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Le Manoir de Saint-Malo L’air salin de la baie de Saint-Malo s’engouffrait avec rage par l’imposante porte d’entrée restée entrouverte, apportant avec lui l’odeur d’iode, de varech et de pluie fine. Pourtant, dans le grand vestibule pavé de granit, cette fraîcheur océanique était étouffée par la puanteur âcre du plâtre pulvérisé, de la sciure fraîchement calcinée par les dents d’acier d’une lame et des solvants chimiques bon marché. Je restais immobile sur le seuil, le dos droit en dépit de mes soixante-sept ans, serrant contre ma poitrine meurtrie les éclats de verre et le cadre en argent cabossé où souriait encore mon cher Marc, disparu sept ans plus tôt. Mes doigts tremblaient imperceptiblement, tachés de poussière blanche et de suie, mais mon regard, lui, ne vacillait pas.
Morgane tenait toujours son rouleau de peinture à bout de bras. Vêtue d’une salopette immaculée achetée pour l’occasion, elle affichait encore cette morgue vulgaire des parvenus persuadés que l’impudence remplace…