La pluie battante de cette cour de récréation, le canon des fusils braqués dans la brume, le froid du couteau sur ma peau et l’abjection d’un amour vendu au marché noir appartenaient désormais à un autre monde. Un monde que j’avais traversé de part en part, blessée et trahie, mais dont j’étais ressortie victorieuse.

J’attrapai ma canne d’un geste délibéré, non pas par nécessité, mais comme on emporte un bâton de pèlerin pour marquer le chemin parcouru.

Je fis quelques pas vers la sortie du parc, le visage tourné vers la lumière tiède du soleil d’avril. Le grondement de la ville m’attendait, immense, imprévisible et libre. Et cette fois, je marchais de mon propre pas, sans que personne ne puisse plus jamais faire de moi l’instrument de son ombre.