« Je sais que je ne suis qu’une servante. Mais je vous demande de ne pas me condamner comme vous avez condamné ma mère. »
La reine Ysabeau baissa la tête.
Le roi fronça les sourcils.
« Votre mère ? »
Maïa regarda la souveraine.
« Éliane Valette. »
Un silence profond suivit.
Orsain se raidit.
La reine se leva.
« Je dois dire quelque chose. »
Le chancelier intervint immédiatement.
« Majesté, nous devrions d’abord examiner les preuves ! »
Mais Ysabeau le regarda froidement.
« C’est justement ce que nous aurions dû faire il y a vingt-trois ans. »
Devant toute la cour, la reine raconta ce qui était arrivé à Éliane.
Comment elle avait sauvé la vie du prince Adrien.
Comment elle avait reçu une promesse de protection.
Puis comment elle avait été accusée de vol et bannie sans véritablement pouvoir se défendre.
La voix de la reine se brisa.
« J’ai signé ce décret. »
Plusieurs nobles échangèrent des regards stupéfaits.
Ysabeau poursuivit :
« Je ne sais pas encore qui a fabriqué les preuves contre elle. Mais je sais désormais que je n’ai pas accompli mon devoir. »
Maïa sentit les larmes couler sur ses joues.
Pour la première fois, le nom de sa mère était prononcé devant la cour sans être associé à une accusation.
Adrien s’avança alors avec le carnet d’Éliane.
« Père, il existe des documents qui pourraient expliquer cette ancienne affaire. »
Le prince montra les cartes.
« Les sources qui alimentaient Clairval ont été détournées vers les réservoirs privés de plusieurs familles nobles. »
Le roi fronça les sourcils.
« C’est impossible. »
« Pourtant, les relevés de ma mère et certains registres encore conservés aux archives concordent. »
Orsain éclata :
« Ce sont des dessins fabriqués par une voleuse ! »
Adrien le regarda.
« Pourquoi ce carnet vous fait-il si peur ? »
Le chancelier se figea.
Le prince poursuivit :
« Nous avons également retrouvé des versements provenant des domaines bénéficiaires de ces détournements. »
Il posa un registre sur la table.
« Plusieurs paiements ont été autorisés par votre cabinet. »
Orsain recula.
« Vous m’accusez de trahison ? »
Adrien répondit calmement :
« Je demande qu’une enquête indépendante examine votre rôle. »
Solène regardait son frère.
Puis le chancelier.
Pour la première fois, elle se demanda si l’homme qui l’avait conseillée avait utilisé sa jalousie pour protéger ses propres intérêts.
Elle observa Maïa.
Ses mains tremblaient encore.
Elle avait l’air épuisée.
Mais elle ne cherchait pas à se venger.
Elle voulait seulement que le nom de sa mère soit réhabilité.
Solène baissa les yeux.
Elle se souvint du sceau qu’elle avait caché dans le coffre.
Une honte brûlante lui traversa la poitrine.
Pourtant, elle n’osa pas encore parler.
Soudain, le pétale doré dans la poche de Maïa se mit à vibrer.
Elle le sortit.
La lumière se propagea jusqu’à la Rose des Serments, visible derrière les portes ouvertes de la salle de bal.
Les pétales du cristal s’illuminèrent.
Un son grave résonna dans le palais.
Puis une inscription ancienne apparut sur le socle.
Lorsque les sources seront retenues par l’avidité, que la main fidèle les rende à ceux qui ont soif.
Le roi Alaric se leva.
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
Maïa regarda la carte de sa mère.
Puis le pétale.
« La rose nous montre les anciennes sources. »
Adrien s’approcha.
« Celles qui alimentaient les villages avant leur détournement. »
Le chancelier pâlit.
Car il connaissait parfaitement ces sources.
Il savait aussi qu’elles se trouvaient derrière une immense porte hydraulique, dissimulée sous les fondations du palais.
Et que les ouvrir pouvait révéler des années de détournements.
À cet instant, un capitaine entra précipitamment.
« Majesté ! Les eaux du réservoir royal montent dangereusement ! »
Le roi se retourna.
« Pourquoi ? »
« Quelqu’un a ouvert l’ancienne vanne de décharge ! »
Adrien sentit son cœur s’arrêter.
« La vanne de décharge ? »
Le capitaine acquiesça.
« Si nous ne parvenons pas à la refermer, toute l’eau sera envoyée vers la vallée de Clairval. »
Maïa devint livide.
« Mon village… »
L’officier poursuivit :
« Les maisons basses risquent d’être submergées avant la nuit. »
Le prince se tourna immédiatement vers Orsain.
« Qui possède les clés des anciennes vannes ? »
Le chancelier détourna les yeux.
« Les responsables des réservoirs, bien entendu. »
Adrien s’avança.
« Et qui leur donne leurs ordres ? »
Orsain ne répondit pas.
Le roi frappa le bras de son trône.
« Comte de Brévant ! Répondez ! »
Mais le chancelier avait déjà fait un signe discret à deux hommes.
Il tenta de quitter la salle.
Les gardes royaux lui barrèrent la route.
Adrien ordonna :
« Retenez-le jusqu’à ce que nous ayons compris ce qui se passe. »
Maïa serra le carnet de sa mère contre sa poitrine.
Elle connaissait Clairval.
Les petites maisons proches de la rivière.
Le vieux moulin.
L’école.
Les enfants qui jouaient près du pont.
Si le réservoir se vidait brutalement, ils seraient tous en danger.
Elle se tourna vers le roi.
« Majesté, je dois aller là-bas. »
Alaric secoua la tête.
« C’est trop dangereux. »
« Ma mère connaissait les tunnels. Elle m’en a laissé le plan. »
Adrien s’approcha.
« Je viens avec vous. »
Le roi voulut protester.
Mais la reine Ysabeau prit la parole.
« Laissez-les essayer. Et envoyez immédiatement des gardes prévenir les habitants de Clairval. »
Elle fixa son époux.
« Nous avons trop longtemps fermé les yeux. »
Quelques minutes plus tard, Maïa et Adrien descendaient un ancien escalier de pierre sous la salle de bal.
Le pétale doré leur servait de guide.
Derrière eux, l’eau grondait dans les profondeurs du palais.
Mais ils ignoraient que la porte des anciennes sources avait déjà été verrouillée.
Et qu’en haut de l’escalier, la princesse Solène venait de découvrir une vérité terrifiante.