« Un jour, personne ne pourra nous arrêter. »

Claire avait cru à cette phrase.

Pendant quinze ans.

Puis quelque chose avait changé.

Tout avait commencé par une erreur comptable.

Une somme minuscule.

À peine quelques milliers d’euros.

Mais cette somme apparaissait sur un compte appartenant à une société qui n’avait aucune raison de travailler avec son groupe.

Claire avait demandé une vérification.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Elle avait découvert des dizaines de transactions.

Des centaines.

Et finalement…

des milliards.

De l’argent sortait progressivement de son entreprise.

Il passait par des sociétés intermédiaires.

Puis revenait sous forme d’investissements.

Et au centre de tout cela apparaissait un nom.

Damien Laurent.

Claire avait refusé d’y croire.

Elle avait engagé un auditeur indépendant.

Le résultat avait été pire.

Damien ne détournait pas seulement de l’argent.

Il préparait quelque chose.

Il voulait obtenir le contrôle total du groupe.

Et pour cela, il avait besoin d’une chose.

Les actions personnelles de Claire.

Mais il y avait un problème.

Claire refusait de les vendre.

Alors Damien avait commencé à chercher une autre solution.

Le premier symptôme apparut trois mois plus tard.

Fatigue.

Vertiges.

Tremblements.

Puis des malaises.

Les médecins ne comprenaient pas.

Claire, elle, comprit.

Quelqu’un essayait de l’affaiblir.

Elle ne savait pas encore comment.

Mais elle savait qui avait le plus à gagner de sa disparition.

Elle avait donc fait quelque chose que personne n’aurait imaginé.

Elle avait cessé de lutter ouvertement.

Elle avait fait semblant de devenir vulnérable.

Et elle avait laissé Damien croire qu’il gagnait.

CHAPITRE 5 — LE CONTRAT

La première fois que Claire parla de vendre ses actions à Damien, il n’avait pas montré de joie.

Il avait montré de la surprise.

C’était précisément ce qui avait confirmé ses soupçons.

« Tu veux vraiment me donner tout ça ? »

avait-il demandé.

Claire avait répondu :

« Je suis fatiguée. »

Il l’avait regardée longtemps.

« Tu n’as pas besoin de travailler. »

« Je veux juste que tout soit terminé. »

Damien avait posé sa main sur la sienne.

« Je prendrai soin de toi. »

Claire avait souri.

« Je sais. »

Mais lorsqu’il était sorti de la pièce, son sourire avait disparu.

Elle avait immédiatement envoyé un message à Sophie.

IL A MORDU.

Sophie avait répondu :

Alors on passe à l’étape suivante.

Cette étape était la plus dangereuse.

Il fallait que Damien croie réellement que Claire était désespérée.

Il fallait aussi que le contrat soit juridiquement valide.

Claire n’avait donc pas falsifié sa signature.

Elle l’avait réellement donnée.

Parce que la signature n’était pas le piège.

Le piège se trouvait ailleurs.

Dans les conditions du transfert.

Une clause que Damien n’avait pas remarquée.

Une clause extrêmement précise.

Le transfert ne deviendrait définitif qu’après validation indépendante de la capacité juridique de Claire et vérification de l’absence de pression ou de contrainte.

Et surtout…

les documents définitifs ne pouvaient être enregistrés qu’après un délai de trente jours.

Damien avait signé trop vite.

Il pensait posséder les actions.

En réalité…

il n’en avait pas encore le contrôle.

CHAPITRE 6 — L’HOMME QUI PENSAIT ÊTRE PLUS INTELLIGENT

Dans la salle d’interrogatoire, Damien commençait à comprendre.

« Le transfert n’était pas définitif. »

Élodie ne répondit pas immédiatement.

Elle le regarda.

« Vous saviez ? »

Damien ferma les yeux.

« Cette clause… »

« Oui. »

« Elle m’a piégé. »

« Non. »

Élodie rangea les documents.

« Vous vous êtes piégé vous-même. »

Damien releva brusquement la tête.

« Elle m’a provoqué. »

« Pardon ? »

« Elle savait que j’allais agir. »

« Cela ne justifie rien. »

« Elle m’a manipulé. »

Élodie resta parfaitement calme.

« Votre femme n’a pas retiré votre assistance médicale. »

Damien ne répondit pas.

« Votre femme ne vous a pas menacé. »

Silence.

« Votre femme ne vous a pas demandé de la tuer. »

Damien serra les poings.

« Vous ne savez rien de notre mariage. »

Élodie se pencha.

« Peut-être. Mais je sais ce qu’il y a sur les enregistrements. »

Elle appuya sur un bouton.

La voix de Damien retentit dans la pièce.

« Toutes tes actions sont maintenant à moi. »

Puis :

« Tu n’as plus aucune utilité pour moi. »

Damien ferma les yeux.

L’enregistrement continua.

« Personne ne viendra te sauver. »

Puis le bruit de l’interrupteur.

Un silence.

Et enfin…

le long bip.

Élodie arrêta l’enregistrement.

« C’est votre voix ? »

Damien ne répondit pas.

« Monsieur Laurent ? »

« Oui. »

« Pourquoi avez-vous débranché son assistance ? »

Damien regarda la table.

« Je pensais qu’elle allait mourir. »

Élodie ne bougea pas.

« C’est votre réponse officielle ? »

Damien leva les yeux.

« Oui. »

« Très bien. »

Elle se leva.

« Parce que nous avons une autre question. »

Elle posa un téléphone devant lui.

« Pourquoi avez-vous envoyé un message à votre avocat dix minutes avant d’entrer dans la chambre ? »

Damien pâlit.

Le message était court.

C’EST FAIT.

CHAPITRE 7 — LE COMPTE CACHÉ

À l’aube, les enquêteurs perquisitionnèrent le bureau de Damien.

Ils trouvèrent plusieurs ordinateurs.

Des téléphones.

Des dossiers.

Mais rien ne semblait directement compromettant.

Damien avait été prudent.

Très prudent.

Il n’avait presque jamais utilisé son propre nom.

Mais Claire avait anticipé cela.

Elle connaissait Damien mieux que personne.

Elle savait qu’il avait une faiblesse.

Il aimait garder une trace de ses victoires.

Même lorsqu’il pensait ne jamais être découvert.

Les enquêteurs découvrirent finalement un ancien ordinateur dans un appartement secondaire.

Le disque était chiffré.

Ils eurent besoin de plusieurs heures.

Puis ils trouvèrent un dossier.

ORION.

À l’intérieur :

des contrats.

Des relevés bancaires.

Des échanges avec des intermédiaires.

Et une feuille intitulée :

APRÈS CLAIRE.

Il y avait trois colonnes.

Première colonne :

Actions.

Deuxième :

Brevets.

Troisième :

Liquidités.

En face de chaque ligne se trouvait une estimation.

Mais au bas du document…

une quatrième ligne avait été ajoutée.