« L’ancien cabinet du notaire. »

« Quelle année ? »

« La même année. »

Claire comprit.

Quelqu’un avait effacé une partie de l’histoire.

Mais pourquoi ?

Elle demanda à voir l’ancien notaire.

L’homme avait quatre-vingt-deux ans.

Il vivait désormais dans une petite maison à la campagne.

Lorsqu’il entendit le nom de Claire, il refusa d’abord de parler.

Puis il sortit une enveloppe.

« Votre père m’avait demandé de conserver ceci. »

Claire ouvrit l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvait une copie manuscrite.

Quelques lignes.

Et une signature.

Celle de son père.

Il avait écrit :

Si quelque chose m’arrive, Claire doit recevoir le contrôle de mes actifs. Je ne veux pas qu’ils soient confiés à Damien Laurent.

Claire sentit ses mains trembler.

Damien avait déjà été mentionné.

Dix-sept ans avant.

CHAPITRE 14 — LA RAISON

Le notaire regarda Claire.

« Votre père avait peur de lui. »

« Pourquoi ? »

« Je ne sais pas. »

« Vous devez savoir quelque chose. »

L’homme hésita.

Puis il répondit :

« Votre père avait découvert que Damien travaillait pour une société concurrente. »

Claire fronça les sourcils.

« Quelle société ? »

Le notaire prononça un nom.

Claire le connaissait.

Une entreprise qui avait tenté de racheter les premiers brevets de son père.

Une entreprise qui avait ensuite disparu.

Mais avant sa disparition…

elle avait tenté de récupérer les technologies de manière agressive.

Damien travaillait pour eux.

À vingt-deux ans.

Il n’était pas encore le mari de Claire.

Il n’était même pas son compagnon.

Mais il connaissait déjà la famille.

Il avait déjà accès à leurs informations.

Et son père avait découvert quelque chose.

Quelque chose qui pouvait détruire plusieurs personnes.

Claire demanda :

« Qu’est-ce que mon père avait découvert ? »

Le notaire répondit :

« Que certains brevets avaient été volés. »

CHAPITRE 15 — LA TECHNOLOGIE VOLÉE

Claire comprit alors pourquoi Damien avait toujours été obsédé par ses brevets.

Ce n’était pas seulement une question d’argent.

C’était une question de contrôle.

Les premiers brevets de son groupe provenaient d’un travail réalisé par son père.

Mais certains avaient été déposés sous plusieurs noms.

Une partie de la propriété intellectuelle avait été transférée à des sociétés intermédiaires.

Claire avait toujours cru que son père avait fait cela pour des raisons fiscales.

En réalité…

il essayait de protéger ses recherches contre un réseau de sociétés.

Et Damien connaissait l’existence de ce réseau.

Il avait passé dix-sept ans à récupérer progressivement ce que la famille avait construit.

Claire comprit alors pourquoi il avait épousé sa fille.

Pourquoi il avait attendu.

Pourquoi il avait été patient.

Il ne voulait pas simplement son argent.

Il voulait effacer toute trace de ce qui s’était passé.

CHAPITRE 16 — LA CONFESSION

Damien finit par demander un accord.

Il voulait parler en échange d’une réduction de peine.

Les enquêteurs acceptèrent de l’écouter.

La salle était silencieuse.

Damien s’assit.

« Je ne vais pas mentir. »

Élodie répondit :

« Pour une fois. »

Damien baissa les yeux.

« Claire n’était pas censée mourir cette semaine. »

Élodie resta attentive.

« Alors quand ? »

« Après le transfert définitif. »

« Et si elle refusait ? »

« Elle n’aurait pas refusé. »

« Pourquoi ? »

Damien eut un sourire triste.

« Parce qu’elle me faisait encore confiance. »

Élodie le regarda.

« Vous vous trompez. »

Damien secoua la tête.

« Non. »

« Elle vous surveillait depuis des mois. »

Damien resta silencieux.

Puis il murmura :

« Je sais. »

Élodie se figea.

« Comment ? »

« Parce que je la connais. »

Il regarda la vitre sans tain.

« Elle a toujours été meilleure que moi. »

Pour la première fois, sa voix trembla.

« C’est ce que je détestais le plus. »

CHAPITRE 17 — LE RETOUR DE CLAIRE

Un mois plus tard, Claire sortit de l’hôpital.

Elle était encore faible.

Mais elle marchait.

Les journalistes attendaient devant l’établissement.

Des dizaines de caméras.

Des questions.

« Madame Laurent ! »

« Est-ce vrai que votre mari a tenté de vous tuer ? »

« Allez-vous reprendre la direction du groupe ? »

« Qu’allez-vous faire de vos actions ? »

Claire s’arrêta.

Elle regarda les journalistes.

Puis répondit :

« Je n’ai jamais cessé d’être la dirigeante de mon entreprise. »

Silence.

« Ce que j’ai perdu n’était pas mon entreprise. »

Elle inspira.

« J’ai perdu l’illusion que certaines personnes m’aimaient pour autre chose que ce que je possédais. »

Puis elle monta dans sa voiture.

CHAPITRE 18 — LE PROCÈS

Le procès commença huit mois plus tard.

Les preuves étaient nombreuses.

Transactions financières.

Enregistrements.

Documents médicaux.

Messages.

Contrats.

Témoignages.

Et surtout…

la vidéo de la chambre 3208.

Damien y apparaissait clairement.

Il regardait Claire.

Il regardait le contrat.

Puis il débranchait l’appareil.

Lorsque la vidéo fut projetée devant le tribunal, personne ne parla.

Damien lui-même ne regardait pas l’écran.

Il fixait le sol.

Le procureur déclara :

« L’accusé a voulu prendre le contrôle d’un empire financier en profitant de l’état de faiblesse de son épouse. »

L’avocat de Damien tenta de parler de confusion.

De maladie.

De panique.

Mais l’enregistrement détruisait cette défense.

Il n’y avait aucune panique.

Aucune hésitation.

Seulement une décision froide.

Claire témoigna pendant près de quatre heures.

Lorsqu’elle entra dans la salle…

Damien leva les yeux.

Leurs regards se croisèrent.

Pendant quelques secondes, ils ne furent plus PDG, accusé, victime ou témoins.

Ils étaient simplement deux personnes qui avaient partagé quinze années de leur vie.

Damien murmura :

« Je suis désolé. »

Claire entendit.

Elle ne répondit pas.

CHAPITRE 19 — LA QUESTION

Pendant le contre-interrogatoire, l’avocat demanda :

« Madame Laurent, pourquoi avoir signé la cession de vos actions ? »

Claire répondit :

« Pour qu’il se croie vainqueur. »

« Vous saviez donc qu’il allait tenter de vous tuer ? »

Un silence.

« Je savais qu’il était capable de le faire. »