Arthur se tourna vers Thomas. « Fais ça proprement. Utilise son arme de poing enregistrée que tu as prise dans son bureau tout à l’heure. Et brûle cette fichue boîte. »
L’homme de main hocha la tête, rangea son arme automatique et sortit de sa poche un revolver de calibre 38 que Daniel reconnut immédiatement : l’arme de poing qu’il gardait sous clé dans son bureau personnel.
Thomas s’avança, pointant l’arme vers le front de Daniel.
Dans un éclair de désespoir absolu, Daniel ne recula pas. Au moment exact où Thomas levait le bras pour ajuster son tir, Daniel plongea en avant, plongeant ses deux mains dans la terre détrempée et projetant une poignée de boue liquide et de cailloux directement dans les yeux de l’homme de main.
Thomas poussa un juron étouffé, aveuglé, et tira à l’aveugle. La détonation déchira la nuit, le projectile frôlant l’oreille de Daniel dans un sifflement brûlant.
Daniel ne laissa pas à son adversaire le temps de réarmer. Il percuta Thomas au niveau de la taille avec toute la violence de son corps d’athlète, l’entraînant dans sa chute contre le socle de pierre de la tombe N17. Le crâne de Thomas heurta l’angle du granit avec un bruit sourd et mat. Le revolver lui échappa des mains, glissant dans les herbes hautes. L’homme resta étendu, assommé, du sang sombre coulant de ses narines.
Arthur laissa échapper un juron de panique. Lâchant son parapluie, le vieil homme plongea vers l’arme tombée dans l’herbe.
Daniel se releva d’un bond, couvert de fange, et bondit sur son oncle. Les deux hommes roulèrent dans la boue. Malgré son âge, Arthur se battait avec la férocité d’une bête acculée, ses doigts griffant le visage de Daniel, cherchant à lui crever les yeux.
« Tu vas mourir comme ton imbécile de père ! » éructait le vieil homme, le visage déformé par la folie.
Daniel parvint à bloquer le poignet d’Arthur, sentant ses doigts frôler la crosse métallique du revolver dissimulé sous les feuilles mortes. Daniel donna un coup de tête violent dans le nez d’Arthur. Le cartilage craqua. L’oncle hurla de douleur, desserrant son étreinte. Daniel s’empara de l’arme, roula sur le côté et se redressa à genoux, braquant le canon fumant directement entre les deux yeux de l’homme qui avait orchestré la ruine de sa famille.
« Ne bouge plus », haleta Daniel, la respiration sifflante, les mains tremblantes de rage. « Ne bouge plus ou je te jure que je te descends ici même. »
Arthur, étendu dans la boue, tenant son nez en sang, fixa le canon avec une stupeur paniquée.
« Daniel… attends… écoute-moi… C’est ta famille. Le sang de ton sang. On peut tout arranger. La fortune… l’entreprise… tout peut être à toi ! »
« Où est le téléphone ? » hurla Daniel en tendant la main gauche. « Donne-moi ton téléphone tout de suite ! »
Arthur hésita, vit l’index de Daniel se crisper sur la queue de détente, et glissa précipitamment la main dans sa poche intérieure pour en sortir un smartphone luxueux, qu’il jeta aux pieds de son neveu.
Daniel déverrouilla l’écran d’une main tremblante et composa immédiatement le numéro direct du service de réanimation de Mercy Memorial.
La tonalité résonna, interminable. Une seconde. Deux secondes. Trois secondes.
« Unité de soins intensifs, j’écoute. »
« Ici Daniel Bennett ! » hurla Daniel dans l’appareil en maintenant le revolver braqué sur Arthur. « Écoutez-moi très attentivement ! Ne touchez pas à la perfusion de Claire Bennett ! Il y a une tentative d’empoisonnement en cours ! Isolez immédiatement sa ligne intraveineuse ! »
Un silence surpris résonna à l’autre bout du fil, suivi d’une voix paniquée :
« Monsieur Bennett ? La sécurité vient tout juste d’interpeller une aide-soignante non affectée au service qui s’apprêtait à manipuler les tubulures de votre femme. La police est déjà sur place. Votre épouse est sous haute surveillance, elle n’a rien reçu ! Mais où êtes-vous ? »
Daniel ferma les yeux une fraction de seconde, laissant une larme de soulagement brûlant tracer un sillon à travers la boue sur sa joue.
« Je suis au cimetière Saint-Matthieu. Envoyez la police immédiatement. J’ai Arthur Bennett avec moi. Et j’ai toutes les preuves. »
L’aube se leva sur un ciel lavé de ses nuages, d’une pâleur limpide qui baignait la ville d’une clarté nouvelle.
Dans la chambre 412 de l’hôpital Mercy Memorial, le silence n’était plus troublé que par le bip régulier et apaisant du moniteur cardiaque. Assis sur le fauteuil au chevet du lit, Daniel tenait la main droite de Claire entre les siennes. Emma s’était endormie sur ses genoux, recouverte d’un drap d’hôpital chaud, les doigts encore crispés sur la manche de son père.
La porte de la chambre s’ouvrit doucement. Le lieutenant Miller, chargé de l’enquête criminelle, entra d’un pas feutré, tenant un dossier épais sous le bras.
« Monsieur Bennett. »
Daniel leva les yeux vers lui. « Alors ? »
L’officier prit une inspiration mesurée avant de parler à voix basse pour ne pas réveiller l’enfant.
« Arthur Bennett a commencé à parler après trois heures d’interrogatoire. Face aux relevés financiers retrouvés dans la boîte métallique et aux aveux de l’aide-soignante qu’il avait payée cinquante mille dollars, son avocat lui a conseillé de tout négocier pour éviter la prison à perpétuité incompressible. Il a formellement reconnu son rôle dans l’assassinat de votre père il y a vingt-cinq ans, ainsi que la tentative de meurtre sur votre épouse cette nuit. »
Daniel baissa la tête, le cœur lourd d’une tristesse ancienne mais enfin libéré du mensonge.
« Et Mallory ? » demanda-t-il après un instant de silence.
« Nous l’avons interrogée dans sa chambre du service orthopédique. Quand nous lui avons révélé la confession d’Arthur… quand elle a compris que son père ne s’était pas tué à cause d’elle, elle s’est effondrée. Vingt-cinq ans de manipulation mentale et de culpabilité pathologique venaient de voler en éclats. Elle sera poursuivie pour l’agression avec violence sur le parvis, bien évidemment, mais les psychiatres recommandent un internement immédiat dans un établissement spécialisé. Elle ne représente plus une menace pour vous. »