Damien pâlit.

Il comprit.

Ils savaient déjà.

Tout.

Mais une chose restait impossible à comprendre.

Pourquoi Claire ne respirait-elle plus ?

L’agent fit un signe vers le couloir.

« Équipe médicale ! »

Trois médecins entrèrent précipitamment.

Un infirmier repoussa Damien.

« Éloignez-vous du lit. »

Ils commencèrent immédiatement les gestes d’urgence.

Damien regardait sans comprendre.

Un médecin vérifia le pouls.

Un autre contrôla les voies respiratoires.

Puis le premier médecin leva les yeux.

« Préparez le matériel. »

L’infirmière répondit :

« Elle ne réagit pas. »

« Continuez. »

Damien sentit son cœur accélérer.

« Elle est morte. »

Personne ne lui répondit.

« Je vous ai dit qu’elle était morte. »

Le médecin se retourna brusquement.

« Monsieur Laurent, sortez de cette chambre. »

Damien recula.

Deux agents l’accompagnèrent vers la porte.

Mais au moment où il franchissait le seuil…

un son faible retentit derrière lui.

Un bip.

Puis un deuxième.

Puis un troisième.

Damien se retourna.

Le moniteur venait de reprendre une activité.

L’agent regarda son collègue.

Le médecin cria :

« Elle revient ! »

Damien resta immobile.

Son visage se vida de toute couleur.

Parce qu’il venait de comprendre quelque chose.

Claire n’était pas morte.

CHAPITRE 2 — LE SECRET DU MONITEUR

Une heure plus tard, Damien était assis dans une salle d’interrogatoire.

Il avait demandé un avocat.

Il n’avait encore rien dit.

Sur la table se trouvaient une bouteille d’eau, un dossier et son téléphone placé dans un sachet de protection.

Face à lui, l’inspectrice Élodie Martin consultait plusieurs documents.

Elle avait quarante-deux ans.

Une dizaine d’années auparavant, elle avait déjà enquêté sur une affaire impliquant une société appartenant à Claire.

Elle connaissait donc parfaitement la réputation de cette femme.

Claire n’était pas seulement riche.

Elle était méthodique.

Prudente.

Et surtout…

elle détestait perdre le contrôle.

Élodie posa une photographie sur la table.

« Vous savez ce qui est étrange ? »

Damien ne répondit pas.

« Votre femme a signé la cession de ses actions à 22 h 11. »

Silence.

« À 22 h 31, vous avez demandé au service de sécurité de l’hôpital de ne laisser entrer personne au trente-deuxième étage. »

Damien resta impassible.

« À 22 h 47, vous avez débranché son assistance respiratoire. »

Toujours rien.

« Et à 22 h 48, une transmission automatique a été envoyée à plusieurs destinataires. »

Damien releva enfin les yeux.

« Quelle transmission ? »

Élodie sourit légèrement.

« C’est justement ce que j’aimerais que vous m’expliquiez. »

Damien serra les mâchoires.

« Je n’en sais rien. »

« Votre femme, elle, le savait. »

Il baissa les yeux.

Élodie continua :

« Vous pensiez qu’elle était trop faible pour organiser quoi que ce soit. »

Elle ouvrit un dossier.

« Mais Claire préparait cette nuit depuis trois semaines. »

Damien se redressa.

« Trois semaines ? »

« Oui. »

« Elle était inconsciente pendant une grande partie de cette période. »

« C’est ce que vous croyiez. »

Il ne répondit pas.

Élodie se pencha légèrement.

« Les médecins ont découvert que les doses de certains médicaments avaient été modifiées. »

Damien ne bougea plus.

« Pas assez pour la tuer immédiatement. »

Silence.

« Juste assez pour provoquer une faiblesse progressive, une confusion, une chute de tension et des symptômes qui ressemblent à certaines maladies rares. »

Damien déglutit.

« Je ne comprends pas. »

« Si. »

Élodie posa une autre feuille devant lui.

« Vous avez acheté certains de ces médicaments trois mois avant son hospitalisation. »

« Ce sont des médicaments courants. »

« Sous un faux nom. »

Damien resta silencieux.

« Vous voyez où je veux en venir. »

Il leva les yeux.

« Vous n’avez aucune preuve que je les ai utilisés. »

Élodie sourit.

« Pas encore. »

CHAPITRE 3 — LE PREMIER MENSONGE

À 1 h 32 du matin, Claire ouvrit les yeux.

La lumière était faible.

Elle entendit une voix.

« Claire ? »

Elle reconnut immédiatement cette voix.

Sophie.

Sa meilleure amie.

Sophie lui tenait la main.

« Tu m’entends ? »

Claire cligna des yeux.

« Oui. »

Sophie eut les larmes aux yeux.

« Tu nous as fait peur. »

Claire inspira difficilement.

« Il a réussi ? »

Sophie hésita.

« Il a signé ? »

Claire ferma les yeux.

« Non. »

Sophie la regarda.

« Alors… »

Claire murmura :

« Il a fait exactement ce que nous espérions. »

Sophie resta silencieuse.

Quelques minutes plus tôt, elle avait appris que Damien avait débranché l’appareil.

Elle avait cru perdre son amie.

Mais maintenant elle comprenait.

Tout avait été préparé.

Pas pour simuler une mort parfaite.

Mais pour créer une situation dans laquelle Damien se croirait suffisamment certain de sa victoire pour agir sans témoin.

Claire n’avait jamais réellement cessé de respirer seule.

L’assistance médicale qu’elle recevait servait principalement à stabiliser son état.

Le personnel médical avait également prévu une surveillance renforcée.

Lorsque Damien avait interrompu le dispositif, l’équipe était intervenue immédiatement.

Le moniteur avait cessé de fonctionner correctement pendant quelques secondes.

Mais Claire n’était pas morte.

Elle avait simplement perdu connaissance.

Sophie lui caressa les cheveux.

« Tu dois te reposer. »

Claire ouvrit les yeux.

« Et Damien ? »

« Arrêté. »

Claire resta silencieuse.

« Les actions ? »

Sophie baissa les yeux.

« La signature a été enregistrée. »

Claire sourit faiblement.

« Alors il pense avoir gagné. »

« Claire… »

« C’est exactement ce qu’il fallait. »

CHAPITRE 4 — POURQUOI ELLE AVAIT SIGNÉ

Deux semaines plus tôt.

Claire se trouvait dans son bureau.

Il était presque minuit.

Elle avait devant elle les résultats financiers du groupe.

Mais elle ne regardait pas les chiffres.

Elle regardait une photographie.

Elle et Damien.

Ils étaient jeunes.

Ils n’avaient presque rien.

Ils avaient construit leur première entreprise dans un petit appartement.

Un ordinateur.

Deux chaises.

Une table trop petite.

Et beaucoup de dettes.

À cette époque, Damien lui avait dit :