Gabriel s’avança vers le lit. Il débrancha méthodiquement les capteurs du moniteur sans endommager les cathéters vitaux de Daniel. Avec une douceur infinie qui contrastait violemment avec la férocité de ses gestes précédents, il enroula le petit garçon dans une épaisse couverture thermique, sécurisa la bouteille d’oxygène portable sur son flanc et la fixa avec des sangles chirurgicales.
« Elena, » dit Gabriel en lui tendant son arme de poing secondaire, un Glock 19 récupéré dans son holster de cheville. « Vous savez tirer ? »
« Mon père était garde-frontière, » répondit-elle simplement en armant la culasse avec une précision qui confirma ses dires. « Je ne les laisserai pas le toucher. »
« Vous restez collée à mon dos. Ethan, tu ouvres la marche avec le fusil d’assaut. On ne prend pas l’escalier sud. »
Cole fronça les sourcils. « Mais colonel, il n’y a pas d’autre issue. Nous sommes au troisième étage, les fenêtres sont renforcées contre les défenestrations pédiatriques. »
« Il y a le vide-linge industriel du bloc opératoire ouest, » trancha Gabriel. « Il mène directement au compacteur de stérilisation au sous-sol niveau moins deux, juste à côté des quais de livraison de la blanchisserie. Elena, est-ce que le système de broyage s’active automatiquement la nuit ? »
« Non, seulement à cinq heures du matin, » répondit l’infirmière. « Le conduit fait quatre-vingts centimètres de diamètre. C’est de l’acier inoxydable. Une chute de trois étages sans ralentisseur, c’est la mort assurée. »
« Pas si on utilise les tuyaux d’incendie en toile armée comme ligne de rappel, » répliqua Gabriel. « Cole, sors le dévidoir du couloir pendant que je couvre l’angle. Mouvement ! »
Cole ouvrit la porte de la chambre. Le couloir était désormais plongé dans une pénombre rougeâtre, striée par les gyrophares d’urgence du système de confinement. L’air se chargeait d’une brume chimique dense.
À peine Cole eut-il fait trois pas que deux silhouettes vêtues de tenues tactiques noires émergèrent de l’intersection nord. Des éclairs d’armes automatiques déchirèrent l’obscurité. Les projectiles de 9 millimètres criblèrent le mur de plâtre au-dessus de leurs têtes dans une pluie de poussière blanche.
Gabriel ne laissa aucun répit à l’ennemi. Émergeant de la chambre, Daniel calé contre son torse par son bras gauche, il utilisa la structure d’acier du chariot médical lourd comme bouclier mobile, poussant la masse métallique de tout son poids vers les assaillants. Deux détonations nettes partirent de son arme : le premier tireur s’effondra, touché en plein sternum entre les plaques de son gilet balistique ; le second tenta de reculer pour recharger, mais Cole surgit sur le flanc droit et lâcha une rafale courte de trois coups qui cloua l’homme au sol.
« En avant ! » rugit Gabriel.
Ils traversèrent le couloir à demi asphyxiés par le gaz qui commençait à saturer l’atmosphère. Daniel gémissait faiblement contre l’épaule de son père, son petit visage enfoui dans le col en laine de l’uniforme. Gabriel sentait les battements fébriles du cœur de son fils contre sa propre poitrine, un rythme fragile qui lui donnait une force surhumaine.
Ils atteignirent la porte battante du bloc opératoire ouest. À l’intérieur, la trappe du vide-linge en acier brossé était verrouillée par une gâche magnétique. Cole ne perdit pas une seconde : il plaça le canon de son arme contre le loquet et tira deux cartouches à bout portant. Le métal céda dans un fracas aigu.
Elena aida Cole à dérouler le long tuyau d’incendie de quarante mètres qu’ils avaient arraché de sa niche murale. Cole fixa solidement le raccord d’accouplement en bronze autour de la colonne porteuse en béton du bloc chirurgical, testant la résistance d’une traction violente de tout son corps.
« Le câble tient ! » cria le major au milieu du hurlement des sirènes.
« Elena, passe la première, » ordonna Gabriel. « Enroule la toile deux fois autour de ta cuisse droite et de ton bras gauche pour freiner ta descente. Dès que tu touches le fond du réceptacle au sous-sol, sécurise la sortie de service. »
Sans hésiter une seconde, l’ancienne infirmière glissa ses jambes dans l’ouverture sombre du conduit vertical. Utilisant la friction du tuyau de toile rugueux contre les parois glissantes, elle disparut dans le vide. Dix secondes plus tard, deux secousses nettes sur la ligne confirmèrent son arrivée au niveau inférieur.
« À toi, Ethan, » dit Gabriel.
« Négatif, mon colonel. Ils arrivent par la double porte, » répondit Cole en pointant son arme vers l’entrée du bloc.
À travers les vitres renforcées de la porte de service, Gabriel aperçut les faisceaux laser verts de quatre fusils d’assaut balayant la pièce. Les hommes de Vance n’étaient plus qu’à quinze mètres.
« C’est un ordre, Major ! »
« Vous avez Daniel, monsieur. Vous ne pouvez pas descendre en rappel en le protégeant si personne ne retient ces bouchers pendant les cinq premières secondes, » répliqua Cole avec un sourire crispé, dénué de toute peur. « Faites payer Vance pour Sarah. C’est tout ce que je demande. »
Avant que Gabriel ne puisse intervenir, Cole arma une grenade assourdissante saisie sur le cadavre du premier tireur, la dégoupilla et ouvrit la porte du bloc d’un coup de pied magistral. L’explosion aveuglante retentit dans le couloir, immédiatement suivie par un feu nourri d’armes automatiques.
Gabriel serra Daniel contre lui, enroula le tuyau d’incendie autour de son bras droit protégé par sa veste militaire, cala la tête de son fils sous son menton et se jeta dans le gouffre d’acier.
La descente fut une épreuve de pure douleur. Le frottement de la toile épaisse brûla le cuir de ses gants et déchira le tissu de sa manche, transmettant une chaleur cuisante à sa chair. Gabriel contracta ses muscles abdominaux pour amortir les chocs répétés contre les parois métalliques étroites du cylindre, absorbant chaque impact avec ses épaules et ses genoux pour que le corps de Daniel ne touche jamais les parois froides.