— Avant que cette lettre soit lue, je veux que tout le monde comprenne une chose. Pendant des années, j’ai protégé une personne qui ne méritait pas ma confiance.

Son regard se posa sur Victoria.

— Et j’ai rejeté une autre personne qui m’avait toujours dit la vérité.

Anna commença à pleurer silencieusement.

Victoria secoua la tête.

— Eleanor, vous êtes fatiguée. Vous ne devriez pas parler de choses que vous ne comprenez plus.

Cette phrase fut comme une gifle.

Madame Carter ferma les yeux.

— C’est exactement ce que vous répétez depuis des mois. Que je suis vieille. Que je confonds les souvenirs. Que je ne suis plus capable de prendre mes propres décisions.

Morali se redressa.

— Depuis combien de temps cela dure-t-il ?

Anna répondit enfin :

— Depuis presque huit mois, monsieur.

Tout le monde se tourna vers elle.

— Huit mois ? répéta Morali.

— Madame Carter voulait vous contacter plusieurs fois. Mais chaque fois que j’essayais de passer un appel, Madame Victoria me demandait de raccrocher. Elle disait que vous étiez occupé et que vous ne vouliez plus entendre parler de cette maison.

Victoria éclata de rire.

— C’est ridicule !

Anna poursuivit, la voix tremblante :

— Elle a également changé les mots de passe du téléphone de Madame Carter. Elle a interdit à plusieurs personnes de lui rendre visite. Et elle a demandé au personnel de ne pas transmettre son courrier sans son autorisation.

Le visage de Morali se durcit.

— Vous avez isolé cette femme ?

— Je voulais simplement éviter qu’elle soit dérangée !

Madame Carter murmura :

— Non, Victoria. Tu voulais que je sois seule.

Chapitre 3 – Une vérité vieille de vingt ans

Pour comprendre ce qui se passait dans cette maison, il fallait remonter vingt ans en arrière.

À cette époque, Eleanor Carter était une femme énergique et indépendante. Son mari, Thomas Carter, avait construit une entreprise familiale spécialisée dans l’immobilier et la restauration de bâtiments anciens.

Le couple avait une fille unique, Claire.

Claire était intelligente, généreuse et très attachée à ses parents. Elle avait grandi dans une maison où l’argent ne manquait pas, mais où l’amour et le respect comptaient davantage que les apparences.

Lorsqu’elle avait vingt-six ans, elle avait rencontré un jeune architecte nommé Alessandro Morali.

Il ne possédait ni fortune ni relations influentes. Il venait d’une famille modeste et travaillait sans relâche pour développer son cabinet d’architecture.

Eleanor avait immédiatement apprécié sa personnalité.

Thomas, en revanche, s’était montré plus réservé.

Il estimait que sa fille méritait quelqu’un de plus fortuné.

Mais Claire n’avait jamais accordé beaucoup d’importance à l’argent.

Elle avait épousé Alessandro malgré les réticences de certains membres de sa famille.

Deux ans plus tard, ils avaient eu une petite fille prénommée Sofia.

Le bonheur de la famille semblait complet.

Jusqu’au jour où un accident de voiture avait bouleversé leur existence.

Claire et Alessandro revenaient d’un déplacement professionnel lorsqu’un camion avait perdu le contrôle sur une route mouillée.

Alessandro avait été grièvement blessé.

Claire était décédée avant l’arrivée des secours.

Sofia, qui se trouvait dans son siège à l’arrière du véhicule, avait survécu.

Après le drame, Alessandro avait sombré dans une profonde détresse. Il avait dû interrompre ses activités pendant plusieurs mois et s’était éloigné de la famille Carter.

Eleanor avait alors pris une décision qu’elle regretterait longtemps.

Elle avait accepté que Sofia reste auprès de ses grands-parents pendant qu’Alessandro reconstruisait sa vie.

Au début, cette organisation devait être temporaire.

Mais Victoria Blake, une cousine éloignée de Thomas, avait progressivement pris une place importante dans la maison.

Elle s’occupait des affaires administratives, accompagnait Eleanor lors de ses rendez-vous et participait aux décisions concernant l’entreprise.

Elle avait également commencé à convaincre Eleanor qu’Alessandro n’était pas capable d’élever correctement Sofia.

Selon elle, l’homme était instable, trop pauvre et incapable d’offrir un avenir digne à l’enfant.

Petit à petit, Eleanor avait fini par croire que son gendre représentait un danger pour sa petite-fille.

Un jour, une dispute avait éclaté.

Alessandro était venu récupérer Sofia.

Eleanor avait refusé.

— Tu n’es pas en état de t’occuper d’elle, lui avait-elle dit.

— C’est ma fille, Eleanor !

— Elle a besoin de stabilité.

— Et vous pensez qu’elle trouvera cette stabilité auprès de personnes qui veulent m’effacer de sa vie ?

La discussion avait dégénéré.

Alessandro était finalement parti sans sa fille.

Ce jour-là, il avait promis qu’il reviendrait lorsqu’il aurait retrouvé les moyens de lui offrir une vie digne.

Mais personne ne lui avait jamais dit que Sofia attendait ses visites.

Quelques mois plus tard, Alessandro avait quitté la ville.

Eleanor avait élevé sa petite-fille en lui racontant que son père avait choisi de partir.

Sofia avait grandi avec cette blessure.

Et Victoria avait continué à contrôler les informations qui circulaient dans la famille.

Ce qu’Eleanor ignorait alors, c’était que Victoria avait découvert quelque chose dans les archives de Thomas.

Un document qui pouvait lui permettre de prendre le contrôle d’une partie considérable de l’héritage familial.

Chapitre 4 – Le véritable rôle de Monsieur Morali

Dans le salon, Monsieur Morali reprit la parole.

— Eleanor, il est temps que je vous explique pourquoi je suis venu ce soir.

Il sortit une seconde enveloppe.

— Il y a trois semaines, j’ai reçu un appel d’un notaire. Il m’a informé qu’un document avait été déposé en mon nom dans le cadre d’une procédure concernant l’héritage de Thomas Carter.

Victoria détourna le regard.

— Ce document contenait une copie d’un ancien testament, poursuivit Morali. Mais certaines signatures ne correspondaient pas aux documents originaux.

Eleanor porta une main à sa bouche.

— Je savais que quelque chose n’allait pas…

Morali continua :

— J’ai demandé une vérification. Les résultats préliminaires ont révélé plusieurs anomalies. Des modifications avaient été apportées à certains documents après la mort de Thomas.

Victoria protesta :

— Vous accusez quelqu’un sans preuve !

— Je n’accuse personne. Je suis ici pour comprendre.

Il se tourna vers Anna.

— Est-ce que vous avez conservé quelque chose ?