« Ne lui manque pas de respect », intervint Dante d’un ton sévère. « Sans elle, je serais à la morgue du comté de Cook et Gabriel serait en train de nettoyer les preuves de mon exécution. Parle, Cecilia. Qu’est-ce que Luca a manigancé avec Gabriel ? »

Cecilia poussa un soupir et s’assit avec grâce dans l’un des fauteuils en cuir face à son cousin. « Luca s’est lourdement endetté auprès d’un consortium d’investisseurs new-yorkais pour acheter les terrains industriels de Cicero. Il a gagé la totalité des actions familiales de Romano Enterprises. Pour éviter la faillite personnelle et la saisie des biens historiques, il avait besoin que la clause de dévolution automatique s’applique. Selon le testament de ton père, si le chef en exercice décède sans héritier direct mâle avant ses quarante ans, le contrôle unilatéral des sociétés légales revient au comité exécutif présidé par Luca. »

« Et Gabriel devait toucher sa commission pour avoir neutralisé les caméras et orienté le tir », ajouta Dante, la mâchoire serrée par une fureur glaciale.

« C’est pire que cela », répliqua Cecilia. « Le tireur embusqué n’était pas un mercenaire extérieur. C’était Nicholas Vance, le propre neveu d’Arthur, ton avocat. Gabriel lui a simplement fourni la fenêtre temporelle exacte et l’accès au réseau d’antennes du manoir. Mais le plan initial ne prévoyait pas qu’Elena Cruz se trouve dans cette pièce. »

Elena s’avança, fixant Cecilia droit dans les yeux. « Pourquoi mon nom était-il diffusé sur la fréquence radio d’urgence, Cecilia ? Si je n’étais qu’un dommage collatéral potentiel, ils m’auraient simplement abattue avec Dante. »

Cecilia hésita, jetant un coup d’œil mal à l’aise vers Dante. « Parce que Luca et Vance ont découvert qui tu étais il y a trois semaines. Ils savaient que tu avais retrouvé une partie des journaux d’audit de ton père. Ils craignaient que si Dante mourait sans que tu sois neutralisée en même temps, tu n’utilises ces documents pour faire chanter le nouveau directoire ou pour livrer la société aux procureurs fédéraux. Le tireur avait pour ordre d’abattre Dante au premier tir, puis de te liquider immédiatement après comme témoin gênant. »

« Sauf qu’elle a plongé avant le tir », dit Dante d’une voix basse, presque mystique. « Elle a vu la lumière sur la lentille. Et la balle n’a trouvé que le cuir de mon siège. »

Dante se leva, faisant les cent pas devant les larges fenêtres. À l’extérieur, le vent d’octobre arrachait les feuilles rouillées des arbres, tourbillonnant au-dessus des pelouses impeccables. Le monde qu’il croyait maîtriser n’était qu’un château de mensonges bâti sur des trahisons successives.

« Il n’y aura pas de vengeance ce soir », ordonna brusquement Dante en se tournant vers Cecilia et son avocat qui venait d’entrer à pas de loup dans la pièce. « Pas d’assaut armé sur les entrepôts de Cicero. Pas de bain de sang inutile. Nous allons d’abord découvrir qui a menti en premier, et nous allons démonter leur piège pièce par pièce. »

Chapitre 4 : La descente aux enfers de Gabriel Moretti
Dante descendit seul avec Elena dans le sous-sol insonorisé. L’air y était frais, chargé de l’odeur du béton et de l’humidité du lac Michigan tout proche.

Gabriel était assis sur la chaise métallique, solidement sanglé, le souffle rauque. Les deux gardes s’écartèrent respectueusement lorsque Dante apparut.

« Tu as servi mon père pendant vingt ans, Gabriel », commença Dante sans hausser le ton, s’arrêtant à deux mètres du prisonnier. « Tu m’as appris à tirer avec un fusil de chasse quand j’avais douze ans dans les bois du Wisconsin. Dis-moi combien ils t’ont promis pour me loger une balle dans la tête. »

Gabriel cracha un filet de sang sur le sol en ciment. Son regard n’exprimait plus la peur, mais une rancune aigre, macérée depuis des décennies de soumission.

« Ton père était un dinosaure, Dante », lâcha Gabriel dans un sifflement haineux. « Il distribuait les miettes des rackets de Cicero pendant qu’il accumulait des centaines de millions dans l’immobilier du front de lac pour ta seule gueule ! Nous, les hommes de main, ceux qui risquions vingt ans de prison à chaque livraison, qu’est-ce qu’on avait ? Un salaire fixe et la promesse d’une belle gerbe de fleurs à notre enterrement ! Luca l’a compris. Le futur n’appartient plus aux voyous en costume rayé qui s’embrassent sur la joue. Le futur appartient aux fonds d’investissement privés. Luca m’a offert dix pour cent des parts du terminal de fret sud et cinq millions de dollars sur un compte à Nassau. »

« Et la mort de Javier Cruz ? » demanda Elena en s’avançant dans la lumière de la lampe nue suspendue au plafond. « Qui l’a tué, Gabriel ? Est-ce que c’était aussi une opportunité financière ? »

Gabriel leva les yeux vers elle, un rictus mauvais déformant ses lèvres sèches. « Ton cher papa fouineur… Il croyait qu’il pouvait faire tomber l’organisation avec son petit stylo et ses classeurs Excel. Il avait trouvé la société écran Vanguard Horizon, celle qui blanchissait les pots-de-vin du port de Chicago. Mais ce n’est pas Luca qui a ordonné son élimination. »

Dante s’approcha, posant la pointe glacée de son Beretta contre le front de Gabriel. « Alors qui ? Parle, avant que je n’oublie ma promesse de ne pas verser de sang aujourd’hui. »

« C’était Vittorio ! » hurla Gabriel en éclatant d’un rire dément qui résonna contre les murs de béton. « C’était ton propre père, Dante ! Ton père chéri, l’homme d’honneur ! Dès que Javier a mis son nez dans les comptes de Vanguard Horizon, Vittorio a compris que l’enquête allait anéantir l’héritage qu’il te préparait. Vittorio a personnellement donné l’ordre à Arthur Vance de trafiquer le système de freinage de la voiture de Javier sur la Kennedy Expressway ! Luca n’a fait que récupérer le dossier plus tard pour faire chanter Vance et s’assurer sa loyauté. Tu entends ça, la bonne ? Ton père est mort pour préserver la fortune de ce gosse de riche que tu viens de sauver ce matin ! »