Ethan resta allongé sur le dos, le regard perdu dans la voûte céleste dégagée de tout nuage. La pluie fine commença à tomber, lavant le sang séché sur ses tempes et sur ses mains.
Il porta lentement sa main valide à son avant-bras gauche. La protubérance sous-cutanée était toujours là, minuscule corps étranger inséré sous ses chairs. Mais cette fois, il n’éprouva aucune panique. Il serra les dents, saisit une pierre au bord acéré qui gisait près de lui, et d’un coup sec, déterminé, déchira l’épiderme superficiel.
Le sang coula, tiède, écarlate, indubitablement humain. Du bout des doigts, il extirpa le minuscule cylindre de silicium et le jeta dans la boue.
Il ne savait pas quel pourcentage de ses souvenirs d’enfance appartenait à un homme réel ou à une simulation de laboratoire. Il ne savait pas si son véritable nom était Ethan, ni quel jour précis il était venu au monde. Les fantômes d’Hélène et de Clara brûlaient ensemble au fond du gouffre, emportant avec eux la vérité scientifique de son existence.
Mais tandis qu’il se relevait avec peine, chancelant sur ses jambes affaiblies mais marchant droit vers la route nationale dont les lumières lointaines perçaient la lisière des bois, une certitude inébranlable guidait ses pas.
Les mensonges de Blackwood étaient réduits en cendres. Pour la première fois depuis douze ans, la douleur qu’il ressentait dans sa chair, le froid qui mordait ses joues et la liberté amère qui s’ouvrait devant lui n’obéissaient à aucun protocole. Il était vivant. Et cette vie, désormais, lui appartenait entièrement.