Le conduit d’aération et de câblage était une cheminée d’acier sombre, large d’à peine un mètre cinquante, traversée par des grappes épaisses de câbles à fibre optique gainés de caoutchouc noir qui pulsaient d’un bourdonnement continu. Une échelle d’entretien en fer forgé, rouillée par des décennies de condensation négligée, courait le long de la paroi ouest. Chaque échelon résonnait sous leurs bottes comme un glas lointain, et le vent thermique provoqué par la surchauffe progressive des niveaux inférieurs montait le long du puits, apportant des bouffées d’air suffocant qui sentaient le plastique brûlé et l’acide phosphorique.

Leo grimpait devant, ses doigts crispés sur les barreaux métalliques au point d’en avoir les articulations blanches. Elena le suivait de près, le fusil d’assaut en bandoulière contre son dos, surveillant les ténèbres sous leurs pieds. Deux fois, le jeune chercheur manqua de lâcher prise lorsque des secousses telluriques firent trembler la structure du gratte-ciel : les systèmes de confinement du réacteur commençaient à céder, étage par étage.

Lorsqu’ils atteignirent enfin le sas d’accès au toit, leurs muscles n’étaient plus que douleur et leurs mains étaient écorchées jusqu’au sang.

Elena posa une paume contre la porte métallique : elle était tiède, non pas sous l’effet de l’incendie montant, mais réchauffée par les gaz d’échappement des turbines du quadrotor en vol stationnaire au-dessus du complexe. Elle manipula le volant de verrouillage avec d’infinies précautions, cran par cran, pour étouffer le claquement des pênes.

La porte s’entrouvrit sur une bourrasque de vent furieux et une pluie d’orage qui les cingla immédiatement au visage.

Le toit de la tour Prometheus était une vaste esplanade de béton armé, hérissée d’antennes relais paraboliques, de générateurs d’extraction d’air monumentaux et de structures de guidage pour aéronefs. À cent mètres d’altitude, la ville s’étendait sous eux comme un tapis infini de circuits imprimés baignés par la brume nocturne, noyée sous des nuages bas que zébraient des éclairs muets.

Au centre de l’esplanade, l’aéronef du Consortium maintenait sa sustentation à deux mètres au-dessus de la plateforme, ses quatre hélices carénées projetant des trombes d’eau tourbillonnante sur le tarmac détrempé.

Et sous l’appareil, baigné dans le faisceau blanc aveuglant d’un projecteur ventral, se tenait Vance.

Il avait troqué son équipement endommagé contre un exosquelette de combat léger ancré directement dans ses fémurs artificiels, lui permettant de se tenir debout malgré ses blessures. Dans sa main droite, il tenait un pistolet de gros calibre à munitions gyroscopiques. À ses côtés, deux pilotes en combinaison étanche achevaient d’amarrer une ligne de ravitaillement.

Elena poussa Leo derrière l’imposant caisson d’un ventilateur industriel et se pencha vers lui, haussant la voix pour couvrir le rugissement assourdissant des réacteurs.

« Écoute-moi très attentivement », cria-t-elle à son oreille. « La puce dans cette mallette a un port de synchronisation directe sur la face inférieure. Est-ce qu’elle peut être activée sans console externe ? »

Leo écarquilla les yeux, comprenant subitement ce qu’elle projetait de faire. « C’est de la folie ! Le signal n’a pas été calibré pour un système biologique vivant non préparé ! Si je déclenche la séquence de décharge neuronale à proximité, ça va détruire tous les microprocesseurs non blindés dans un rayon de vingt mètres, y compris nos transmetteurs… et… »

« Et tous les implants cybernétiques connectés au système nerveux central », compléta Elena avec un regard d’acier. « Y compris ce qui maintient Vance en vie. »

« Mais la décharge nécessite une impulsion électrique de forte puissance pour saturer le condensateur ! » cria le chercheur à travers les rafales de pluie. « On n’a pas de batterie externe ! »

Elena décrocha la grenade à concussion de sa ceinture, dévissa l’amorce supérieure et révéla la cellule piézo-électrique interne qui alimentait le détonateur. « Nous avons ça. Tu as trente secondes pour coupler les deux connecteurs. Si tu échoues, aucun de nous ne descendra de ce toit. »

Leo hocha la tête, ses mains tremblantes s’activant malgré le froid paralysant. Il ouvrit la mallette en fibre de carbone. Sur son lit de mousse polymère reposait le Synapse-4 : un hexagone de silicium sombre, traversé de capillaires dorés microscopiques qui semblaient luire d’une vie propre sous les gouttes d’eau qui ricochaient sur le couvercle. Avec la précision d’un chirurgien poussé par l’instinct de survie, il connecta les électrodes de fortune de la grenade aux bornes d’alimentation d’urgence du prototype.

« C’est prêt », souffla Leo, le visage ruisselant de pluie et de sueur froide. « Mais il faut armer le percuteur manuellement. Dès que c’est fait, tu as trois secondes avant l’onde de saturation. Trois secondes, Elena. Pas une de plus. »

« Reste ici. Dès que l’onde frappe, tu cours vers la passerelle de secours du bâtiment adjacent. Tu ne te retournes sous aucun prétexte. »

Sans attendre sa réponse, Elena quitta l’abri du ventilateur et s’avança à découvert sur le tarmac inondé, le fusil d’assaut pointé vers le sol, tenant la mallette ouverte de sa main gauche.

La lumière crue du projecteur de l’aéronef la frappa de plein fouet, découpant sa silhouette trempée sur le béton sombre. Vance tourna lentement la tête vers elle. Sur son visage à moitié défiguré, un rictus de triomphe sauvage écarta ses lèvres ensanglantées.

« Je savais que tu ferais le bon choix, Elena », résonna sa voix amplifiée par les haut-parleurs de l’appareil. « La loyauté est un concept pour les imbéciles qui croient aux nations. Nous, nous appartenons à ceux qui façonnent le futur. »

« Le futur ne t’appartient pas, Vance », répondit-elle en avançant pas à pas, réduisant méthodiquement la distance qui les séparait. Quinze mètres. Douze mètres. « Tu n’es qu’un chien de garde remplaçable qu’ils ont rafistolé avec des pièces de rebut pour faire le sale boulot. Regarde-toi. Tu n’es même plus un homme. Tu es un brevet amorti. »

L’expression du cyborg se durcit instantanément, la lueur bleue de son œil bionique virant à un pourpre menaçant. Il leva son arme lourde, alignant le point rouge de sa visée laser sur le front de la jeune femme.