Trois mois plus tard, la maison au bord de la lande n’avait pas changé d’aspect, si ce n’est un toit neuf de bardeaux de cèdre et un ponton consolidé capable de résister aux plus fortes marées d’équinoxe. Julian Langford s’était éteint paisiblement dans son lit, après avoir fait rédiger un testament irrévocable créant une fondation pour les orphelins de la côte gérée par un conseil d’administration neutre, plaçant Rose sous la tutelle légale et exclusive de Thomas Avery jusqu’à sa majorité.

Au coucher du soleil, Thomas fumait sa pipe sur le perron réparé. Dans la cour, Maisie apprenait à Rose à faire des ricochets sur les flaques calmes laissées par le jusant. Les rires des deux fillettes s’élevaient dans l’air tiède de l’automne, chassant définitivement le fantôme du dispensaire inondé et l’odeur du manteau noir.

La mer continuait de battre la falaise, mais pour la première fois depuis six ans, l’eau ne portait plus la mort. Elle ne chantait plus que la promesse des marées qui s’en vont et des enfants qui rentrent enfin chez eux.