— Je savais exactement qui tu étais, Sebastian. Depuis le début. Je savais pour la mafia, pour les cargaisons, pour la réputation d’homme sans cœur que tu t’étais construite. Et je ne voulais pas que tu sois doux avec moi par devoir moral. Je voulais voir l’homme réel. Je voulais que tu me prennes tout entière, sans retenue, pour savoir si sous le monstre dont toute la ville avait peur, il restait un cœur capable de battre pour autre chose que le pouvoir.

Sebastian me fixa en silence, le regard embrasé par une intensité sauvage et dévastatrice. Il comprit enfin. Il comprit que dans ce jeu dangereux où il croyait avoir mené la danse, nous nous étions mutuellement capturés.

Il passa son bras derrière ma nuque et m’attira doucement contre lui, sans précipitation, brisant le dernier millimètre de distance qui nous séparait.

— Et maintenant que tu l’as vu, ce cœur ? murmura-t-il contre mes lèvres. Qu’est-ce que tu en penses ?

— Je pense qu’il t’a fallu neuf heures pour me voler mon passé, dis-je avec un soupçon de défi dans la voix, et qu’il te faudra le reste de ta vie pour mériter mon avenir.

Sebastian Ward laissa échapper un rire rauque, le rire d’un homme qui venait de tout perdre à Manhattan, mais qui venait de conquérir un royaume infiniment plus vaste sur l’immensité de l’océan.

— C’est un marché que j’accepte, ma complice.

Et alors que le soleil plongeait sous la ligne d’horizon, scellant notre fuite et notre renaissance, ses lèvres scellèrent les miennes dans une étreinte qui n’avait plus rien d’un secret, ni d’un fardeau, mais tout d’une éternité conquise dans le sang et la passion.