Ysabeau baissa la tête.

« Je sais. »

La jeune femme regarda la couronne d’or.

Puis la reine.

« Alors votre promesse ne valait rien ? »

Ces mots blessèrent Ysabeau davantage que n’importe quelle accusation.

Parce qu’elle ne pouvait pas les réfuter.

Plus tard, Maïa retrouva le prince Adrien dans la galerie des jardins.

Il attendait près d’une fenêtre.

« Ma mère m’a raconté ce qui s’est passé », dit-il.

Maïa détourna les yeux.

« Je voudrais partir. »

« Je comprends. »

« Je ne veux pas rester parmi des gens qui peuvent détruire une vie en signant un papier. »

Adrien resta silencieux.

Puis il répondit :

« Vous avez raison d’être en colère. »

Maïa le regarda avec surprise.

Il poursuivit :

« Ma mère a commis une faute. Mais si votre mère disait la vérité, il reste peut-être des preuves. »

La jeune femme hésita.

« Elle m’a laissé un carnet. »

« Un carnet ? »

« Des dessins de tunnels. Des noms de villages. Et des chiffres que je n’ai jamais compris. »

Adrien se redressa.

« Où est-il ? »

« Dans ma chambre, près des cuisines. »

Le prince lui tendit la main.

« Alors allons le chercher. »

Pendant ce temps, la princesse Solène entrait dans le cabinet d’Orsain.

Elle était furieuse.

« Ma mère a passé toute la soirée avec cette servante ! »

Le comte feignit la compassion.

« Je comprends votre inquiétude. »

« Et mon frère semble prêt à lui donner tout ce qu’elle demande ! »

Orsain s’approcha doucement.

« Votre Altesse, certaines personnes savent très bien manipuler la bonté des souverains. »

Solène serra les poings.

« Que voulez-vous dire ? »

« Cette jeune femme n’a peut-être pas touché la relique par hasard. »

Il posa une petite boîte de velours sur son bureau.

À l’intérieur se trouvait un sceau royal ancien.

« Cet objet a disparu de nos archives. »

Solène fronça les sourcils.

« Et alors ? »

« S’il était retrouvé parmi les affaires de la servante, nous aurions une raison de l’interroger. »

La princesse le fixa.

« Vous me demandez de fabriquer une accusation ? »

Orsain répondit doucement :

« Je vous demande de protéger votre famille. »

Solène resta silencieuse.

Elle repensa à sa mère.

Au regard qu’elle avait posé sur Maïa.

À l’attention de son frère.

Et à la honte éprouvée devant tous les nobles.

Puis elle tendit lentement la main vers la boîte.

Dans la chambre des serviteurs, Maïa retrouva le carnet d’Éliane.

Les pages étaient usées.

Plusieurs étaient tachées.

Sur la première figurait un dessin de la Rose des Serments.

En dessous, une phrase était écrite à l’encre bleue.

La rose ne s’ouvre pas à ceux qui possèdent. Elle s’ouvre à ceux qui protègent.

Adrien lut les mots.

« Ce n’est pas ce qu’on nous a toujours enseigné. »

Maïa tourna les pages.

Elle découvrit une carte du palais.

Des lignes traversaient les jardins.

Puis les collines.

Et descendaient jusqu’à Clairval.

Au centre se trouvait le dessin d’une porte souterraine.

Trois arches.

Une roue de pierre.

Et une fleur dorée.

Soudain, le pétale de cristal posé dans la poche de Maïa se mit à briller.

Il projeta une lumière sur la carte.

Exactement à l’emplacement de la porte.

Adrien sentit son cœur s’accélérer.

« Votre mère a laissé un chemin. »

Maïa fixa le dessin.

« Vers quoi ? »

Le prince répondit :

« Vers ce qu’Orsain a tellement peur que nous découvrions. »

Mais aucun d’eux ne savait que, dans le couloir, un homme du chancelier avait entendu leur conversation.

Et qu’à cet instant même, Solène s’approchait de leur chambre avec le sceau royal dissimulé dans sa manche.

PARTIE 3/5 — LE MENSONGE SOUS LES COLONNES D’OR
Au matin, deux gardes entrèrent dans la chambre de Maïa.

La jeune femme venait à peine de se réveiller.

« Maïa Valette ? »

Elle se redressa.

« Oui ? »

Le capitaine leva un document.

« Nous avons reçu l’ordre de fouiller vos affaires. »

Maïa pâlit.

« Pourquoi ? »

« Un sceau royal a été volé. »

Les soldats ouvrirent les tiroirs.

Déplacèrent les vêtements.

Puis examinèrent le petit coffre où Maïa conservait les souvenirs de sa mère.

L’un d’eux en sortit un objet enveloppé dans du tissu.

Un sceau d’argent.

Le capitaine se figea.

« Le voici. »

Maïa recula.

« Ce n’est pas à moi ! »

« Il était dans votre coffre. »

« Quelqu’un l’a mis là ! »

Mais les soldats ne l’écoutèrent pas.

Ils lui demandèrent de les accompagner.

Lorsque Maïa entra dans la grande salle du Conseil, la princesse Solène se tenait près du chancelier.

Sa robe rouge rubis brillait sous les lustres.

Son expression semblait parfaitement maîtrisée.

Le roi Alaric était assis sur son trône.

La reine Ysabeau se tenait à ses côtés.

Adrien arriva quelques instants plus tard.

En voyant Maïa entourée de gardes, il s’arrêta brusquement.

« Que signifie ceci ? »

Orsain prit immédiatement la parole.

« Votre Altesse, nous avons découvert un objet volé parmi les affaires de cette jeune femme. »

Il présenta le sceau.

« Cela pourrait expliquer comment elle a réussi à manipuler la Rose des Serments. »

Maïa secoua la tête.

« Je n’ai rien volé ! »

Solène la regarda froidement.

« Pourtant, l’objet était dans votre chambre. »

Adrien se tourna vers sa sœur.

« Comment le savez-vous ? »

Solène hésita.

« Le capitaine vient de nous le dire. »

Mais Adrien remarqua sa main tremblante.

Il connaissait sa sœur.

Et quelque chose, dans son regard, ressemblait davantage à de la peur qu’à de la colère.

Le roi demanda le silence.

« Maïa Valette, que répondez-vous à cette accusation ? »

Elle se redressa.

Malgré les larmes qui brillaient dans ses yeux, sa voix demeura claire.

« Majesté, je n’ai jamais vu cet objet avant aujourd’hui. »

Elle inspira profondément.