— Vous avez fait quoi exactement ?

— J’ai tout organisé ! J’ai empêché cette famille de s’effondrer !

— Vous avez empêché mon père de me voir.

— Ton père n’avait rien à offrir !

— Il m’avait, moi, à offrir.

Victoria serra les poings.

— Tu étais trop jeune pour comprendre.

— Et vous étiez suffisamment adulte pour savoir que vous me faisiez du mal.

La jeune femme s’approcha de la table et prit les documents.

— Je ne veux pas votre argent. Je veux simplement savoir qui était ma mère, connaître mon père et comprendre pourquoi vous avez passé autant d’années à mentir.

Victoria eut un rire nerveux.

— Tu crois que la vérité va tout réparer ?

— Non. Mais elle m’empêchera de continuer à vivre dans vos mensonges.

Morali intervint calmement :

— Victoria, nous allons transmettre tous ces documents au notaire et aux autorités compétentes. Les signatures, les transferts et les décisions concernant les biens de Madame Carter seront examinés.

Victoria secoua la tête.

— Vous n’avez aucune preuve que j’ai falsifié quoi que ce soit.

Morali ouvrit la dernière enveloppe.

— C’est justement pour cela que j’ai apporté ce document.

Il sortit une feuille portant la signature de Thomas Carter.

— Votre nom apparaît dans les archives bancaires concernant plusieurs transferts effectués après son décès. Ces opérations devront être justifiées.

Victoria resta figée.

Pour la première fois, elle ne trouva rien à répondre.

Chapitre 7 – Le document qui changea tout

Sofia s’approcha de sa grand-mère.

— Grand-mère, il y a encore quelque chose que je dois te demander.

Eleanor essuya ses larmes.

— Quoi, ma chérie ?

— Pourquoi Monsieur Morali est-il venu avec ces documents ? Quel est son véritable lien avec cette histoire ?

La question surprit plusieurs invités.

Morali regarda Sofia.

Il prit quelques secondes avant de répondre.

— Ton grand-père et moi étions associés depuis de nombreuses années. Nous avons travaillé ensemble sur plusieurs projets immobiliers. Mais notre relation ne s’arrêtait pas au travail.

Il sortit une petite photographie.

On y voyait Thomas Carter, plus jeune, debout devant un bâtiment en construction. À ses côtés se trouvait Alessandro.

— Ton père était mon meilleur ami, Sofia.

La jeune femme porta une main à sa bouche.

— Vous connaissez mon père ?

— Depuis bien avant ta naissance. C’est même moi qui l’ai encouragé à demander la main de ta mère.

Eleanor hocha lentement la tête.

— Thomas faisait confiance à Alessandro. Il savait que cet homme aimait profondément notre fille.

Morali poursuivit :

— Lorsque Claire est décédée, Alessandro m’a demandé de veiller sur Sofia. Mais il ne voulait pas que je m’oppose à ta grand-mère. Il espérait simplement pouvoir revenir lorsque les choses se seraient calmées.

— Et pourquoi ne l’avez-vous pas aidé ? demanda Sofia.

La question était douloureuse, mais légitime.

Morali baissa les yeux.

— Parce que j’ai commis une erreur. J’ai cru que les conflits familiaux finiraient par se résoudre naturellement. Je n’ai pas suffisamment insisté. Et lorsque j’ai compris que les courriers étaient interceptés, il était déjà trop tard.

Il regarda Eleanor.

— Je suis venu ce soir parce que votre dernière lettre m’a demandé de retrouver Alessandro et de protéger Sofia si quelque chose vous arrivait.

Eleanor ferma les yeux.

— J’avais peur de mourir sans avoir réparé ce que j’avais détruit.

Sofia prit la main de sa grand-mère.

— Tu aurais dû me parler.

— Je sais.

— Tu aurais dû me laisser connaître mon père.

— Je sais, mon enfant.

Eleanor pleura plus fort.

— J’ai voulu te protéger de la souffrance. Mais en voulant contrôler ta vie, je t’ai privée de la vérité.

Sofia resta silencieuse.

Elle avait imaginé cette conversation des centaines de fois.

Dans ses rêves, elle criait, partait et ne revenait jamais.

Mais devant cette vieille femme fragile, elle ne ressentait plus de colère aussi intense.

Seulement une immense tristesse.

— Je ne peux pas te pardonner ce soir, grand-mère. Mais je ne veux pas non plus te perdre sans avoir essayé de comprendre.

Eleanor serra sa main.

— C’est tout ce que je peux espérer.

Chapitre 8 – Le dernier mensonge

Alors que les invités commençaient à quitter la salle, Victoria tenta une dernière fois de reprendre le contrôle.

Elle se dirigea vers l’escalier.

Anna la remarqua.

— Madame Victoria, où allez-vous ?

— Cela ne vous regarde pas.

— Vous avez oublié quelque chose.

Anna désigna la petite boîte en bois.

Victoria se retourna.

— Donnez-moi cette boîte.

— Non.

— Je vous ordonne de me la donner !

Morali s’interposa.

— Cette conversation est terminée.

Mais Victoria semblait soudainement désespérée.

— Vous pensez que tout est fini ? Vous pensez que je suis la seule à connaître les secrets de cette maison ?

Elle se tourna vers Eleanor.

— Dites-leur ce que vous avez fait !

Eleanor pâlit.

— Victoria, arrêtez.

— Non ! Vous ne pouvez pas me laisser porter toute la responsabilité !

Sofia regarda sa grand-mère.

— De quoi parle-t-elle ?

Victoria éclata :

— Ta grand-mère savait qu’Alessandro écrivait. Elle a lu certaines lettres. Elle a elle-même demandé qu’on ne les lui transmette pas !

Un silence terrible suivit.

Sofia se tourna lentement vers Eleanor.

— C’est vrai ?

La vieille femme ne répondit pas immédiatement.

Puis elle acquiesça.

— Oui.

Sofia recula.

— Tu savais donc depuis le début ?

— Pas depuis le début, mon enfant.

— Mais tu savais !

Eleanor baissa la tête.

— J’ai eu peur de te perdre. Après la mort de ta mère, tu étais tout ce qu’il me restait. Je pensais que si tu retrouvais ton père, tu quitterais cette maison.

Sofia se mit à pleurer.

— Tu m’as laissé croire que mon père m’avait abandonnée alors que c’est toi qui ne voulais pas me laisser partir.

Eleanor ne tenta pas de se défendre.

Elle savait qu’aucune explication ne pourrait effacer cette vérité.

Victoria, voyant que son aveu avait provoqué un nouveau conflit, tenta de s’échapper.