« Le petit-déjeuner est servi sur la véranda, Monsieur Alexandre, dit-elle avec ce sourire chaleureux qui avait bercé son enfance.
— Combien de fois devrai-je vous dire d’oublier le ‘Monsieur’, Marguerite ? répondit Alexandre en souriant avec tendresse. Dans cette maison, vous n’êtes plus l’employée de personne. Vous êtes chez vous. »
Marguerite s’approcha de la balustrade et contempla les allées ratissées où des enfants du village couraient librement, invités pour la grande fête des fleurs que le domaine organisait chaque premier dimanche de mai.
« Votre père serait fier de vous, Alexandre. Très fier.
— Je crois surtout qu’il serait heureux de voir que la soupe est toujours aussi bonne quand c’est vous qui la préparez, répliqua-t-il avec un clin d’œil complice. »
Marguerite laissa échapper un rire cristallin, le premier rire véritable à résonner sous les voûtes séculaires depuis plus d’un demi-siècle.
Alexandre posa son regard sur la vallée ensoleillée. Les blessures du passé étaient cicatrisées, les traîtres punis, et la mémoire des siens honorée. Le manoir des Beaumont n’était plus une forteresse de silence et d’amertume, mais un havre de justice, de lumière et de vie.