Je souris tristement.

— Il disait exactement la même chose à la maison.

David posa une chemise cartonnée sur la table.

— Il y a cependant quelque chose que vous devez savoir concernant les dernières semaines de sa vie.

Je me redressai.

— Quoi donc ?

— Thomas avait demandé à me voir quelques jours avant son hospitalisation. Il m’avait dit qu’il craignait que Daniel et Vanessa essaient de récupérer certains actifs.

— Il savait donc qu’ils voulaient s’emparer de la maison ?

— Il soupçonnait quelque chose de beaucoup plus important.

David ouvrit la chemise.

Il en sortit plusieurs photographies.

Sur la première, Vanessa se trouvait devant un immeuble de bureaux.

Sur la deuxième, Daniel discutait avec un homme dans un parking.

Sur la troisième, les deux époux entraient dans un cabinet juridique.

Je reconnus immédiatement Vanessa.

— Pourquoi mon mari faisait-il surveiller notre fils ?

David secoua la tête.

— Il ne le faisait pas surveiller au départ. Il avait simplement demandé à un enquêteur de vérifier certaines opérations financières après avoir découvert des documents inhabituels.

Il me montra ensuite un rapport.

Vanessa avait contacté plusieurs personnes pour obtenir des informations sur les sociétés de Thomas.

Elle avait également cherché à connaître les conditions de son testament.

Mais ce qui me glaça le sang était un échange de courriels datant de six semaines avant la mort de mon mari.

Dans l’un d’eux, Vanessa écrivait à un homme dont le nom était partiellement masqué :

« Nous devons régler cela avant qu’il ne soit trop tard. Thomas devient de plus en plus difficile à convaincre. Une fois qu’il ne sera plus là, Margaret ne comprendra rien aux structures juridiques. Daniel pourra prendre le contrôle de la maison. »

Je portai une main à ma bouche.

David poursuivit :

— Votre mari a découvert cet échange. Il a alors demandé à Robert de préparer une nouvelle organisation de son patrimoine.

— Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ?

— Il avait peur que vous soyez prise entre votre amour pour votre fils et votre devoir de vous protéger.

Je sentis les larmes monter.

— Mais j’aurais voulu savoir.

David acquiesça.

— Je sais. Et je crois qu’il le regrettait.

Il sortit une dernière feuille.

Elle contenait une phrase manuscrite de Thomas :

« Si Margaret doit un jour choisir entre protéger Daniel et se protéger elle-même, assurez-vous qu’elle comprenne qu’elle n’a pas à se sacrifier pour être une bonne mère. »

Je fondis en larmes.

Je pleurai longtemps.

Pas seulement parce que Thomas m’avait caché des choses.

Je pleurais parce que, même dans ses derniers jours, il avait pensé à moi.

Il avait compris que je serais probablement incapable de refuser quelque chose à mon fils.

Et il avait voulu me protéger de ma propre tendresse.

Chapitre 6 — Le retour à Maple Avenue

Deux jours passèrent.

Robert obtint une copie complète des documents signés et fit vérifier les titres de propriété.

Les premières conclusions confirmèrent que la maison appartenait à une structure patrimoniale dont j’étais la principale bénéficiaire du droit d’occupation.

Le transfert préparé par Vanessa ne pouvait donc pas être considéré comme une cession valable sans plusieurs étapes supplémentaires et des vérifications indépendantes.

L’avocat engagea immédiatement les démarches nécessaires pour faire constater le litige et empêcher toute opération immobilière précipitée.

Il m’expliqua également que ma signature pouvait être contestée en raison des circonstances dans lesquelles elle avait été obtenue.

Je décidai alors de retourner à Maple Avenue.

Pas pour me disputer.

Pas pour supplier Daniel de me reprendre.

Je voulais récupérer mes affaires et surtout regarder mon fils dans les yeux.

Robert insista pour m’accompagner.

Lorsque nous arrivâmes devant la maison, la voiture de Vanessa était garée dans l’allée.

La lumière du salon était allumée.

Je reconnus les rideaux que j’avais choisis avec Thomas vingt ans plus tôt.

Mais quelque chose avait changé.

Une nouvelle serrure avait été installée sur la porte d’entrée.

Je sonnai.

Vanessa ouvrit.

Son sourire disparut immédiatement lorsqu’elle aperçut Robert.

— Qu’est-ce que vous faites ici ?

Je pris une profonde inspiration.

— Je viens récupérer mes affaires.

Elle croisa les bras.

— Tu n’habites plus ici.

Robert intervint calmement.

— Madame, nous sommes ici pour discuter des documents que vous avez fait signer à Mme Whitmore. Nous vous demandons de ne pas empêcher son accès à ses effets personnels.

Vanessa le regarda avec mépris.

— Et vous êtes qui ?

— Robert Ellis, avocat chargé de la succession de Thomas Whitmore.

Je vis son visage changer.

Ce fut très rapide, mais je le remarquai.

Ses yeux s’agrandirent légèrement.

Elle connaissait ce nom.

— Je ne vois pas ce que vous venez faire dans cette histoire, répondit-elle.

— Je représente les intérêts de Mme Whitmore.

Vanessa tenta de refermer la porte.

Robert posa calmement la main sur le montant, sans la pousser.

— Nous ne sommes pas ici pour provoquer un incident. Nous souhaitons simplement que les choses se déroulent correctement.

Daniel apparut derrière elle.

Lorsqu’il me vit, il resta immobile.

— Maman ?

Je le regardai.

— Bonjour, Daniel.

Il se tourna vers Robert.

— Qu’est-ce qui se passe ?

L’avocat répondit :

— Votre mère a le droit de récupérer ses effets personnels. Nous avons également découvert plusieurs irrégularités dans les documents que votre épouse lui a présentés.

Vanessa éclata de rire.

— Des irrégularités ? Elle a signé ! Elle était parfaitement consciente de ce qu’elle faisait !

Je sortis de mon sac une copie des documents.

— Vanessa, tu m’as demandé de signer un transfert de propriété en me laissant croire qu’il s’agissait simplement de formalités pour mon départ.

— Tu savais très bien ce que tu signais !

Je la regardai droit dans les yeux.

— Alors pourquoi as-tu indiqué que j’avais reçu des conseils juridiques indépendants d’un avocat que je n’ai jamais rencontré ?

Son visage se figea.

Daniel prit les documents.

Il parcourut rapidement les pages.

— Vanessa, qu’est-ce que c’est ?

— Ce n’est rien. Un document administratif.