Anna hésita, puis acquiesça.
— Oui, monsieur.
Elle se dirigea vers un petit meuble situé près de la cheminée. Elle ouvrit un tiroir et en sortit une boîte en bois.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs enveloppes, des photographies et une petite clé métallique.
Elle tendit la boîte à Morali.
— Madame Carter m’avait demandé de la garder. Elle m’avait dit de ne jamais la remettre à quelqu’un d’autre qu’à vous.
Morali ouvrit la boîte.
Il y trouva une photographie de Claire tenant Sofia dans ses bras, une lettre adressée à Alessandro et un document portant la signature de Thomas Carter.
Mais ce fut la dernière feuille qui retint son attention.
Il la lut en silence.
Puis il leva lentement la tête.
— Eleanor… vous saviez donc que Sofia n’avait jamais été abandonnée par son père ?
La vieille femme éclata en sanglots.
— Je l’ai appris trop tard.
Victoria se précipita vers lui.
— Donnez-moi ces documents !
Morali recula.
— Vous n’avez aucun droit sur ces papiers.
— Vous ne comprenez pas ! Ces documents appartiennent à la famille Carter !
— Justement. Et ils doivent être examinés par des professionnels indépendants.
Il posa la feuille sur la table.
— Cette lettre prouve qu’Alessandro a envoyé plusieurs courriers pour demander des nouvelles de sa fille. Certains ont été retournés sans lui être transmis. D’autres ont été interceptés.
Anna prit une grande inspiration.
— Je peux confirmer cela.
Victoria se retourna brutalement.
— Taisez-vous !
— Non, répondit Anna.
C’était la première fois qu’elle lui répondait avec autant de fermeté.
— J’ai gardé les enveloppes que vous m’aviez demandé de jeter. Je ne savais pas pourquoi vous faisiez cela à l’époque, mais j’ai compris que quelque chose n’allait pas.
Morali la regarda avec reconnaissance.
— Vous avez fait preuve de beaucoup de courage.
Puis il se tourna vers Victoria.
— Maintenant, j’aimerais savoir où se trouve Sofia.
Chapitre 5 – La disparition de Sofia
Un silence glacial envahit le salon.
Eleanor leva les yeux vers Morali.
— Sofia n’est pas ici ?
— Non. Elle m’a appelé hier soir.
Victoria pâlit.
— C’est impossible.
Morali sortit son téléphone.
— Elle m’a contacté après avoir découvert plusieurs documents dans l’ancien bureau de son grand-père.
Eleanor commença à trembler.
— Elle sait tout ?
— Elle sait que son père n’a jamais cessé de la chercher. Elle sait également que vous avez été manipulée.
Victoria tenta de reprendre contenance.
— Cette jeune fille est facilement influençable. Vous ne devriez pas lui faire confiance.
Morali la fixa.
— Sofia a vingt-deux ans. Elle est parfaitement capable de comprendre son histoire.
— Vous l’avez retournée contre nous !
— Non, Victoria. Elle a simplement découvert des faits que vous avez essayé de lui cacher.
À cet instant, le téléphone de Morali vibra.
Un message venait d’arriver.
Il le consulta rapidement.
Son expression changea.
— Elle est devant la maison.
Eleanor porta les deux mains à sa poitrine.
— Ma petite-fille…
Anna se dirigea vers la porte.
Mais Victoria se plaça devant elle.
— Personne ne sort d’ici !
Cette fois, Morali perdit patience.
— Écartez-vous.
— Vous ne pouvez pas débarquer dans cette maison et détruire notre famille !
— Votre famille ? répéta-t-il. Depuis quand considérez-vous cette maison comme la vôtre ?
Victoria resta immobile.
Puis une voix féminine retentit depuis l’entrée.
— Depuis qu’elle pense pouvoir remplacer ma mère.
Tous les regards se tournèrent vers la porte.
Une jeune femme venait d’entrer.
Elle portait un manteau beige, ses cheveux bruns retombaient sur ses épaules et ses yeux étaient remplis de larmes.
C’était Sofia.
Eleanor tenta de se lever, mais ses jambes ne lui obéissaient plus.
— Sofia…
La jeune femme s’approcha lentement.
Elle regarda sa grand-mère, puis Anna.
Enfin, ses yeux se posèrent sur Victoria.
— Vous m’avez raconté pendant toute mon enfance que mon père ne voulait plus de moi.
Victoria ne répondit pas.
— Vous m’avez dit qu’il avait préféré sa carrière. Que je n’étais qu’un souvenir douloureux pour lui. Que je devais arrêter de poser des questions.
Sa voix tremblait.
— Pendant des années, j’ai attendu qu’il revienne.
Elle sortit une photographie de son sac.
On y voyait une petite fille assise sur les épaules d’un homme souriant.
— J’ai retrouvé cette photo dans les archives de mon grand-père. Il y avait aussi une lettre de mon père. Une lettre qu’il avait écrite le jour de mon sixième anniversaire.
Elle regarda Eleanor.
— Grand-mère, pourquoi ne me l’avez-vous jamais donnée ?
Eleanor pleurait ouvertement.
— Parce que j’ai cru que je faisais ce qu’il y avait de mieux pour toi.
— Mais vous ne m’avez jamais demandé ce que je voulais.
Cette phrase fit plus de mal à Eleanor que n’importe quelle accusation.
Chapitre 6 – La femme en robe bleue
Victoria comprit que la situation lui échappait.
Elle avait passé des années à construire une image de femme indispensable, respectée et généreuse. Elle avait organisé des réceptions, réglé des factures et accompagné Eleanor dans les moments difficiles.
Mais derrière cette façade se cachait une ambition bien plus grande.
Elle voulait obtenir le contrôle du patrimoine Carter.
Après la mort de Thomas, elle avait découvert que plusieurs biens immobiliers et une partie des parts de l’entreprise familiale étaient destinés à Sofia.
Le testament prévoyait également qu’Alessandro serait chargé de protéger les intérêts de sa fille jusqu’à sa majorité.
Victoria avait compris qu’elle ne pourrait jamais prendre le contrôle de cet héritage tant qu’Alessandro resterait présent.
Elle avait donc commencé à manipuler Eleanor.
Elle avait présenté des documents modifiés, dissimulé des courriers et organisé des rencontres avec des conseillers qui lui étaient favorables.
Lorsque la santé d’Eleanor s’était détériorée, elle avait utilisé cette situation pour renforcer son influence.
Elle savait que la vieille femme était vulnérable.
Et elle avait fini par croire que personne ne pourrait jamais découvrir la vérité.
— Vous ne comprenez pas ce que j’ai fait pour cette famille ! lança Victoria.
Sofia la regarda.