Ce n’était pas un cri de détresse, ni un râle d’agonie. C’était un hurlement puissant, mélodieux, souverain, qui roula en vagues d’écho à travers les gouffres et les falaises du massif. Un appel vibrant qui proclamait sa liberté retrouvée, son retour parmi les siens et la promesse d’une lignée qui ne s’éteindrait jamais.
Et soudain, venu des profondeurs des forêts lointaines du versant nord, un deuxième hurlement lui répondit. Puis un troisième, plus proche, plus grave. La meute dispersée, sentant le retour de leur femelle alpha, unissait ses voix dans un hymne sauvage et grandiose qui fit frissonner les étoiles.
La louve tourna le dos au promontoire et s’élança dans les herbes hautes, suivie de près par son petit dont la silhouette bondissante disparut bientôt parmi les ombres protectrices de la grande forêt boréale.
Maya resta de longs moments immobile, les yeux fixés sur la ligne de crête où les herbes frémissaient encore doucement sous le vent nocturne. Daniel posa une main paternelle et réconfortante sur son épaule.
« Ils sont rentrés chez eux, murmura-t-il avec émotion. Grâce à vous. »
« Non, répondit Maya avec un sourire paisible, les yeux embués d’une joie sereine. Grâce à nous tous. Elle nous a sauvé la vie autant que nous avons sauvé la sienne. »
Au fond de la vallée, de minuscules gyrophares bleus commencèrent à clignoter sur la route d’accès des mines désaffectées : le signal du tronc d’arbre avait atteint le poste de gendarmerie, et l’assaut légal contre le sanctuaire clandestin de Vane-Horizon venait de débuter. Le règne des mercenaires et des pilleurs de faune touchait à sa fin dans les Aiguilles Grises.
Mais là-haut, sur les crêtes baignées de lune, seul comptait désormais le souffle libre du vent d’altitude, portant à jamais le chant sauvage de Sombra et de son louveteau à travers l’éternité des montagnes.