L’affaire fit la une de la presse nationale, dévoilant les rouages d’une machination criminelle d’une froideur sans précédent. Les aveux complets d’Isabelle en garde à vue, corroborés par les analyses toxicologiques irréfutables et les documents découverts dans le meuble secret, scellèrent définitivement son destin judiciaire : elle fut mise en examen pour assassinat avec préméditation, empoisonnement avec préméditation sur mineur de quinze ans et faux en écriture publique, encourant la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant de longues décennies.

À l’hôpital Necker, le sevrage forcé fut une épreuve douloureuse pour Camille, mais la jeunesse et la résilience de son organisme, conjuguées aux soins attentifs d’une équipe médicale dévouée, firent des miracles. Jour après jour, les toxines quittèrent son sang et ses tissus. Le voile brumeux qui alourdissait son regard depuis tant de semaines se dissipa complètement, laissant place à une vivacité d’esprit retrouvée.

Une semaine après la nuit du drame, Julien fit transférer tous leurs meubles dans une nouvelle maison lumineuse, située en bordure du bois de Boulogne, loin des murs froids et désormais hantés de l’appartement du seizième arrondissement. Il avait vendu les lieux sans hésiter, désireux d’effacer toute trace de l’existence d’Isabelle dans leur quotidien.

Le jour de la sortie d’hôpital de Camille, un doux soleil d’automne dorait les cimes des arbres le long des quais de Seine.

Julien tenait la main de sa fille alors qu’ils marchaient lentement dans les allées du petit cimetière paysager où Éléonore avait enfin reçu une sépulture digne, entourée des siens, au milieu des fleurs blanches et du bruissement paisible des feuilles mortes. Camille s’arrêta devant la stèle de granit gris poli, déposant un petit bouquet de violettes sauvages qu’elle avait elle-même cueilli le matin même.

— Tu te souviens d’elle maintenant, mon cœur ? demanda doucement Julien en posant une main protectrice sur l’épaule de sa fille.

Camille leva les yeux vers son père. Son regard était limpide, pur, débarrassé pour toujours de la terreur et de la somnolence artificielle qui l’avaient emprisonnée si longtemps. Elle esquissa un sourire timide mais profondément apaisé, un sourire que Julien n’avait plus vu illuminer son visage depuis des années.

— Oui, papa, répondit-elle d’une voix claire et assurée qui résonna dans le calme du cimetière. Je me souviens de tout. Je me souviens de sa voix quand elle me chantait des berceuses le soir, de son rire quand nous courions dans le jardin… et je me souviens que tu as toujours été là pour me protéger.

Julien s’agenouilla à la hauteur de sa fille et la serra longuement dans ses bras, respirant l’odeur de ses cheveux, savourant la certitude absolue que le cauchemar était définitivement terminé. La longue nuit d’angoisse avait pris fin, et sur les ruines de leurs souffrances passées, ils allaient enfin pouvoir réapprendre à vivre, libres et réunis dans la lumière d’une vérité retrouvée.