Léo s’avance sur l’allée gravillonnée, vêtu d’un manteau de laine neuf bien ajusté à ses épaules qui ont repris de la vigueur. Il dépose délicatement une touffe de perce-neige fraîchement cueillis au pied de la stèle. Il reste là, silencieux, le visage apaisé, débarrassé de cette terreur d’animal traqué qui hantait ses traits lors de notre première rencontre.

Il se tourne vers moi, ses yeux cobalt reflétant l’or pâle du soleil d’hiver, et esquisse un sourire timide mais infiniment lumineux.

« Sophie ? »

« Oui, mon Léo ? »

« Papa avait raison. Tu as exactement le même regard que lui. Mais maintenant, je n’ai plus besoin de partir là-haut pour être avec lui. Il est ici, n’est-ce pas ? »

Il pose sa main sur son propre cœur avant de venir se blottir contre mon bras.

Je serre ses petites épaules contre moi, sentant la vie, la force et la chaleur qui pulsent à travers son être. Dix ans d’absence, d’angoisse et de remords venaient de trouver leur rachat dans ce miracle fragile. Marc ne nous avait pas abandonnés. Il s’était battu jusqu’à son dernier souffle pour me confier ce qu’il avait de plus précieux sur cette terre.

« Oui, Léo », murmurai-je en embrassant ses cheveux châtains au milieu du vent frais. « Il est ici pour toujours. Et nous sommes enfin à la maison. »