Un sourire glacial apparut sur mes lèvres.
« La mort serait un cadeau bien trop doux pour toi, Vanessa. Dans quelques heures, tous les comptes offshore que tu as ouverts avec l’argent de mon organisation seront vidés et transférés sur des fonds fiduciaires intouchables. Ton nom va être lié publiquement aux dossiers les plus sales de détournement de fonds du syndicat, et les fédéraux recevront un dossier complet sur tes activités financières illégales. Tu passeras les quarante prochaines années dans une prison de haute sécurité pour femmes, sans un sou, sans statut, sans personne pour te masser le front. Et chaque jour, tu te rappelleras que tu as échoué parce que tu as sous-estimé une enfant. »
Je me tournai vers Leo. « Emmène-la. Qu’elle soit enfermée dans la cave à vin blindée jusqu’à ce que nos avocats et les fédéraux aient bouclé le dossier de livraison. Aucun contact avec l’extérieur. »
Vanessa hurla, se débattit comme une possédée, griffant le sol de ses ongles vernis tandis que les hommes de main la traînaient hors de la suite nuptiale. Ses cris hystériques s’éteignirent lentement le long des couloirs de marbre pour ne laisser place qu’au silence oppressant de la nuit.
Il ne restait plus que Valenti.
L’ancien sous-chef était désormais à genoux, pleurant à chaudes larmes, les mains jointes dans une prière grotesque. « Dante… s’il te plaît… nos dix ans d’amitié… je te donnerai tout… mes parts, mes entrepôts… laisse-moi juste quitter l’Illinois… je disparais… personne n’entendra plus jamais parler de moi… »
Je rechargeai calmement mon arme, vérifiant la culasse d’un geste précis.
« Les traîtres ne prennent pas leur retraite, Marco. Tu le savais le premier jour où tu as prêté serment sur le sang et le feu. Tu as violé la seule règle qui nous sépare des bêtes sauvages. »
Je fis un signe de tête à Leo.
Leo s’avança, posa une main d’acier sur la nuque de Valenti et lui glissa un bâillon serré entre les mâchoires. « Viens, Marco. On va faire une petite promenade nocturne près du lac Michigan. Les eaux sont très profondes cette nuit. »
Ils l’entraînèrent sans ménagement. La porte se referma, laissant la vaste chambre dans un calme presque irréel. L’odeur âcre de la peur et du poison renversé flottait encore dans l’atmosphère, mais pour la première fois depuis des mois, la sensation d’étouffement avait disparu.
Je respirai profondément, redressant mon dos courbé par la douleur. Je marchai d’un pas encore chancelant mais résolu vers la tenture du fond de la pièce. J’ouvris la petite porte dérobée et m’engageai dans l’escalier étroit qui menait aux appartements réservés au personnel d’entretien.
Au bout du couloir sombre, une faible lueur filait sous la porte de la chambre numéro quatre.
Je frappai doucement trois coups.
La porte s’entrouvrit avec hésitation. Elena apparut dans l’ouverture, le visage pâle, tiré par l’angoisse. Elle tenait un couteau de cuisine à la main, prête à défendre chèrement sa vie. Derrière elle, assise sur un lit étroit, Sofia tenait sa petite casquette sur ses genoux, son regard calme fixé sur moi.
En me voyant debout, debout de toute ma hauteur, sans couverture, le regard clair et l’arme rangée à la ceinture, Elena laissa tomber son arme improvisée qui heurta le sol dans un bruit mat. Ses mains volèrent à sa bouche pour étouffer un sanglot de soulagement.
« C’est… c’est fini ? » murmura-t-elle, la voix brisée par les larmes contenues depuis des semaines.
« C’est terminé, Elena, » répondis-je d’une voix apaisée. « Personne ne vous fera de mal. Ni à toi, ni à elle. Plus jamais. »
J’entrai dans la petite pièce austère. Sofia ne bougea pas, mais un faible sourire éclaira son visage d’enfant lorsqu’elle croisa mon regard. Je m’accroupis devant elle, exactement comme je l’avais fait la nuit précédente, mais cette fois-ci sans l’ombre de la mort planant au-dessus de nous.
« Tu as sauvé ma vie, petite fille, » dis-je doucement.
« Tu allais mourir si personne ne disait rien, » répondit-elle avec une maturité désarmante. « Maman disait que tu étais un homme dangereux, mais moi je savais que tu étais mon père parce que tu as les mêmes yeux que moi quand je suis en colère. »
Elena étouffa un nouveau sanglot, baissant les yeux, honteuse et craintive. « Dante… pardonne-moi. Je n’ai jamais voulu m’immiscer dans ta vie. Quand je suis tombée enceinte il y a huit ans, ton nom commençait à apparaître dans tous les journaux sanglants de la ville. J’ai eu peur. Je voulais protéger ma fille de la violence, de la mort, des guerres de clans… Mais quand j’ai appris le mois dernier que mon patron n’était autre que toi, et que j’ai vu cette femme verser des poudres suspectes dans tes breuvages… je ne pouvais pas te laisser mourir comme ça. Pas après tout ce que tu as été pour moi cette nuit-là. »
Je me relevai et posai une main réconfortante sur le bras d’Elena.
« Tu n’as pas à t’excuser. Tu l’as protégée, et ce faisant, tu as sauvé notre avenir à tous les deux. Mais le temps des secrets est révolu. »
Je me tournai à nouveau vers Sofia. Je retirai lentement de mon auriculaire la bague chevalière en or massif gravée des armoiries des Moretti — l’insigne du pouvoir absolu que tout le monde criminel du Midwest respectait et craignait. Je pris la petite main de Sofia et déposai le lourd anneau dans sa paume.
« À partir de cette nuit, tu n’es plus la fille cachée d’une gouvernante forcée de vivre dans la peur, » déclarai-je d’une voix solennelle. « Tu es Sofia Moretti. Cet empire que j’ai bâti dans le sang et la fureur ne tombera pas entre les mains de traîtres ou d’usurpateurs. Un jour, quand tu seras grande, si tu le souhaites, tout cela sera à toi. Mais d’ici là, je serai là pour veiller sur toi, pour t’apprendre à régner, et pour m’assurer que personne au monde n’osera jamais menacer ta vie. »