Lorsque les policiers quittèrent la pièce, Julien s’assit sur le fauteuil au chevet de sa fille. Il avait des cernes profonds sous les yeux, mais son regard avait retrouvé une limpidité cristalline, une paix qu’il n’avait pas ressentie depuis la mort de Claire.

Zoé posa sa petite cuillère en plastique et glissa sa menotte dans la paume calleuse de son père.

— Papa ? murmura-t-elle, ses grands yeux clairs plongeant dans les siens.

— Oui, mon trésor ?

— Est-ce qu’Éléonore va revenir à la maison ?

Julien resserra délicatement ses doigts autour de ceux de sa fille, portant sa petite main à ses lèvres pour y déposer un baiser plein de dévotion et de promesse.

— Jamais, Zoé. Plus jamais. Notre maison n’appartient qu’à ceux qui savent t’aimer et te protéger. Je t’ai fait une promesse le jour de ta naissance, et je ne l’oublierai plus jamais : rien ni personne ne passera avant toi. Tu es chez toi, et tu es en sécurité.

Un léger sourire éclaira le visage de la petite fille. Elle s’allongea doucement sur le côté, posant sa joue contre la main de son père.

Julien regarda par la grande fenêtre de l’hôpital. Au-dessus des toits parisiens lavés par l’orage, les nuages noirs s’écartaient enfin, laissant percer un rayon de soleil franc et doré. Il avait fallu frôler l’irréparable pour comprendre que l’amour ne se négocie pas dans les compromis toxiques ou les chantages affectifs. L’amour d’un parent n’était pas un trophée à conquérir au détriment du plus faible, mais un sanctuaire inviolable. Et pour la première fois depuis des années, l’air qui emplissait ses poumons était d’une pureté absolue.