À ses côtés se trouvait un homme que je ne connaissais pas.

Au dos, Thomas avait écrit :

« Robert, 1998. Le jour où tout a commencé. »

Je regardai l’avocat.

— Ce bâtiment était le premier investissement de Thomas ?

— Exactement.

Puis Robert ajouta quelque chose qui allait changer ma perception de toute cette histoire.

— Mais ce n’est pas lui qui a trouvé l’argent nécessaire pour l’acheter.

Je fronçai les sourcils.

— Qui alors ?

— Vous.

Je restai immobile.

— Moi ?

— Votre mari a utilisé une partie de l’indemnité que vous aviez reçue après le décès de votre mère. Vous aviez hérité d’une petite somme et lui aviez demandé de la placer pour l’avenir de votre famille.

Je me souvenais de cette période.

Ma mère était morte en 1997.

Elle m’avait laissé environ 32 000 dollars, une somme considérable pour nous à l’époque.

Thomas m’avait proposé de les investir dans un projet immobilier.

Je lui avais fait confiance.

Je n’avais jamais su ce qu’était devenu cet argent.

Robert poursuivit :

— Votre mari a toujours considéré que cette fortune avait été construite grâce à vous deux. Il disait que votre argent avait permis de commencer, mais que votre confiance lui avait donné le courage de continuer.

Je baissai les yeux vers la photographie.

Tout à coup, les années passées à économiser chaque centime prenaient un autre sens.

Ce n’était pas simplement l’histoire d’un homme qui avait réussi à devenir riche.

C’était l’histoire d’un couple qui avait construit quelque chose ensemble, sans que l’un sache à quel point l’autre avait réussi.

Et maintenant, je devais apprendre à défendre ce que nous avions construit.

Chapitre 4 — Le premier appel de Vanessa

À midi, Robert me demanda si je souhaitais manger quelque chose.

Je n’avais presque rien avalé depuis la veille.

Nous descendîmes dans un petit restaurant situé au rez-de-chaussée de l’immeuble.

À peine étions-nous installés que mon téléphone se mit à vibrer.

Le nom de Daniel apparut sur l’écran.

Je regardai Robert.

Il me conseilla de répondre, mais de ne prendre aucun engagement.

— Maman, où es-tu ?

Sa voix semblait irritée.

— Je vais bien, Daniel.

— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé. Où es-tu ?

— Pourquoi veux-tu le savoir ?

Il soupira.

— Vanessa et moi avons besoin de discuter des papiers.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Quels papiers ?

— Ceux que tu as signés hier. Il y a quelques détails à régler.

— Quels détails ?

Un silence.

Puis il répondit :

— Maman, ne recommence pas. Tu as accepté de partir. Nous avons simplement besoin que tu coopères.

Je fermai les yeux.

— Daniel, savais-tu ce que je signais ?

— Bien sûr.

— Est-ce que tu savais que ces documents indiquaient que j’avais renoncé à mes droits sur la maison ?

Il ne répondit pas.

— Daniel ?

— Maman, ce n’est pas le moment de discuter de ça au téléphone.

Je compris alors qu’il savait.

— Ton père t’avait-il parlé de ses biens ?

Sa respiration changea.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Réponds-moi.

— Écoute, maman, je dois partir. On en parlera plus tard.

Puis il raccrocha.

Je reposai lentement le téléphone.

Robert avait entendu toute la conversation.

— Il sait quelque chose, dit-il.

Je hochai la tête.

Quelques secondes plus tard, un message apparut.

Il venait de Vanessa.

« Margaret, nous avons été patients avec toi. Daniel et moi avons beaucoup de choses à organiser. Tu as accepté de nous laisser la maison. Ne crée pas de problèmes maintenant. »

Je relus le message.

Puis un deuxième arriva.

« Si tu essaies de revenir, nous raconterons à tout le monde que tu as accepté de partir volontairement. Nous avons des documents signés. »

Je sentis ma main trembler.

Robert prit mon téléphone et photographia les messages avec mon accord.

— Ne répondez pas, conseilla-t-il.

— Ils croient vraiment que je n’ai plus aucun droit ?

— Ils semblent le croire.

— Et si j’étais restée dans ce motel sans vous appeler ?

Il me regarda gravement.

— C’est précisément ce que votre mari voulait éviter.

Je me tus.

Puis je posai une question que je n’avais pas osé formuler jusque-là.

— Est-ce que je peux récupérer ma maison ?

Robert répondit sans hésiter :

— Nous allons vérifier immédiatement les titres de propriété et les droits qui y sont attachés. Si les documents ont été obtenus dans des conditions trompeuses ou sous une fausse déclaration, nous disposerons de moyens juridiques pour les contester. En attendant, nous pouvons prendre des mesures pour empêcher tout transfert précipité.

Je respirai profondément.

Pour la première fois depuis plusieurs jours, j’avais l’impression que quelqu’un se trouvait de mon côté.

Mais je ne savais pas encore que Vanessa avait déjà commencé à préparer sa prochaine attaque.

Chapitre 5 — L’homme qui connaissait le dernier secret de Thomas

Dans l’après-midi, Robert me conduisit dans une autre pièce du cabinet.

Un homme d’une soixantaine d’années nous y attendait.

Il portait un costume bleu marine et avait un visage marqué par les années.

— Margaret, voici David Collins, dit Robert. Il a travaillé avec Thomas pendant plus de vingt ans.

L’homme se leva.

— Je suis désolé pour votre perte.

Je lui serrai la main.

— Vous connaissiez mon mari depuis longtemps ?

— Depuis 1998. Nous avons traversé beaucoup de choses ensemble.

David m’expliqua qu’il avait été le premier associé de Thomas dans les investissements immobiliers.

Ensemble, ils avaient acheté des immeubles commerciaux, réhabilité des bâtiments et développé plusieurs projets dans la région de New York.

Mais leur activité n’avait jamais été annoncée publiquement sous le nom de Thomas.

Celui-ci avait préféré utiliser différentes sociétés afin de séparer les investissements et de limiter les risques.

— Thomas disait souvent que les gens n’avaient pas besoin de connaître votre richesse pour vous respecter, expliqua David. Il préférait que les gens vous apprécient pour ce que vous étiez.