— Pourquoi mon mari ne m’a-t-il pas prévenue ? demandai-je encore une fois.

Robert me regarda longuement.

— Il voulait vous protéger, Margaret. Mais il savait également que vous auriez essayé de sauver votre fils, même au détriment de votre propre sécurité.

Je ne répondis pas.

Il avait raison.

Et c’était peut-être cela qui me faisait le plus mal.

Chapitre 8 — La vérité derrière le sourire de mon fils

Trois jours plus tard, Daniel se présenta seul à mon motel.

Il avait l’air épuisé.

Sa chemise était froissée, sa barbe mal entretenue et ses yeux rougis.

Lorsque j’ouvris la porte, il resta quelques secondes sans parler.

— Maman.

Je m’écartai pour le laisser entrer.

Il s’assit sur la chaise près de la fenêtre.

Je lui proposai du café.

Il refusa.

— Je suis venu te dire que je suis désolé.

Je restai debout.

— Pour quoi exactement ?

Il baissa la tête.

— Pour ce qui s’est passé.

— Ce n’est pas suffisant, Daniel.

Il hocha la tête.

— Je sais.

Je m’assis en face de lui.

— Ton père m’a laissé des documents. Je sais qu’il t’a aidé financièrement pendant plusieurs années. Je sais aussi que Vanessa a créé une société qui a reçu de l’argent provenant de ses investissements.

Daniel ferma les yeux.

— Je savais qu’elle recevait de l’argent.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Pourquoi ?

Il mit plusieurs secondes à répondre.

— Parce que nous avions des dettes. Beaucoup plus que ce que je t’avais dit.

Il m’expliqua qu’après avoir perdu son emploi, il avait tenté de créer une entreprise de conseil immobilier.

Au début, les choses s’étaient bien passées.

Mais plusieurs mauvais investissements avaient entraîné des pertes importantes.

Il avait emprunté de l’argent pour maintenir son activité.

Puis il avait contracté d’autres prêts pour rembourser les premiers.

Lorsque Vanessa avait découvert l’ampleur des dettes, elle avait proposé de prendre en charge les finances du foyer.

Elle avait créé sa société et commencé à gérer les transferts.

— Je pensais qu’elle allait nous aider à nous en sortir, dit-il.

— Et tu as laissé ton père payer ?

Il se frotta les yeux.

— Oui.

— Plusieurs fois ?

— Oui.

Je pris une profonde inspiration.

— Daniel, ton père et moi n’avons jamais refusé de t’aider lorsque tu étais réellement en difficulté. Mais tu nous as menti.

Il se mit à pleurer.

— Je sais.

Pour la première fois depuis très longtemps, je vis mon fils tel qu’il était peut-être réellement : un homme dépassé par ses erreurs, incapable de reconnaître qu’il avait besoin d’aide.

Mais sa souffrance ne pouvait pas effacer ce qu’il m’avait fait.

— Pourquoi as-tu accepté que Vanessa me mette dehors ?

Il se leva, fit quelques pas et regarda par la fenêtre.

— Elle m’avait dit que tu n’aurais aucun problème. Que tu pourrais vivre dans un appartement confortable, que nous t’aiderions financièrement. Elle m’a également dit que papa avait prévu de nous laisser la maison.

Je le regardai.

— Et tu l’as crue ?

— Je voulais la croire.

Il se retourna.

— Je savais que ce n’était pas juste. Mais j’avais peur.

— Peur de quoi ?

— De la perdre. De perdre notre maison. De perdre tout ce que nous avions.

Je le fixai.

— Et tu as préféré me faire perdre tout ce que j’avais.

Il se mit à pleurer plus fort.

Je ne le pris pas dans mes bras.

Pas cette fois.

— Daniel, je t’aime. Tu es mon fils et tu le resteras toujours. Mais l’amour ne signifie pas que je dois accepter d’être humiliée.

Il hocha la tête.

Puis il sortit de sa poche une enveloppe.

— J’ai trouvé ça dans le bureau de papa.

Je la pris.

À l’intérieur se trouvait une photocopie d’un courrier adressé à Daniel trois mois avant le décès de Thomas.

La lettre expliquait que son père souhaitait lui parler de ses difficultés financières et lui proposer un plan pour rembourser ses dettes progressivement.

Mais une phrase avait été soulignée :

« Je ne peux pas continuer à t’aider si tu refuses de me dire la vérité. »

Daniel m’expliqua qu’il avait reçu cette lettre.

Mais Vanessa l’avait convaincu de ne pas répondre.

Elle lui avait dit que son père essayait de contrôler sa vie.

Je le regardai longuement.

— Tu as laissé ton père mourir en croyant que tu ne voulais plus lui parler ?

Daniel fondit en larmes.

— Je ne pensais pas qu’il allait mourir si vite.

Je détournai le regard.

Il était trop tard pour revenir en arrière.

Et cette vérité était peut-être la plus douloureuse de toutes.

Chapitre 9 — Le piège se referme

Au cours des semaines suivantes, les événements s’accélérèrent.

Robert obtint une ordonnance provisoire empêchant tout transfert non autorisé des biens concernés.

L’avocat demanda également une vérification complète des documents que Vanessa avait présentés à plusieurs établissements financiers.

Pendant ce temps, Vanessa multiplia les appels.

Elle envoyait des messages à Daniel pour lui demander de revenir à la maison.

Elle lui reprochait de parler avec moi.

Elle l’accusait de vouloir lui faire porter la responsabilité de leurs problèmes financiers.

Puis un soir, elle m’appela directement.

Je reconnus immédiatement sa voix.

— Margaret, il faut qu’on parle.

— Je t’écoute.

— Tu es en train de détruire notre famille.

Je restai silencieuse.

— Daniel ne va pas bien. Il est complètement perdu depuis que tu as commencé à lui raconter toutes ces histoires.

Je répondis calmement :

— Je ne lui ai raconté aucune histoire. Je lui ai montré des documents.

— Tu ne comprends rien aux affaires financières !

— Alors explique-moi pourquoi ta société a reçu de l’argent provenant des comptes de mon mari.

Un silence.

Puis elle répondit :

— Thomas m’avait promis de nous aider.

— Ton nom n’apparaît pas dans son testament comme bénéficiaire de cette somme.

Elle se mit à rire nerveusement.

— Tu crois vraiment que quelques papiers vont te rendre plus intelligente que moi ?