Mais Morali avait déjà appelé son avocat et demandé qu’un inventaire contradictoire des documents soit organisé.

Il ne voulait pas de scène supplémentaire.

Il voulait que les faits soient établis.

Quelques minutes plus tard, deux représentants du cabinet juridique arrivèrent au manoir.

Victoria fut invitée à remettre les documents et à répondre aux questions concernant les opérations financières.

Elle tenta de conserver son calme.

Mais en passant devant Anna, elle murmura :

— Vous allez regretter ce que vous avez fait.

Anna la regarda droit dans les yeux.

— Peut-être. Mais je ne regretterai jamais d’avoir dit la vérité.

Chapitre 9 – Le retour du père

Trois jours plus tard, Sofia se trouvait dans un petit café situé à quelques rues de son appartement.

Elle avait passé les dernières nuits à relire les lettres de son père.

Chaque page révélait un morceau de son enfance qu’elle avait perdu.

Il y avait des photographies, des cartes d’anniversaire et même des dessins qu’elle avait réalisés lorsqu’elle était petite.

Alessandro avait tout conservé.

À la fin de l’une des lettres, elle avait découvert une phrase qui l’avait bouleversée :

« Si un jour tu lis ces mots, ma fille, sache que je n’ai jamais cessé de t’aimer. Je ne sais pas si tu te souviendras de mon visage, mais moi, je n’ai jamais oublié le tien. »

Sofia avait longtemps pleuré en lisant ces lignes.

Ce matin-là, Morali lui avait envoyé un message.

Son père était arrivé en ville.

Elle avait répondu qu’elle était prête à le rencontrer.

À 10 h 15, la porte du café s’ouvrit.

Un homme d’une cinquantaine d’années entra.

Ses cheveux étaient devenus gris. Son visage portait les marques du temps et de plusieurs années de travail difficile.

Il s’arrêta lorsqu’il aperçut Sofia.

Pendant quelques secondes, aucun des deux ne bougea.

Puis il prononça doucement :

— Sofia ?

La jeune femme se leva.

— Papa ?

Alessandro porta une main à son visage.

Il avait imaginé cette rencontre pendant seize ans.

Il avait répété des centaines de phrases dans sa tête.

Mais maintenant qu’elle se tenait devant lui, il ne trouvait plus les mots.

— Tu as tellement grandi…

Sofia tenta de sourire.

— Je ne suis plus la petite fille sur tes photographies.

Il hocha la tête, les yeux brillants.

— Je sais.

Il s’approcha avec hésitation.

— Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ?

Sofia ne répondit pas.

Elle fit simplement un pas vers lui.

Alessandro l’enlaça avec une délicatesse presque maladroite.

Il pleura sans chercher à le cacher.

— Pardonne-moi, murmura-t-il. J’aurais dû me battre davantage pour toi.

Sofia ferma les yeux.

— Je ne sais pas encore comment je dois comprendre tout cela.

— Tu n’as pas besoin de me pardonner aujourd’hui.

— J’ai beaucoup de questions.

— Je répondrai à chacune d’elles.

— Et je ne veux plus jamais qu’on me cache la vérité.

Alessandro recula légèrement pour regarder son visage.

— Je te le promets.

Ils s’assirent.

Pendant plusieurs heures, ils parlèrent de Claire, de leur ancienne maison, des vacances au bord de la mer et des petits souvenirs qu’Alessandro avait conservés.

Sofia découvrit que son père connaissait encore le nom de son premier doudou.

Il se souvenait de sa peur des orages, de sa façon de rire lorsqu’elle apprenait un nouveau mot et de la chanson qu’il lui chantait avant de dormir.

Ce n’était pas un homme qui avait oublié sa fille.

C’était un père qui avait passé des années à vivre avec son absence.

Chapitre 10 – Le prix de la vérité

Les semaines suivantes furent difficiles.

Les avocats examinèrent les documents conservés dans la boîte en bois. Plusieurs transactions financières furent vérifiées. Les signatures, les courriers et les anciennes décisions concernant le patrimoine Carter furent comparés.

L’enquête révéla que Victoria avait effectivement participé à plusieurs opérations irrégulières et avait utilisé sa position de confiance pour influencer certaines décisions.

Certaines responsabilités restaient à établir, et les procédures suivirent leur cours devant les autorités compétentes.

Victoria ne pouvait plus revenir dans la maison comme avant.

Son influence avait disparu.

Elle avait perdu ce qu’elle avait mis tant d’années à construire : l’apparence d’une personne indispensable.

Mais Sofia ne se réjouissait pas de cette situation.

Elle ne voulait pas consacrer sa vie à la vengeance.

Elle voulait simplement retrouver une existence qui lui appartenait.

Quant à Eleanor, elle commença à recevoir un accompagnement médical et juridique indépendant. Les décisions concernant ses biens furent désormais prises avec des garanties adaptées à sa situation.

Anna resta auprès d’elle.

Un soir, Eleanor lui demanda de s’asseoir près de son fauteuil roulant.

— Anna, pourquoi ne m’avez-vous jamais abandonnée ?

La domestique sourit tristement.

— Parce que vous avez été bonne avec moi pendant de nombreuses années.

— Même lorsque je ne vous ai pas crue ?

— Même à ce moment-là.

Eleanor baissa les yeux.

— Je vous ai laissée vous faire humilier.

— Vous étiez sous pression, madame.

— Cela ne justifie pas tout.

Elle prit la main d’Anna.

— Je vous dois des excuses.

Anna eut les larmes aux yeux.

— Je ne vous ai jamais demandé de me remercier.

— Je le sais. Mais j’avais besoin de vous le dire.

Eleanor regarda la fenêtre.

Dehors, le jardin était baigné par la lumière du soir.

— J’ai passé ma vie à croire que l’argent et les relations pouvaient protéger une famille. J’avais tort.

Anna ne répondit pas.

La vieille femme poursuivit :

— Ce qui protège une famille, c’est la vérité. Et surtout, la capacité de s’écouter avant qu’il ne soit trop tard.

Chapitre 11 – La dernière volonté de Thomas Carter

Deux mois plus tard, Sofia, Alessandro et Monsieur Morali se retrouvèrent dans le bureau de l’ancien patriarche.

La pièce n’avait presque pas changé.

Les bibliothèques étaient toujours remplies de livres d’architecture. Une grande table en bois occupait le centre de la pièce et plusieurs photographies de famille étaient disposées sur une étagère.

Morali déposa un dossier devant Sofia.