« Sarah ? » murmura-t-il, la voix altérée par le choc. « Bon Dieu de merde… Qu’est-ce que vous avez fait ? »
Je le regardai droit dans les yeux, la tête haute, le dos bien droit malgré la morsure glaciale de la pluie battante qui ruisselait dans mon cou.
« J’ai terminé l’enquête, commissaire. Vous trouverez la cargaison dans le conteneur frigorifique, les complices à genoux dans la boue, et le grand ordonnateur de la combine en train de baver à vos pieds. Tout est consigné dans les dossiers transférés sur le bureau du procureur général depuis quarante-cinq minutes. »
Le divisionnaire baissa lentement son arme, contemplant le champ de bataille improvisé : les kilos de stupéfiants ouverts, les téléphones cryptés, Marc en sanglots sur le macadam et cette silhouette solitaire vêtue de noir qui le toisait avec une dignité inaltérable.
« Menottez Vaneck et ses hommes », ordonna-t-il sèchement à son escouade par radio. « Et appelez immédiatement une équipe médicale pour les blessés. »
Il se tourna de nouveau vers moi, son regard oscillant entre le respect professionnel et le vertige institutionnel provoqué par la déflagration politique qui allait secouer le pays au lever du jour.
« Et pour vous, lieutenant Darmon ? »
Je laissai échapper un faible soupir, le premier véritable soupir de soulagement depuis cent quatre-vingts jours de captivité. La pluie semblait enfin laver les odeurs rances du pénitencier, la trahison de Marc et la sueur amère des couloirs de la mort.
« Pour moi, commissaire… vous pouvez me raccompagner au commissariat central. Mais cette fois-ci, je monterai à l’avant du véhicule. »