Le chancelier avait prévu de les laisser mourir dans les tunnels.

Pour la première fois de sa vie, Solène comprit qu’elle devrait choisir.

Sauver sa réputation.

Ou sauver la jeune femme qu’elle avait elle-même essayé de faire condamner.

PARTIE 4/5 — LE PRIX D’UNE VIE HUMAINE
Sous les fondations du palais, les tunnels étaient plongés dans une obscurité presque totale.

Le prince Adrien avançait avec une torche.

À ses côtés, Maïa tenait le carnet de sa mère et le petit pétale doré.

L’eau grondait derrière les murs.

Par moments, de fines fissures laissaient passer des jets glacés.

« Nous devons trouver la salle des Trois Vannes », expliqua Maïa.

Adrien regarda la carte.

« Elle devrait se trouver derrière cette galerie. »

Ils avancèrent.

Puis découvrirent une immense porte de pierre.

Trois arches étaient gravées au-dessus.

Au centre, une serrure avait la forme d’un pétale.

Maïa sentit son cœur s’accélérer.

« C’est ici. »

Elle approcha le fragment doré.

Celui-ci s’illumina.

Puis s’inséra doucement dans la serrure.

Un grondement profond résonna.

La porte s’ouvrit lentement.

Derrière elle se trouvait une salle gigantesque.

Trois roues de pierre dominaient un immense bassin souterrain.

Des conduites anciennes partaient dans différentes directions.

L’une alimentait les jardins royaux.

Une autre rejoignait les villages de la vallée.

La troisième servait à évacuer le trop-plein des réservoirs.

Mais les mécanismes avaient été modifiés.

La conduite menant à Clairval était fermée depuis des décennies.

Une partie de l’eau était dirigée vers des domaines privés.

Et la vanne de décharge venait d’être ouverte au maximum.

Maïa recula, terrifiée.

« Il a tout préparé. »

Adrien s’approcha des roues.

« Si nous fermons celle-ci, nous arrêterons la décharge. »

Il tenta de la tourner.

Rien.

La roue était bloquée.

Maïa consulta le carnet.

« Ma mère avait prévu ce problème. »

Elle désigna une annotation.

Si le mécanisme principal est bloqué, ouvrir le canal du palais pour détourner la pression.

Adrien la regarda.

« Le canal du palais ? »

Maïa acquiesça.

« L’eau ne descendra plus vers Clairval. Elle traversera les anciennes galeries sous la salle de bal. »

Le prince comprit immédiatement.

« Nous pourrions perdre une partie du palais. »

Maïa fixa les conduites.

Puis murmura :

« Mais nous sauverions le village. »

Au même moment, Solène se précipitait vers les appartements de sa mère.

Son visage était couvert de larmes.

La reine Ysabeau se retourna en la voyant entrer.

« Que se passe-t-il ? »

La princesse hésita.

Puis tomba à genoux.

« Mère… j’ai fait quelque chose de terrible. »

Ysabeau fronça les sourcils.

Solène sortit de sa manche une petite boîte vide.

« C’est moi qui ai placé le sceau royal parmi les affaires de Maïa. »

La reine resta immobile.

« Quoi ? »

« Orsain m’a convaincue qu’elle représentait une menace. Je voulais qu’elle soit renvoyée. »

Les larmes coulaient sur ses joues.

« Je voulais qu’elle souffre parce que tout le monde la regardait au lieu de me regarder. »

Ysabeau ferma les yeux.

« Solène… »

Sa voix était remplie d’une immense déception.

Mais la princesse poursuivit :

« J’ai entendu les hommes d’Orsain. Ils ont verrouillé les accès aux tunnels. Ils veulent empêcher Adrien et Maïa de ressortir ! »

La reine se redressa brusquement.

« Où sont les clés ? »

« Dans le poste des gardes de l’aile ouest. »

Ysabeau se dirigea vers la porte.

Solène lui attrapa la main.

« Mère, laissez-moi aider. »

La reine la regarda longuement.

Puis répondit :

« Tu ne pourras pas réparer cela avec des excuses. »

Solène baissa la tête.

« Je sais. »

« Alors commence par sauver ceux que tu as mis en danger. »

Dans la salle des Trois Vannes, l’eau montait déjà autour des chevilles de Maïa.

Adrien avait réussi à déplacer une première roue.

Mais le mécanisme du canal royal exigeait deux personnes.

L’une devait maintenir un levier abaissé.

L’autre tourner une lourde manivelle.

Et le passage pour rejoindre cette dernière se trouvait de l’autre côté du bassin.

« Je vais y aller », dit le prince.

Maïa secoua la tête.

« Non ! Le courant est trop fort. »

Mais Adrien avait déjà commencé à traverser.

Une vague jaillit brusquement d’une conduite.

Il perdit l’équilibre.

Maïa se précipita vers lui et parvint à saisir son uniforme.

Tous deux tombèrent à genoux.

La torche s’éteignit.

Seule la lumière du pétale doré éclairait encore la salle.

Adrien se releva péniblement.

« Nous n’y arriverons pas seuls. »

Maïa regarda la roue.

Puis l’eau.

Elle pensa aux enfants de Clairval.

Aux maisons fragiles.

Aux personnes qui, depuis des années, souffraient pour que les jardins royaux restent magnifiques.

Une larme coula sur sa joue.

« Ma mère a essayé de les sauver. »

Elle inspira profondément.

« Je ne veux pas que son sacrifice ait été inutile. »

Soudain, des voix retentirent derrière la porte.

« ADRIEN ! »

C’était Solène.

Elle venait d’ouvrir le passage avec plusieurs gardes.

Le prince se retourna.

« Solène ? »

La princesse aperçut l’eau qui montait.

Puis Maïa.

« Je suis venue vous aider ! »

Adrien hésita.

Mais Maïa lui tendit immédiatement la carte.

« Il faut tourner cette manivelle pendant que nous maintenons le levier. »

Solène regarda le bassin.

Puis son frère.

« Très bien. »

Elle retira ses chaussures précieuses.

Souleva les pans de sa robe rouge rubis.

Et descendit dans l’eau glacée.

Ensemble, les trois jeunes gens commencèrent à actionner l’ancien mécanisme.

Adrien abaissa le levier.

Maïa maintint une seconde commande.

Solène tourna la manivelle de toutes ses forces.

Ses mains glissèrent.

Ses bras tremblèrent.

« Encore ! » cria Adrien.

« J’ESSAIE ! »

Un grondement profond traversa la salle.

La roue commença à bouger.

Puis elle se bloqua brutalement.

Solène sentit ses forces l’abandonner.

« Je n’y arrive plus ! »

Maïa la regarda.

« Regardez-moi ! »

La princesse releva les yeux.

« Nous sommes presque au bout ! »