Puis répondit doucement :
« Nous pensons avoir retrouvé un membre de votre famille. »
Le cœur de Camille se mit à battre.
« Quel membre ? »
Marcel sentit ses mains trembler.
Pour la première fois depuis des décennies, il ne savait plus comment trouver ses mots.
Il regarda la jeune femme.
Puis murmura :
« Ton père s’appelait Adrien Laurent. »
Camille resta figée.
« Comment savez-vous cela ? »
Les yeux de Marcel se remplirent de larmes.
« Parce qu’Adrien était mon fils. »
Un silence immense s’installa.
Camille recula légèrement derrière le comptoir.
Son badge argenté glissa presque de ses doigts.
« Quoi ? »
Marcel essuya discrètement une larme.
« Camille… je suis ton grand-père. »
PARTIE 3 — LA VÉRITÉ QUI A TOUT BOULEVERSÉ
Camille regardait Marcel comme si elle venait d’entendre quelque chose d’impossible.
Son grand-père.
L’homme à qui elle avait offert un croissant.
L’homme dont les vêtements semblaient usés par des années de pauvreté.
L’homme qui venait de sortir un téléphone coûteux de son vieux manteau.
Tout cela paraissait irréel.
« Ce n’est pas possible », murmura-t-elle.
Marcel baissa les yeux.
« Je comprends que ce soit difficile à croire. »
Camille secoua la tête.
« Mon père est mort quand j’étais petite. »
« Je sais. »
« Et personne ne m’a jamais parlé de vous. »
Ces mots frappèrent Marcel douloureusement.
« Je sais aussi. »
Claire intervint avec douceur.
« Nous avons retrouvé des documents qui permettent d’établir le lien familial. Mais vous n’êtes obligée de prendre aucune décision aujourd’hui. »
Camille regarda l’avocate.
Puis Marcel.
« Pourquoi maintenant ? »
Le vieillard inspira difficilement.
« Parce que je n’ai appris ton existence que récemment. »
Camille sentit la colère monter.
« Vous ne saviez pas que votre fils avait eu un enfant ? »
Marcel baissa la tête.
« Non. »
« Comment est-ce possible ? »
Il resta silencieux.
Puis répondit :
« Parce que j’ai commis une erreur que je regrette depuis trente ans. »
Victoria Dubois observait la scène sans comprendre.
Elle avait reconnu le nom de Marcel Laurent.
Cet homme était l’un des entrepreneurs les plus respectés du secteur de la boulangerie en France.
Son groupe avait possédé plusieurs dizaines de points de vente.
Son patrimoine était considérable.
Et surtout, il participait à un fonds d’investissement qui envisageait de soutenir le développement de plusieurs maisons artisanales.
Quelques mois auparavant, Victoria avait justement sollicité ce fonds.
Elle espérait financer l’ouverture de nouvelles boutiques.
Elle ignorait que Marcel Laurent en était l’un des principaux associés.
En voyant le vieillard devant son comptoir, elle comprit qu’elle venait peut-être de compromettre son avenir commercial.
Mais Marcel ne s’intéressait pas à elle.
Il regardait Camille.
« J’aimerais te raconter toute l’histoire », dit-il doucement.
La jeune femme hésita.
Puis elle répondit :
« Pas ici. »
Marcel acquiesça immédiatement.
« Bien sûr. »
Elle serra son badge.
« Je dois d’abord rentrer chez moi. »
« Je comprends. »
Puis elle ajouta :
« Et je veux parler à ma mère. »
Marcel baissa les yeux.
« C’est normal. »
Camille quitta la boulangerie peu après.
Elle avait rangé son badge dans la poche de son tablier avant de retirer ses vêtements de travail.
Dehors, la pluie continuait de tomber sur Lyon.
Elle marcha jusqu’à l’arrêt de bus presque sans voir les passants.
Tout tournait dans sa tête.
Son grand-père.
La dispute avec son père.
Les documents.
Le téléphone.
Et ce regard bouleversé que Marcel lui avait adressé.
Lorsqu’elle arriva chez elle, Isabelle était dans la cuisine.
Elle remarqua immédiatement le visage de sa fille.
« Camille ? »
La jeune femme posa son sac.
« Maman, il faut qu’on parle. »
Isabelle se redressa.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Camille éclata en sanglots.
Elle raconta la boulangerie.
Le croissant.
Le licenciement.
Puis l’apparition de l’avocate.
Et enfin le nom de Marcel Laurent.
Isabelle resta immobile.
Ses doigts se crispèrent autour de sa tasse.
« Marcel Laurent ? »
Camille hocha la tête.
« Il dit qu’il est mon grand-père. »
Isabelle ferma les yeux.
« Mon Dieu… »
Camille la regarda.
« Tu connaissais ce nom ? »
Sa mère adoptive hésita.
Puis répondit :
« Oui. »
Le cœur de Camille se serra.
« Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? »
Isabelle baissa les yeux.
« Parce que je ne savais presque rien de lui. »
Elle prit une profonde inspiration.
« Ta mère biologique, Sophie, était ma sœur. Quand elle a rencontré Adrien, il ne parlait presque jamais de sa famille. »
Camille s’assit.
Isabelle poursuivit :
« Il disait simplement qu’il s’était disputé avec son père et qu’il ne voulait plus le revoir. »
La jeune femme écoutait en silence.
« Après sa mort, Sophie était complètement anéantie. Elle avait du mal à parler de lui. Puis elle est tombée malade. »
Isabelle essuya une larme.
« Nous avons essayé de retrouver des membres de sa famille. Mais nous n’avions pas assez d’informations. »
Camille baissa la tête.
« Et vous n’avez jamais réussi ? »
« Non. »
Un silence suivit.
Puis Isabelle murmura :
« Je suis désolée, ma chérie. »
Camille se leva et prit sa mère dans ses bras.
« Tu n’as rien fait de mal. »
Isabelle pleurait.
« J’aurais voulu pouvoir te donner toutes les réponses. »
Camille lui caressa doucement les cheveux.
« Tu m’as donné une famille. C’était déjà énorme. »
Le lendemain, Camille accepta de rencontrer Marcel.
Ils se retrouvèrent dans un petit salon de thé près des quais de Saône.
Claire Vautrin les accompagnait.
Marcel portait toujours son vieux manteau brun olive.
Camille remarqua qu’il avait fait recoudre la déchirure du coude.
Ils s’assirent près d’une fenêtre.
La pluie avait cessé.
Le ciel de Lyon restait gris.
Marcel posa devant Camille une petite boîte en bois.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda-t-elle.
« Des souvenirs. »
Il ouvrit la boîte.