voix brisée :

— Parce que je croyais avoir tué ma femme.

PARTIE 6 — LA VÉRITÉ DERRIÈRE LE MUR

Les policiers ouvrirent de nouveau le mur.

Cette fois, avec des équipements spécialisés.

Ils retirèrent plusieurs briques.

Derrière, l’espace était plus grand qu’ils ne l’avaient imaginé.

Un ancien passage de maintenance.

Il courait sur plusieurs mètres.

Jusqu’au sous-sol.

Le technicien passa une caméra.

Puis il s’arrêta.

— Attendez.

Tout le monde se tut.

Sur l’écran apparut une petite cavité.

À l’intérieur :

une couverture.

Une bouteille d’eau.

Plusieurs boîtes de nourriture.

Et un petit magnétophone.

Thomas sentit ses jambes trembler.

— Quelqu’un vivait ici.

Élodie ne répondit pas.

Elle fit signe au technicien de poursuivre.

La caméra avança.

Puis elle s’arrêta devant quelque chose.

Un morceau de tissu.

Une robe.

Thomas la reconnut immédiatement.

— C’est à Claire.

Mais il y avait autre chose.

Un morceau de papier.

Le technicien le récupéra.

Il était plié.

À l’intérieur, quelques mots.

« Si Thomas trouve ça, c’est que je n’ai plus le temps de lui expliquer. »

Thomas sentit ses yeux se remplir de larmes.

Élodie lui prit doucement le papier.

Elle continua de lire.

« Je ne suis pas partie volontairement. »

Thomas porta une main à sa bouche.

Puis :

« Marc sait que Lucas n’est pas le fils de Thomas. »

Thomas ferma les yeux.

La vérité venait enfin de prendre forme.

Mais la lettre continuait.

« Ce n’est pas Marc qui est le père. »

Thomas rouvrit les yeux.

Élodie poursuivit.

« Le père de Lucas est mort avant sa naissance. »

Thomas sentit un poids immense tomber dans son ventre.

Puis la dernière phrase :

« Et Thomas le connaît. »

PARTIE 7 — LE NOM

Thomas resta longtemps silencieux.

— Qui est-ce ? demanda Élodie.

Il secoua la tête.

— Je ne sais pas.

— Claire écrit que vous le connaissez.

— Peut-être.

— Réfléchissez.

Thomas prit la lettre.

Il relut les mots.

Le père de Lucas est mort avant sa naissance.

Puis il pensa à tous les hommes qui avaient fait partie de leur vie.

Les collègues.

Les voisins.

Les amis.

La famille.

Et soudain…

un visage lui revint.

Thomas pâlit.

— Non.

Élodie demanda :

— Qui ?

— Julien.

— Julien qui ?

Thomas répondit :

— Julien Delattre.

Élodie regarda le dossier.

— Votre frère ?

Thomas secoua la tête.

— Non.

Il déglutit.

— Mon meilleur ami.

Julien avait été son meilleur ami depuis l’université.

Il connaissait Claire avant même que Thomas ne l’épouse.

Ils avaient vécu des années ensemble.

Ils avaient voyagé.

Ils avaient partagé leurs problèmes.

Julien avait même été le témoin de leur mariage.

Mais Julien était mort six ans plus tôt.

Accident de voiture.

À cette époque, Claire était enceinte de Lucas.

Thomas avait toujours cru que l’enfant était le sien.

Parce qu’il avait fait confiance à sa femme.

Parce qu’il n’avait jamais imaginé autre chose.

Élodie demanda :

— Claire savait ?

Thomas répondit :

— Apparemment.

— Et vous ?

— Non.

— Quand avez-vous découvert la lettre ?

— Aujourd’hui.

Élodie regarda le mur.

— Alors pourquoi Marc voulait-il empêcher Claire de parler ?

Thomas comprit.

— Parce qu’il savait.

— Comment ?

Thomas réfléchit.

Puis il murmura :

— Parce que Julien lui avait peut-être parlé avant de mourir.

Élodie demanda :

— Et l’homme à la montre noire ?

Thomas releva la tête.

— Marc.

PARTIE 8 — CE QUE CLAIRE AVAIT DÉCOUVERT

Les enquêteurs retrouvèrent rapidement plusieurs documents.

Des relevés téléphoniques.

Des mouvements bancaires.

Des messages supprimés.

Et surtout…

un ancien ordinateur appartenant à Claire.

Il avait été caché dans une cave louée sous un faux nom.

Le disque dur contenait une série de dossiers.

Un seul était protégé par un mot de passe.

Le mot de passe était le prénom de Lucas.

À l’intérieur se trouvaient des fichiers audio.

Des photographies.

Des captures d’écran.

Et un document intitulé :

« Si je disparais. »

Élodie l’ouvrit.

Le document commençait ainsi :

« Je ne sais pas si quelqu’un lira un jour ces lignes. Mais si c’est le cas, je veux que la vérité soit connue. »

Claire expliquait qu’elle avait découvert la vérité six mois avant sa disparition.

Elle avait fait un test ADN sur Lucas.

Pas parce qu’elle soupçonnait Thomas.

Mais parce qu’elle avait retrouvé une ancienne lettre de Julien.

Dans cette lettre, Julien avouait qu’il avait eu une relation avec Claire avant son mariage.

Une relation courte.

Terminée avant que Claire n’épouse Thomas.

Julien croyait que l’enfant pouvait être le sien.

Mais il n’avait jamais osé en parler.

Claire avait fait le test.

Le résultat était positif.

Julien était bien le père biologique de Lucas.

Mais Julien était mort depuis longtemps.

Claire avait alors décidé de tout révéler à Thomas.

Elle avait préparé une lettre.