Mais le frère de Fiona était un homme robuste, endurci par des années de violence. Malgré sa blessure, il projeta son épaule valide contre le torse de Michael, les envoyant tous deux rouler dans la crasse et la poussière grasse de l’atelier.
Les deux hommes se battirent avec une sauvagerie désespérée. Samuel assénait des coups de poing vicieux aux côtes de Michael, tandis que celui-ci, l’aveuglement du gaz lui déchirant encore les yeux, cherchait la gorge de son adversaire. Leurs corps heurtèrent des étagères métalliques qui s’effondrèrent dans un fracas assourdissant de roulements à billes, d’outils et de ferraille.
Voyant son frère en difficulté, Fiona ramassa une barre de fer rouillée sur le sol, les yeux exorbités par la démence.
— Crève ! Crève, imbécile ! hurla-t-elle en se précipitant vers Michael, la barre levée pour lui fendre le crâne.
Iris, attachée sur sa caisse, vit le danger mortel qui menaçait son père. Dans un sursaut d’héroïsme instinctif que seule l’angoisse filiale pouvait insuffler à une enfant de six ans, elle se jeta de tout son poids sur le côté. La caisse en bois bascula, venant heurter violemment les chevilles de Fiona en pleine course.
La femme trébucha lourdement, sa tête heurtant le rebord d’une enclume d’atelier avec un bruit sourd. Elle s’effondra inanimée dans la sciure, du sang coulant sur sa tempe.
Au même moment, Michael parvint à retourner la situation au sol. Bloquant le bras valide de Samuel sous son genou, il saisit une clé à molette lourde et l’abattit d’un coup sec contre la tempe du colosse. Samuel s’affaissa instantanément, inconscient, son corps massif inerte sur le sol de béton.
Le silence retomba brutalement dans le hangar, seulement troublé par le ronronnement régulier du générateur et les sanglots étouffés d’Iris.
Michael, pantelant, le visage en sang et les côtes meurtries, se releva avec difficulté. Il rampa vers sa fille, ses mains tremblantes déchirant le ruban adhésif qui entravait ses petites jambes, puis celui de ses poignets.
Avec une infinie délicatesse, il retira la bande sur sa bouche.
— Papa… sanglota Iris en se jetant contre son cou, serrant ses petits bras autour de lui de toutes ses forces. Papa, j’avais peur… Elle m’a dit que tu ne m’aimais plus, qu’elle allait me jeter dans l’eau noire…
— C’est fini, mon amour… C’est fini, murmura Michael en sanglotant à son tour, embrassant ses cheveux souillés de poussière. Je suis là. Personne ne te touchera plus jamais. Papa est là.
Mais le cauchemar n’était pas tout à fait terminé.
Derrière eux, un clic métallique sinistre déchira l’atmosphère.
Chapitre 7 : La rédemption d’un enfant
Michael se retourna lentement, protégeant Iris de son propre corps.
Fiona s’était relevée. Le visage à demi masqué par son propre sang, les yeux vitreux de folie furieuse, elle tenait à deux mains un vieux revolver à barillet déniché dans le tiroir d’un établi ouvert lors de la bagarre. Le canon tremblant était braqué directement sur le cœur de Michael.
— Tu m’as tout pris… siffla-t-elle, un rire dément s’échappant de ses lèvres déformées par la rage. Tout. Mon plan, ma sécurité, ma maison ! Tu te crois supérieur avec ta petite fille parfaite ? Tu vas la voir mourir en premier. Et ensuite, ce sera ton tour.
Michael tenta d’avancer un bras pour faire bouclier.
— Fiona, pose cette arme. C’est fini. La police arrive. Pense à Ben ! Qu’est-ce que tu vas lui laisser ?
À la mention de son fils, une lueur fugitive de trouble passa dans le regard de la folle, vite balayée par une haine paranoïaque destructrice.
— Ben est un faible ! Comme son père ! Il ne mérite rien ! Vous allez tous payer !
Son doigt commença à presser la détente usée du revolver. Le chien s’armait millimètre par millimètre dans un cliquetis mécanique impitoyable.
Soudain, une détonation sourde, un grondement de sirènes et un faisceau de lumière blanche aveuglante pulvérisèrent les vitres supérieures du hangar.
— POLICE ! LÂCHEZ VOTRE ARME ! TOUT DE SUITE !
Une voix amplifiée par un mégaphone résonna depuis l’extérieur, tandis que quatre faisceaux laser rouges dansaient sur la poitrine de Fiona. Les forces de l’ordre avaient localisé le véhicule grâce au signalement précis de Michael et aux indications géographiques du standard.
Mais Fiona était allée trop loin dans la démence pour entendre raison. Poussée par un désespoir nihiliste, elle raffermit sa prise et cria, prête à faire feu sur Iris.
BANG !
Un tir sec retentit. Ce n’était pas le revolver de Fiona.
C’était le fusil d’un tireur d’élite du SWAT posté sur la passerelle extérieure. La balle frappa l’épaule droite de Fiona avec une précision chirurgicale. Le choc lui arracha le revolver des mains, qui glissa sur le plancher avant de disparaître dans les eaux noires du canal.
Fiona s’effondra sur les genoux, hurlant de rage et de douleur, tandis qu’une demi-douzaine d’officiers casqués, armes au poing, enfonçaient les portes restantes et submergeaient l’espace.
— Au sol ! Ne bougez plus !
En quelques secondes, Fiona et Samuel furent plaqués contre le béton, menottés avec des liens de sécurité renforcés. Des couvertures thermiques dorées furent déployées, des voix professionnelles et rassurantes prirent le contrôle du chaos.
Un officier supérieur s’approcha de Michael, s’agenouillant près de lui et de la petite Iris toujours blottie contre son père.
— Monsieur Carter ? Vous êtes en sécurité maintenant. Les secours sont là. Vos deux autres enfants à la maison sont pris en charge par nos équipes médicales et les services sociaux d’urgence. Lucia est sous perfusion, elle est vivante.
Michael ferma les yeux, laissant enfin les larmes de soulagement laver la terreur accumulée.
— Lucia est vivante… répéta-t-il, la voix brisée. Iris, tu entends ? Tu as sauvé cette petite fille. Ton mot l’a sauvée.
Iris leva son petit visage fatigué, essuya une larme sur la joue de son père et murmura :
— Je savais qu’elle n’était pas un fantôme, papa. Les monstres, c’est nous qui les laissons entrer… mais toi, tu les chasses toujours.