Elle arracha le stylo des mains de Julien, signa le document d’un geste rageur qui déchira presque le papier, et jeta l’instrument par terre.
Sans dire un mot, sans même un dernier regard vers l’homme dont elle avait partagé le lit et la vie, elle ramassa ses affaires en silence, chargea ses bagages avec l’aide de sa sœur qui n’osait pas lever les yeux, et quitta la propriété sous le crachin d’octobre.
Le bruit sourd du portail qui se refermait derrière la voiture retentit comme la conclusion d’un long cauchemar.
Dans le grand hall de la villa, Julien et Gérard restèrent immobiles un long moment, écoutant le retour du calme véritable dans la maison. L’orage était passé, laissant derrière lui une carcasse dépouillée d’illusions, mais nettoyée de son poison.
Julien se tourna lentement vers son père. Les larmes qu’il avait retenues tout au long de cette épreuve coulaient désormais librement sur ses joues.
— Papa… pardonne-moi. J’ai failli te détruire. J’ai cru une étrangère plutôt que l’homme qui m’a tout appris.
Gérard s’approcha de son fils. Il posa sa lourde main calleuse, marquée par les années et le labeur, sur l’épaule de Julien. Une étreinte ferme, sans reproche, faite de cette pudeur silencieuse qui liait les hommes de leur terre.
— L’orgueil nous rend sourds, Julien, mais les épreuves finissent toujours par nettoyer le regard, dit doucement le vieil homme. Viens. Le vent d’ouest se lève sur le lac. Nous avons ce carreau du cellier à réparer avant que la nuit ne tombe.