Les adultes croient souvent que le mal se cache dans les ténèbres extérieures, dans les ruelles inconnues ou les monstres des légendes. Mais les enfants, eux, possèdent cette lucidité primitive et magnifique : ils savent reconnaître la détresse d’un semblable à travers l’épaisseur d’une porte fermée, et ils savent que le silence est la seule arme qui permette au mal de triompher.

Iris avait parlé. Elle avait refusé d’avoir peur.

— Papa ! cria Iris en accourant vers la terrasse, tenant Lucia par la main. Regarde ce qu’on a trouvé sous les lilas !

Lucia ouvrit délicatement ses petites paumes réunies en coupe. Au creux de ses doigts reposait un papillon aux ailes bleu cobalt, immobile, profitant de la douce tiédeur de sa peau avant de prendre son envol vers le ciel printanier.

— Il avait une aile coincée dans une toile d’araignée, expliqua Lucia avec gravité, levant ses grands yeux limpides vers Michael. Mais Iris a déchiré la toile. Et maintenant, il peut voler partout où il veut.

Michael s’agenouilla devant les deux fillettes, les enveloppant toutes les deux dans une étreinte solide, protectrice, indestructible.

— Oui, mon cœur, murmura-t-il la gorge serrée par le bonheur. Maintenant, vous pouvez voler partout où vous voulez. La toile est brisée.